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7 avril 2011 4 07 /04 /avril /2011 08:00

 Suite et fin de l'interview diffusée hier sur notre antenne : Contacter et interviewer des stars méconnues : Entretien avec Loïc Henry 1/2

 

http://7sports.files.wordpress.com/2011/02/sb6.jpg?w=440&h=240&crop=1Un petit côté Signourney Weaver, non ?

 

Tu as été amené à publier ton projet sur un blog parce que tu t’es heurté à pas mal de refus éditoriaux, d’après ce que je sais. Peux-tu nous parler de cette aventure ?

Au départ, je pensais faire un livre d’entretiens aves des spécialistes reconnus dans des domaines très variés : sport, musique, cuisine, art… J’ai ensuite décidé de resserrer le champ aux sportifs, pour essayer de trouver des similitudes et des différences auprès d’un échantillon a priori plus proche. J’ai mené de concert les entretiens et les recherches éditoriales, mais, malgré quelques intérêts de principe, je n’ai pas réussi à trouver d’éditeur. Le problème, c’est que ce type d’entretien vieillit ; je ne peux pas attendre trois ans pour les publier. Je me suis alors orienté vers le format blog, avec l’accord unanime des sportifs.

 

Personnellement, en tant que jeune auteur, ce qui m’a particulièrement intéressée c’est la façon dont tu as réussi à approcher ces athlètes. On aurait parfois besoin en tant qu’écrivain de poser des questions à des personnes dont l’expérience diffère de la nôtre. Difficile parfois d’oser le premier pas. J’imagine que tu ne t’es pas contenté d’ouvrir les pages blanches pour trouver leur numéro de téléphone. Comment les as-tu contactés ? As-tu eu du mal à les convaincre de te rencontrer ?

Pour certains d’entre eux, si, j’ai ouvert les pages blanches ! J’ai utilisé l’annuaire, les sites sociaux, les sites personnels des sportifs… et même le courrier traditionnel. La plupart m’ont répondu, avec une majorité de « oui ». Je pense que deux choses ont aidé : le fait d’avoir déjà publié, même dans un domaine différent, et le premier contact, qui a tout de suite été bon avec la grande majorité d’entre eux.

 

Concrètement, comment ça s’est passé ? Est-ce que vous avez eu de nombreux échanges avant de vous rencontrer ? Comment avez-vous fixé le rendez-vous ?

Après un contact écrit, nous avons discuté au téléphone pour que je puisse leur expliquer le projet et répondre à leurs questions. Enfin, nous nous sommes rencontrés pour un entretien enregistré de trois heures environ. J’ai essayé de maximiser les rencontres sur la région parisienne, ce qui n’est pas si simple, puisque  la majorité d’entre eux vit en province, avec un agenda chargé. J’ai en général profité de leurs déplacements « naturels » pour caler les entretiens. Les lieux ont été multiples : l’INSEP, un club de squash, une base militaire (si, si…), un jardin public… et leur domicile le plus souvent.

 

Toi-même, comment te sentais-tu au moment de ces rencontres ? Naturel ? Stressé ? Est-ce que ça a été difficile de te décider à aller vers eux ou bien est-ce le genre de démarche qui t’est parfaitement naturelle ?

http://7sports.files.wordpress.com/2010/12/ingrid-1.jpg?w=440&h=240&crop=1

Avouez qu'il y aurait de quoi être stressé avant la rencontre ^^

Je ne peux pas dire que je suis d’un naturel expansif et communiquant ; je me suis un peu forcé parce que je croyais à ce projet et que je pensais que cela pouvait les intéresser. Je ne sais pas si le terme « nerveux » correspond le mieux ; j’espérais seulement que cela se passerait bien ! Je n’étais pas dans le « scoop », dans la recherche des deux lignes accrocheuses pour un titre, et je pense qu’ils l’ont senti. C’est surtout leur attitude qui a simplifié les choses : ils ont été parfaits. Aucun n’a eu un comportement hautain, et ils se sont quand même prêtés au jeu pendant près de trois heures. J’avais aussi un peu peur de la soupe prémâchée, en rondeur et sans saveur, mais pas du tout : ils ont été très francs, en évoquant des sujets profonds, sportifs ou personnels. Pour chacun d’entre eux, je pense qu’il y a des moments touchants.

 

Penses-tu que c’est une expérience qui t’as fait évoluer dans ta manière d’écrire ? Que t’a-t-elle apporté en général ?

Non, je ne crois pas que cela ait fait évoluer ma façon d’écrire ; ce n’est pas un projet « littéraire » au sens strict du terme. Cela aura peut-être une influence sur les personnages ou les situations dans mes écrits futurs, qui sait ? Les rencontres et les entretiens ont été passionnants ; tous ont une personnalité forte et attachante. En dépit de leur agenda chargé, ils ont joué le jeu, avec disponibilité, et je dirais même avec gentillesse.

 

Avant de te quitter, peux-tu nous parler un peu de ton actualité ? Je crois savoir que tu as un roman à paraître chez Griffe d’Encre : tu peux nous en dire quelques mots ?

« Loar », un roman de science-fiction,  doit paraître début mai, aux éditions « Griffe d’encre ». Une novella, préquelle de « Loar », est également prévue à l’automne. « Loar » est une histoire-puzzle qui s’assemble au fil des pages ; les conflits apparents servent de tableau à la stratégie, aux relations humaines, avec une touche onirique. Je ne veux pas en dévoiler trop, pour ne pas « briser » les ressorts du récit…

 

Cette interview se termine et je ne peux pas conclure sans vous avouer que j'ai été un peu embêtée de ne pas avoir un "truc" à vous donner pour prendre contact avec des étrangers quand on est auteur. Et finalement non, c'est aussi bien comme ça. Le truc, Loïc nous le donne : il faut oser, c'est tout. Les gens restent des gens et la plupart sont contents de partager leur expérience. Je trouve que c'est plutôt une bonne nouvelle :)

J'ai lu des choses superbes dans les interviews mises en ligne par Loïc (je n'ai pas tout lu, j'avoue). Des valeurs à partager qu'il a toujours su faire ressortir par ses questions et mettre en avant par des épiogues touchants. Je retiens notamment cette phrase, citation préférée de Grégory Gaultier : « Everything will be OK at the end. If it’s not OK, it's not the end. » (Tout ira bien à la fin. Si cela ne va pas bien, ce n’est pas la fin). Je pense que Loïc a fait preuve d'un réel talent pour révéler ainsi ces athlètes et je regrette que son projet n'ait pas été édité.

 

Pour finir en beauté, je vous livre la couverture de Loar, parce que franchement... Wahou !

http://griffedencre.info/images/loar.jpg

 

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6 avril 2011 3 06 /04 /avril /2011 00:00

Je vous avais déjà parlé du blog 7 sports's il y a quelques temps dans un précédent billet. Pourquoi est-ce que j’accorde tant d’importance à ce projet ? Je ne connais pas Loïc Henry personnellement. Tout juste ai-je lu un texte de lui chez Griffe d’Encre qui (et ce n’est pas une mince affaire) m’a fait revenir sur des convictions profondément ancrées quant à la totale inutilité du combat pour la langue corse. Un auteur qui vous amène à reconsidérer vos certitudes, ce n’est pas rien !

Mais ce n’est pas cela qui justifie mon intérêt pour son projet.

Ce qui m’a interpelée dans cette démarche, c’est l’échange avec l’autre sur le mode de l’interview. Il n’a pas inventé le concept, certes, mais c’est quelque chose qu’on voit plus rarement chez nous autres auteurs du microcosme SFFF. Le plus grand risque pour moi quand on écrit « à petite échelle » (c’est-à-dire quand votre éditeur ne vous paie pas votre voyage de repérage en Inde ou aux États-Unis) c’est qu’au final on en vienne à manquer de crédibilité. Si l’écriture est un plaisir solitaire (O_o), son préliminaire (O_o_O) doit forcément passer par l’échange. Ne pas rencontrer les autres et partager leurs expériences c’est prendre le risque de ne raconter que soi, au final. Que l’histoire et les personnages ne soient qu’une excuse pour se projeter à l’infini et asséner ses vérités à travers un simulacre d’intrigue. C’est un travers dans lequel il m’est arrivé de tomber et d’autres jeunes auteurs (voire auteurs confirmés) avant moi.

Voilà en quoi l’expérience de Loïc me paraissait enrichissante pour ce blog en particulier. Comprendre pourquoi il était allé vers ces gens et comment il s’y était pris.

L’aspect purement sportif m’intéresse plutôt pour les valeurs qui y sont associées. Valeurs qui restent davantage intactes quand la célébrité et les millions ne viennent pas les étouffer.

 

Je pourrais encore en écrire des pages mais pour ne pas tomber dans le travers que je décrivais, je vais cesser de me raconter et laisser la parole à mon invité.

 

http://7sports.files.wordpress.com/2011/03/mj-11.jpg?w=620&h=380&crop=1


Bonjour Loïc, peux-tu nous parler un peu de toi tout d’abord ? En tant qu’auteur ? En tant que personne ?

Bonjour Isabelle. Pour la partie « auteur », j’ai travaillé avec plusieurs maisons d’édition, dont « Nestiveqnen », « Oxymore » et « Griffe d’encre », pour des nouvelles de science-fiction. J’ai également écrit un conte, illustré par Christian Croset. Et je tente ma chance en anglais depuis quelques années, avec une première nouvelle publiée dans une revue australienne, Andromeda Spaceways. D’un point de vue personnel, disons que j’essaie de jongler, sans que trop de balles ne tombent par terre…

 

Tu écris en anglais ? Trouves-tu qu’il soit plus facile de se faire une place dans le milieu littéraire avec cette langue ? Est-ce que tu écris tes textes en français pour les traduire ensuite ? Ou bien ton niveau en anglais te permet-il de penser directement dans cette langue ?

Non, je ne pense pas qu’il soit plus facile de se faire une place en anglais pour deux raisons. La première, c’est qu’il y a plus de supports en anglais c’est vrai, mais il y a aussi plus d’auteurs ; il est donc aisé pour une revue, australienne par exemple, de solliciter des auteurs anglais, américains… En langue française, cet effet est plus limité. La deuxième, c’est que l’anglais n’est pas ma langue maternelle et que j’écris plus lentement, avec parfois quelques imprécisions. D’un point de vue pratique, j’écris en anglais directement.

 

Éprouves-tu autant de plaisir à manier l’idiome de Shakespeare ?

Je n’écris pas tout à fait de la même façon en anglais, en particulier dans la « tonalité » du récit. Pour certaines nouvelles, dans mon esprit, l’anglais s’imposait. A l’inverse, pour d’autres, je ne pouvais que les écrire en français. Donc oui, j’éprouve du plaisir à écrire an anglais… quand le projet s’y prête.

 

Pour en revenir à 7 sports's, qu’est-ce qui t’a amené à t’éloigner autant des littératures de l’Imaginaire ? Est-ce que ça tenait à ce projet en particulier ou bien as-tu envie d’écrire en littérature générale ?

Je fonctionne en effet sur des projets, sans avoir de logique construite a priori. Cela fonctionne parfois, pas toujours... C’est un sujet qui me tenait à cœur. Je voulais parler, ou plutôt faire parler, des sportifs méconnus, au palmarès pourtant exceptionnel. Pour chacun d’eux, c’est la combinaison d’un talent hors-norme, d’un travail phénoménal et de circonstances idéales. Le grand public connaît le nom de dizaines de footballeurs français, mais ignore que Grégory Gaultier a été numéro un mondial en squash, ou qu’Amélie Cazé à remporté trois couronnes mondiales et deux européennes en pentathlon, pour ne citer que deux exemples.

 

Le texte que j’ai lu de toi (« Les graines perdues », dans « Ouvre-toi », Griffe d’encre) parlait de la possible disparition des langues. Je n’ai pas pu m’empêcher de faire un parallèle avec ce projet, comme si tu accordais une importance particulière à tout ce qui pourrait disparaître à cause du peu d’intérêt qu’on y porte. Les langues écrasées par le besoin d’un langage unique pour l’efficacité économique. Le sport réduit à quelques disciplines à cause d’enjeux économiques également. Quand tu as décidé de faire ce livre sur des disciplines méconnues, était-ce par goût pour ces sports en particulier ou plutôt parce que tu étais attiré par leur confidentialité ?

http://www.griffedencre.fr/catalog/images/ouvre-toi.jpgC’est une bonne observation… Les langues ont une saveur particulière pour moi. J’avais dédié cette nouvelle à mon père, parce que nous avons eu trois langues « paternelles » en trois générations dans la famille : le breton pour mon père, le français pour moi, et l’anglais pour mes filles. Environ douze mille langues sont parlées actuellement, avec un nombre médian de locuteurs de six mille, c'est-à-dire que la moitié est très proche de l’extinction. C’est quelque part une richesse que le monde perd. Les enjeux économiques jouent, pour les langues et pour le sport, c’est certain, mais ils n’expliquent pas tout. C’est également lié au comportement individuel : rien n’empêche un passionné de sport d’aller vibrer devant un ring de boxe française ou sur un spot de vagues plutôt que dans un stade, mais, dans les faits, cela ne se déroule pas ainsi. Le triplet économie / médias / intérêt du public constitue un cercle, vertueux ou vicieux suivant les cas. Le briser est très difficile : le rugby y est un peu parvenu depuis vingt ans, mais il disposait déjà d’un socle solide. Pour répondre sur le côté « goût personnel », j’ai pratiqué plusieurs sports cités, en club ou en loisirs, mais cela n’a pas vraiment constitué un critère de choix.

 

Suite et fin de l'interview de Loïc Henry demain. Il nous y racontera ses rencontres avec les sportifs et la façon dont il est entré en contact avec eux. À demain :)

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8 novembre 2010 1 08 /11 /novembre /2010 14:55

Vous en rêviez, Jeanne A Debats l'a fait. Écrire, être lue, être appréciée, recevoir des prix, accéder à l'édition à plus grande échelle... Oui, oui, je sais, un auteur écrit pour lui avant tout, ni pour la gloire, ni les honneurs, et encore moins les sous. Mais bon, n'essayez pas de me faire croire que vous ne rêvez pas d'un minimum de reconnaissance !

Jeanne A Debats a accepté de vous tracer les grandes lignes de son parcours en ces pages et de vous donner ses authentiques recettes de réussite. Oui bon, ça ne fera pas tout. On peut parler de ses expériences, mais le talent ne se transmet pas.

 

Entretien avec un dragon

http://forum.griffedencre.fr/images/avatars/1765652226448d7f5a2ce0c.gif

 

Bonjour, Jeanne. Tout d’abord, merci beaucoup de ton passage sur ces pages. 

Vu de l’extérieur, ton ascension donne l’impression d’ê tre fulhttp://www.griffedencre.fr/catalog/images/lva.jpggurante : une novella chez Griffe d'Encre primée quatre fois p uis des romans chez l’Atalante et Syros, un retour aux sources pour un recueil… Tout ça en quelques années ! 

Pourtant, j’imagine qu’en dehors de cette partie visible, tu ne  t’es pas faite en un jour en tant qu’écrivain. Est-ce que tu pourrais nous résumer les grandes  étapes de ton parcours ?

 

 

 

 La Vieille Anglaise et le continent,

parue chez Griffe d'Encre a reçu quatre prix littéraires



Eh bien j’écris depuis toujours déjà, ce qui ne signifie pas que je suis écrivain depuis toujours. J’ai beaucoup écrit de lettres, je suis une épistolière dans l’âme et le net n’a fait qu’amplifier une tendance qui frise – et même qui lui fait une couleur et  une permanente – la névrose chez moi

Donc pendant des années j’ai envoyé des lettres à mes amis, à mes amours, à mes emmerdes, je leur ai écrit des poèmes aussi (et j’espère qu’ils les ont tous brûlés, perdus, utilisés pour caler des tables etc) les lettres, je continue ; les poèmes, j’essaie d’arrêter comme j’essaie d’arrêter le tabac, mais il n’y pas de champix ou de patch contre la mauvaise poésie.

Raconter des histoires m’est venu plus tard, il y eu un déclic tout à fait curieux, disons que je ne m’attendais pas à continuer ensuite.

J’avais une amie qui s’était enfermée chez elle, dépression, agoraphobie. Je ne savais pas quoi faire pour l’aider, j’étais loin, ma vie était d’une tranquillité déprimante à l’époque et je n’avais rien de rigolo à lui raconter. Alors je me suis mise à lui écrire une histoire, longue, en feuilleton, et mes héros traversaient des paysages immenses, des endroits exceptionnels, énormes, cyclopéens.

Mon amie aimait vraiment, et si j’ignore si ça l’aidait du point de vue de la pathologie, au moins ça la distrayait.

Ce fut mon premier roman.

Encouragée par mon amie, je l’ai sorti du tiroir et montré à un autre ami, un qui s’y connaissait « un peu » en littérature, vu qu’il s’agissait d’Alain Névant qui venait tout juste de fonder les éditions Bragelonne avec ses complices.

Il a ouvert et dit :

« Ah merde, tu fais chier, c’est de la fantasy ! Je le passe à ma lectrice ! »

(Et si je réécris un peu la façon dont il l’a dit, c’était pas loin quand même^^)

La lectrice a aimé et l’a refilé au directeur de collection, Stéphane Marsan qui m’a reçue ensuite une après midi entière pour m’expliquer pourquoi il ne le publierai pas, pourquoi je devais continuer à écrire quand même et qu’il y avait du boulot. Il m’a fait comprendre surtout que la fantasy, c’était pas vraiment mon rayon et que même quand j’avais l’impression d’en écrire, je faisais de la SF…

Je ne désespère pas de le détromper un jour, car en tant que lectrice, j’aime tous les genres de l’imaginaire, ça m’ennuierait de pas apporter ma boule de feu au jardin de Sauron, ou de priver mon seigneur Arioch de sang et d’âmes.^^

J’ai écouté Stéphane, donc, et j’ai travaillé. Dix ans. (Merde, déjà ?) Tout ce qui sort en ce moment est le résultat de dix ans de travail, avec toujours à l’esprit les conseils de Stéphane que je ne remercierai jamais assez, non plus qu’Alain.

Ensuite ce fut d’autres rencontres, Magali Duez bien sûr, Anne Fakhouri, aussi qui est la première à m’avoir publiée après m’avoir poussée à écrire des nouvelles.

 

 

Récemment, on m'a donné le conseil (à mon avis fort pertinent) de m'éloigner un peu des forums et du net pour me « préserver ». Dans la mesure où tu t'exposes pas mal (liberté de parole, opinions franches...), je suppose qu'on a dû te donner le même à quelques reprises. Serais-tu comme moi incapable de l'appliquer ? Comment concilies-tu ta vie d'écrivain et cette présence ? Est-ce que ça arrive que ça te gêne ? Ou au contraire que ça t'aide ?

 

Pendant que je fais ça, je ne suis pas au café.

Et je suis online quand j’écris. Me lancer dans une polémique bien saignante, bien bourrine à propos de tout et de n’importe quoi me permet de me relaxer, de faire travailler l’appli « écriture » en  « tâche de fond », sans quitter mon clavier.

En fait, c’est entre les deux, l’exposition je m’en fous. On prête à la fois trop et pas assez d’importance aux relations online.

Quand j’éteins mon ordinateur, je ne me souviens que de mes amis et j’en ai rencontré beaucoup, de très chers,  par la voie informatique.

Ce que je veux dire c’est qu’on a trop tendance à traiter ces relations comme des relations fausses, parce que bien des gens se cachent derrière leur masque quand ils sont sur le net. Ils ne se rendent pas compte que leur masque tombe très vite. C’est pour cela que mon pseudo mis à part, je suis toujours « MOI » online, on gagne du temps et on fait souvent de belles rencontres.

Les mauvaises, eh bien on les oublie, comme dans la vraie vie.

 

Des coups durs, tu as dû en avoir dans ce milieu (il n'est pas toujours tendre), quelques souvenirs particuliers ? Est-ce que tu as eu parfois la tentation de laisser tomber, que ce soit les publications ou même l'écriture ?

 

Euh… non, j’ai été bénie des dieux de ce point de vue, pas de mauvais souvenirs. Je me suis engueulée très souvent avec des gens, mais c’est dans mon caractère, que ce soit dans l’édition ou ailleurs.

(Donc, ce n’est pas en devenant auteur que je suis devenue mégalomane et égocentrée, je l’étais avant et c’est sans doute pour ça que je suis devenue auteur ;) )

La tentation d’arrêter d’écrire, je l’ai eue, je l’ai parfois, mais ça n’a/avait rien à voir avec la lassitude du « milieu » et tout avec moi, ma vie, l’amour, la mort l’univers et le reste, bref : 42 !

 

Et des bons souvenirs ? Quelques-uns que tu partagerais avec nous (je ne veux pas décourager tout le monde !) ?

 

J’ai plehttp://www.griffedencre.fr/catalog/images/reenchantement.jpguré en touchant la première fois la couverture de la « Vieille Anglaise » et j’ai pleur é une seconde fois quand trois bonnes fées se sont penchées sur le berceau de mon recueil « Stratégies du réenchantement » (Je parle d’Ayerdhal, Philippe Caza et de Jean-Claude Dunyach) et ont déclaré que le bébé avait une gueule potable. 

Pour moi, ce jour-là, c’est tout simplement la SF qui me disait que j’avais bien bossé.

(Oui, désolée, les copains, mais vous, vous êtes public captif, vous m’aimez alors ça vaut pas)

En revanche, quand j’ai eu mes prix, j’ai failli crever d’horreur avant d’atteindre l’estrade ; deux ans plus tard, je ne suis toujours pas sûre que ce soit un bon souvenir ^^.

 

Si quelqu'un devait découvrir Jeanne A Debats aujourd'hui, quel(s) livre(s) lui conseillerais-tu pour commencer ?

 

http://www.mollat.com/cache/Couvertures/9782748509250.jpgJ’ai des textes préférés : « Fugues et fragrances » et « Stratégies du réenchantement » dans mon recueil, « la Ballade de Trash » en jeunesse et « Plaguers » qui vient de sortir. Mais je ne sais pas si on « doit » commencer par ceux-là…

En plus, ça dépend des jours ^^.

En fait, faites comme vous le sentez, ils sont tous moi, évidemment, et moi je crois profondément que le lecteur doit être libre. Même de l’auteur, surtout de l’auteur^^.

(Qui n’est qu’un sale nombriliste mégalo, ne l’oubliez pas)

 

Y en a-t-il eu un plus difficile à écrire que les autres ? As-tu connu le phénomène de la « page blanche » ?

 

Comme tout le monde. Mais je n’ai rien de particulier à dire là-dessus, je suis surtout feignasse.

 

Tu as écrit plusieurs romans pour la jeunesse (là, vous devriez noter le ton à la fois admiratif et envieux ; je suis incapable d'écrire deux lignes pour les jeunes), est-ce que quelque chose t'attire particulièrement chez ce public ? En dehors des thèmes et sans doute du vocabulaire, écris-tu ces livres de la même façon que les autres (inspiration, moments où tu travailles, méthode...) ?

 

Je suis prof aussi, parler aux « jeunes », c’est un peu mon propos dehttp://extranet.editis.com/it-yonixweb/images/SYR/P2/9782748509656.gif base… mais je suis emmerdée pour répondre à ta question, disons que je suis plus pédago et « dirigiste » dans mes œuvres jeunesse, je réponds un peu (au moins) aux questions que j’y pose, ce que je fais peu (voire pas) dans mes livres adultes. Sinon du point de vue thématique, je ne change pas, le léopard serait bien empêché de camoufler ses taches…

 

Plusieurs de tes textes ont été taxés de « féministes » (je pense notamment à Fata Morgana dans la Terre). Sans doute parce qu'ils mettaient en scène des personnages féminins brillants accompagnés d'hommes qui l'étaient moins (faut croire qu'une femme brillante, c'est toujours perçu comme castrateur). Qu'est-ce que ça t'inspire ce genre de commentaires ? Est-ce que tu te considères comme féministe ? Est-ce que tu penses que ça joue sur ton inspiration ?

 http://www.griffedencre.fr/catalog/images/laterre_standard.jpg

Fata Morgana, texte de l'auteur paru dans l'anthologie La Terre

avait déjà été remarqué par de nombreux critiques comme un des meilleurs textes de l'anthologie


Je ne suis pas féministe, comme je ne suis pas athée. Je veux dire par là que je suis si convaincue sur le sujet que je n’ai besoin de castrer personne ni de bouffer du curé pour exprimer mon point de vue. Nous sommes égales, dieu n’existe pas, point, c’est le départ de ma conception du monde. Alors forcément, ça joue sur mon inspiration comme tout le reste.

Dire que mes textes sont féministes parce qu’il y a des génies femelles ou des connards dedans, c’est ignorer que le monde est plein de ce genre de personnages. D’ailleurs, je mets en scène des connasses et des génies mâles tout autant.

(Ajoutons que ces génies, mâles ou femelles, souffrent d’un handicap certain : ils sont aussi cons que moi^^)

 

Est-ce que tu penses que dans le milieu littéraire, les femmes continuent d'avoir plus de mal à faire leur place que les hommes (dans la SF en particulier) ?

 

Sans doute, obligatoirement, mais je ne l’ai jamais ressenti personnellement, j’ai eu la chance de rencontrer des gens intelligents.

Et puis la SF, l’imaginaire, est un milieu particulier, j’ai le sentiment, peut-être abusif, que sur certains points, c’est moins con qu’ailleurs.

En revanche, le lectorat n’est pas toujours prêt à suivre une femme, ça j’en suis à peu près sûre. Lorsqu’un texte est écrit par une femme, j’ai l’impression que certains lecteurs s’attendent à un type particulier de SF…

Le mythe de l’écriture féminine vs l’écriture mâle a sans doute encore de beaux jours devant lui, mais une fois de plus, c’est un mien sentiment qui n’est étayé par rien de sensible.

 

Allez, tant qu'à faire dans le polémique, j'en profite pour une autre question. Je sais que certains sujets sont tabous en France, alors si tu préfères ne pas répondre, aucun problème. Mais je pense que pas mal d'auteurs n'ont pas conscience des chiffres en matière d'édition : quand on commence à publier chez l'Atalante, est-ce qu'on peut espérer vivre enfin de sa plume ?

 

La réponse est simple : tout dépend des ventes.

 

Cela dit, moi je ne cherche pas à vivre de ma plume, écrivain à plein temps, ça m’emmerderait, j’aime enseigner, j’aime voir des gens. L’écrivain est vissé à son clavier s’il veut vivre de son œuvre et que peut-il savoir du monde, s’il ne rencontre QUE des écrivains ou des lecteurs, ou des éditeurs ?

J’aurais peur de tourner en rond autour de mon nombril.

 (Qui certes, est fabuleux, mais qui ne rend tout de même pas compte de la merveilleuse diversité de l’univers – à mon grand dam^^)

 http://www.l-atalante.com/components/com_virtuemart/shop_image/product/7518367d377bfadbcf850cc0735b3f47.jpg

Plaguers, le dernier roman de Jeanne A Debats

vient de paraître chez l'Atalante


En général, est-ce que tu as une opinion à exprimer sur la façon dont l'argent du livre est réparti ? Un vœu à formuler pour l'avenir sur ce point ?

 

L’auteur est au plus bas échelon de la chaîne alimentaire de l’édition, c’est évident. Autant que cette évidence est injuste. Mais je ne suis pas sûre qu’on puisse parler de marché en termes de morale ^^.

J’ajoute que je n’ai aucune idée précise sur ce qu’il faudrait faire ou changer pour remédier à cette injustice que je me borne à constater.

Le numérique va changer la donne, c’est sûr, mais comment et dans quelle mesure, je n’en sais rien…

Je suis écrivain de SF, pas gourou, ni prophète et Dieu (^^) me garde d’être tribun. Je ne veux pas dire qu’il n’y a pas de combat à mener non plus, seulement que j’en serai compagnon de route, pas chef de file ou Passionnaria. Trop feignasse. Et surtout, j’ai personnellement d’autres combats plus intimes à mener.

 

Et à titre personnel, un vœu concernant ta propre carrière ? Des projets qui te tiennent à cœur ?

 

Je veux continuer à raconter des histoires et à rencontrer des gens. Parce que la vie, c’est ça : des gens et des histoires. La littérature aussi, étonnant, non ?

Donc voilà, mon vœu ce serait ça…

 

 

Pour finir, aurais-tu quelques mots ou conseils à adresser aux jeunes auteurs qui lisent ces pages ?

 

Bossez, écoutez les critiques qu’on vous fait, ne vous en défendez pas, écoutez-les vraiment. Essayez de vous prendre au sérieux dans le bon sens, sans perdre le sens de l’humour parce que ce sens-là, c’est le seul qui rende la vie supportable.

N’oubliez pas de baiser, boire et manger.

 

Tout est là.

 

http://www.utopiales.org/images/affiche.jpgÀ noter que Jeanne A Debats sera présente aux Utopiales 2010

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31 octobre 2010 7 31 /10 /octobre /2010 21:10

 

À la fois éditrice et auteur, Nathalie Dau publie des ouvrages d’une telle qualité qu’on aimerait qu’elle ait des journées de cent heures pour se consacrer encore plus à ces deux activités. Son premier opus des Contes Myalgiques avait été récompensé par le prix Imaginales en 2008 et les fans attendaient le deuxième avec une impatience mêlée d'exigence. Les Contes Myalgiques II : les atouts du Diable sont enfin en souscription (allez admirer la couverture et lire le quatrième, ça met l'eau à la bouche !)

À cette occasion et malgré son emploi du temps surchargé, Nathalie est venue partager avec nous son amour de l'écriture.

 

Entretien avec Nathalie Dau

a25.jpg

 

Bonjour Nathalie, merci beaucoup de m'accorder quelques mots.

 

http://www.griffedencre.fr/catalog/images/contes_myalgiques.jpgLes Contes Myalgiques I avaient reçu le prix Imaginales en 2008 (premier prix pour un livre Griffe d’Encre, éditeur qui en a depuis gagné plusieurs autres). J'imagine que ça reste une expérience très particulière pour toi.

Tu devais attendre la parution de ce tome 2 avec autant de hâte que ton public. Qu'est-ce que tu ressens aujourd'hui ? Plutôt du soulagement ? Du stress ? Un peu des deux ?

Du soulagement, oui. Mais surtout de l’enthousiasme. Et une certaine impatience à recueillir les avis des lecteurs, qui ont si bien reçu le premier opus. Du coup, je m’étais mis sur les épaules une terrible pression. Pas question pour moi de décevoir. Je me suis montrée particulièrement exigeante avec moi-même. Ne pas décevoir… tout en se renouvelant. Surprendre… tout en rassurant, histoire qu’on se dise « oui, c’est bien toujours sa patte ». Alors j’ai mis du temps pour écrire les 13 textes et les 2 poèmes inédits (au sommaire : 19 textes et 2 poèmes, pour 21 atouts, forcément). Et j’y ai mis tellement de moi, j’ai tellement donné, dans ce recueil, que maintenant je trépigne, comme quand on a emballé un beau cadeau pour quelqu’un qui compte beaucoup à ses yeux, et qu’on a du mal à attendre le jour J pour l’offrir.

 

 

Les Contes Myalgiques II ont su se faire désirer, mais il faut dire que tu as une activité littéraire très chargée. Peux-tu nous en parler ?

Entre les CM1 et les CM2, il y a eu pas mal de publications, oui. Les Débris du Chaudron version roman aux éditions Argemmios, mes premières incursions en jeunesse avec Voir avec le Cœur (Argemmios) et surtout cette fabuleuse expérience avec Krystal Camprubi que fut Légendes, créatures fantastiques (Auzou). Quelques nouvelles : « La Bouche » dans l’anthologie caritative « L » des éditions CDS, « Pour Camille » pour le site Reims : Destination Noël (2 textes qu’on retrouve au sommaire des CM2, parmi les 6 qui ne sont pas inédits). Il y a eu « Owein », aussi, dans l’anthologie De Brocéliande en Avalon (éditions Terre de Brume), un texte que j’aime énormément mais que je reconnais difficile pour qui n’a pas lu Le Songe de Rhonabwy en plus d’Yvain, le Chevalier au lion… J’espère que je n’oublie rien.

Et puis il y a eu la création des éditions Argemmios, les premiers AT, les premières sélections, le travail de direction littéraire, les premières publications, les salons, le démarchage des libraires, les devis d’imprimeurs à étudier, les problèmes divers et variés auxquels il faut faire face…

 

http://www.griffedencre.fr/catalog/images/CM2.jpgLes Contes Myalgiques II sont en souscription à partir d'aujourd'hui,

pour une parution le 15 novembre.

Vous pouvez admirer ici la couverture

Et le quatrième donne des frissons également...

 

Est-ce que ce n’est pas parfois difficile de concilier tes deux passions. Tu n’as souhaité éditer qu’un seul de tes livres chez Argemmios (les Débris du Chaudron), et encore était-ce une version plus développée d’un texte déjà paru chez un autre éditeur. Pourquoi ce choix ? Peur qu’on t’accuse de te servir de ton statut d’éditrice pour te vendre en tant qu’auteur ? Volonté de te soumettre à la sélection et aux conseils d’un autre éditeur ?

L’édition est très prenante. Parfois, tant de problèmes s’accumulent, tant de travail, que je me sens comme oppressée. Ce qui me pèse, c’est le manque de temps. Ce qui me met la pression, ce sont les attentes des auteurs qui ont hâte de voir leurs livres publiés – et je les comprends, oh oui, comme je les comprends ! J’essaie de ne léser personne, de m’occuper d’eux, de leurs textes, sans oublier de m’occuper un peu de moi (écrire m’est trop vital). Là où je culpabilise, c’est par rapport aux anthologies. Je me sens prise entre plusieurs feux. D’une part les auteurs, d’autre part les commerciaux du diffuseur qui m’expliquent qu’ils ont du mal à placer les anthologies chez les libraires. Les recueils connaissent un peu le même problème. C’est flagrant aussi au niveau des bibliothèques municipales. Au niveau du marché, on se rend compte qu’un roman même moyen va générer davantage de commandes qu’une excellente anthologie ou qu’un excellent recueil. Du coup, j’ai dû ajuster mon planning de publication. Décaler les anthologies (qui demandent en outre énormément de travail), avancer des romans… parce qu’il faut faire rentrer des fonds si on veut pouvoir payer l’impression de tout ce qu’on a retenu.

J’ai publié deux ouvrages de ma plume chez Argemmios : la version revue et augmentée de Les Débris du Chaudron, sous la direction de Jean Millemann, et Voir avec le Cœur, un texte jeunesse développé avec l’école primaire Jean Moulin de Pontoise. Dans les deux cas, c’était pour « tester » la machine. En cas de plantage, je préfère être seule à encaisser.

Il y a eu des gens (il y en a toujours) pour dire que j’avais créé Argemmios pour m’auto-publier. Je n’ai qu’une chose à leur répondre : je publiais ailleurs avant et je continue à publier ailleurs. D’ailleurs si je n’avais pas créé ma maison d’éditions, j’aurais du temps pour finaliser des tonnes de projets en cours, et donc je publierais davantage. Je n’ai pas peur de ces rumeurs, en revanche j’avoue qu’elles m’agacent, comme m’agacent tous les mensonges. Ou plutôt, qu’elles m’ont agacée. Avec le temps, et les publications d’autres auteurs qui s’enchaînent chez Argemmios, je pense qu’il faudrait vraiment être de mauvaise foi pour leur accorder encore quelque crédit.

En tant qu’auteur, j’ai besoin d’être rassurée, et parfois canalisée, oui. Mais j’ai un passé riche en expériences diverses, alors maintenant, je sais quel type de direction littéraire me convient, et je pense mieux cerner les lignes des différents éditeurs, donc selon ce que j’écris, je sais à qui je peux ou ne peux pas le proposer. Je fonctionne beaucoup à l’affectif, aussi. Il faut que je me sente bien avec mon directeur littéraire. Qu’il aime mon texte, ma plume, et qu’il veuille se battre pour les défendre au mieux. Parce que, si je sais me battre pour les autres, je ne sais pas le faire pour moi-même. Alors oui, j’ai besoin d’être épaulée.

 http://www.argemmios.com/NATH/logo-definitif.jpg

 

Ton boulot d'éditrice doit énormément empiéter sur le temps que tu peux consacrer à tes propres écrits. Qu'est-ce qui t'a poussée à faire ce choix ?

L’envie de continuer l’aventure initiée avec L’Esprit des Bardes (l’anthologie quehttp://i234.photobucket.com/albums/ee77/svetambre/L_Esprit_des_bardes.jpg j’avais dirigée pour Nestiveqnen). L’envie de publier des textes littéraires et exigeants que les plus grosses structures publient plus rarement, car leurs impératifs économiques (et leurs actionnaires) les contraignent à ménager une place importante aux textes à rentabilité plus immédiate (ce qui leur permet, justement, de financer quelques "danseuses" de premier ordre, moins grand public mais merveilleuses, et qui parfois offrent la bonne surprise de séduire plus de lecteurs que prévu). J’aime à dire que je vise une niche dans une niche (la grande niche, c’est la SFFF, et la petite niche, c’est le lectorat qui ne se limite pas aux traductions de best sellers anglo-saxons). L’envie d’aider des auteurs à exister (ceux qui n’intéressent pas encore les plus grosses structures). L’envie de publier des textes différents (par leur format, par leur approche, par leur ton, par leur inspiration…). Envie d’accorder une place d’honneur aux textes nourris de ce qui me fait vibrer : la mythologie, les légendes, le folklore. Envie aussi de penser aux enfants, les petites classes. Envie de donner, là encore. Tout ce que je suis capable de donner, après toutes ces années passées à engranger de l’expérience.

 

 

Tu peux nous parler un peu de la naissance d'Argemmios ? Ce que ça t'a apporté ? Quelques déceptions aussi, peut-être ?

Peut-on vraiment parler de déceptions ? Les coups durs, il y en a toujours, donc je n’ai pas vraiment été surprise de les voir arriver. Mais j’accuse le coup, oui, à chaque fois, parce que je ne jouis malheureusement pas d’une très bonne santé, et que tout ça m’épuise tant physiquement que nerveusement. Sinon, on éprouve de la déception quand on croit très fort en un livre et que ça ne suit pas trop derrière, mais en même temps, je sais que nos ouvrages sont de ceux qui se travaillent dans la durée. Même si la maison d’édition, pour continuer d’exister, a besoin de liquidités et donc de chiffre d’affaire régulier et conséquent (à notre échelle), nous ne sommes pas dans une démarche uniquement marchande. Je fais confiance au temps, je sais que le bouche à oreille nous amènera peu à peu de nouveaux lecteurs. Que de jeunes lecteurs vont grandir et découvrir notre existence. Et puis nous avons la chance de travailler aussi avec des auteurs confirmés, qui nous amènent leur lectorat le plus fidèle.

http://www.argemmios.com/backoffice/inc_catalogue/couvertures/heritiers_homere.jpgLa naissance, j’en ai parlé au-dessus : toutes ces envies combinées. Beaucoup de sacrifices, aussi. Tout a pu se concrétiser grâce à l’aide précieuse de mes associés et de mes bénévoles. On a fait des tas de belles rencontres, humaines et littéraires. Avec seulement 10 titres au catalogue, et en 3 années de publication, on a déjà eu 4 nominations et 2 prix littéraires, c’est vraiment encourageant pour la suite. Et 2 nouveaux titres arrivent en cette fin d’année, auxquels on croit beaucoup. Pas envie que ça s’arrête, même si, les jours de grande fatigue… Mais non. Trop de bons manuscrits à finir de diriger, et à partager ensuite avec nos lecteurs, pour que je m’autorise à écouter l’appel de la couette !

 

Les Héritiers d'Homère dont deux nouvelles ont été

récompensées par un prix cette année (Merlin et Imaginales)

 

En ce moment, on parle beaucoup du numérique. Est-ce que tu as des projets pour Argemmios dans cette perspective ?

Oui. Mon associé, Eric Gilard, qui travaille dans l’informatique, est en train de nous préparer la plateforme de téléchargement et les outils qui nous permettront de convertir une bonne partie du catalogue Argemmios au format numérique, afin que nos titres puissent être lus aussi par ceux qui ont choisi d’investir dans une liseuse. Nos ouvrages seront à petit prix, sans DRM, et nous veillerons à donner un pourcentage confortable à nos auteurs. Il y a encore quelques points à régler mais nous espérons commencer à exister au format numérique courant 2011.

 

 

Pour revenir à toi en tant qu'auteur, est-ce que tu pourrais nous résumer les grandes lignes de ton parcours ? Tes plus grandes joies ? Tes plus douloureuses déceptions ? Qu'est-ce qui t'a poussée à continuer malgré les inévitables coups durs ?

Je suis tombée dans le chaudron sans bien savoir comment, j’avais 7 ans. Ou plutôt Nathalie-a-2-ans---Premier-chat.jpgsi, je sais comment : je lisais des mythes et des légendes et je n’arrivais pas à les laisser tranquilles, fallait que je m’immisce. Fallait que je m’y cache, que je m’en enveloppe. Que je les explore au-delà de ce que me montraient les écrits des autres. Je crois que j’ai toujours su que les mythes étaient vivants et que j’avais le droit de jouer avec eux, et même de changer les règles. De retrouver des règles oubliées ou sciemment écartées. Alors j’ai écrit. Des contes, des poèmes, des énigmes, des invocations, des prières, des hommages, des souvenirs, des inventions, des secrets, des mensonges (juste un peu, pour crypter ce qui devait l’être). Après, pour l’ordre des publications, je préfère vous renvoyer à ma bibliographie, on la trouve facilement sur le net.

Je ne veux pas parler des déceptions. J’essaie toujours de me préparer au pire pour ne pas être déçue, justement, et ainsi me réjouir quand il m’arrive de bonnes choses. En revanche, j’éprouve des frustrations, parfois. De la colère quand j’ai le sentiment qu’on a été injuste envers moi. Mais je préfère ne pas m’attarder sur ces sentiments-là. Ils empêchent d’avancer.

Mes plus grandes joies ? Quand ma grand-mère, qui a été ma première lectrice, a tenu pour la première fois un livre avec mon nom écrit dessus. Quand ma mère, très avare de compliments, m’a dit avoir aimé l’un de mes textes publiés. Quand j’ai reçu le prix Merlin en 2006, puis le prix Imaginales en 2008. Je manque dramatiquement de confiance en moi, j’ai toujours tendance à me sentir minuscule et invisible, mal-aimée, alors recevoir comme ça la reconnaissance du public et la reconnaissance d’un jury de professionnels, c’était juste énorme.

Et quand des lecteurs viennent me voir avec des étoiles dans les yeux, en me disant que mes textes les ont fait rêver, qu’ils les ont émus, bouleversés… Un jour, une jeune femme m’a écrit que me lire l’avait aidée alors qu’elle se sentait mal, que mes textes lui avaient fait plus de bien que les médicaments, et qu’ils devraient être remboursés par la Sécurité Sociale. Je crois que c’est le plus beau compliment qu’on m’ait jamais fait.

Je ne pourrais pas arrêter d’écrire. Même si mes galères financières m’ont souvent fait dire que j’aimerais être « normale », sans ce besoin irrépressible et vital qui, par certains côtés, me marginalise.

J’ai failli arrêter de proposer des textes à la publication, une fois, parce qu’un éditeur m’avait dit que je n’étais pas assez « commerciale » (pour schématiser). Cette remarque-là m’a inspiré un sentiment que j’éprouve souvent : celui d’être totalement inadaptée à notre époque. Et puis des amis m’ont soutenue, encouragée, ils m’ont fait découvrir d’autres éditeurs plus ouverts à ce que je peux proposer. J’ai fini par rencontrer, enfin, mon lectorat. Des gens qui attendent avec impatience chacune de mes publications… Pour eux, je trouverai la force. Toujours.

 

Ci-dessus, Nathalie à deux ans

Déjà en train d'apprivoiser des chats

pour sa future carrière chez Griffe d'Encre ^^

  

Tout comme tes textes ont fait du bien à cette lectrice que tu cites, est-ce que tu pourrais dire qu'écrire t'aide à vivre ? Cela t'a-t-il permis de traverser certaines épreuves ?

Oui. Et plus encore. Cela m’est aussi vital que de manger – peut-être plus vital car il m’arrive d’oublier de manger lorsque je suis plongée dans l’écriture d’un texte. C’est… ancien. Depuis l’enfance. Et c’est physique, aussi. J’écris avec chaque fibre de mon corps. Pour certains textes, j’ai vécu des phénomènes troublants, comme si j’étais… possédée par l’histoire ou les personnages. Quand je sors d’une session d’écriture, j’éprouve soudain un afflux de douleurs musculaires dont je ne prends conscience que parce que j’ai quitté « l’autre côté », celui du texte, et suis revenue en moi-même. Je ne le fais pas exprès. Parfois, aussi, je voudrais que ça ne soit pas si vital, pas si présent. Parfois, aussi, avant les enfants, j’ai souhaité ne pas en revenir...

 

Tu écris souvent des histoires inspirées de mythes celtiques. De quand date cette passion ? Est-ce elle qui t'a poussée à vouloir écrire ?

Je crois qu’on aura compris, à la lecture de ce qui précède, que ça ne date pas d’hier, et que oui, c’est de mon immersion dans les mythes et les légendes qu’est venue mon envie – mon besoin – d’écrire. Les Celtes plus précisément ? Je dirais au début des années 90 pour tout ce qui n’est pas la Légende Arthurienne (que j’ai fréquentée, elle, dès ma plus tendre enfance). Mais ce qui me fascine le plus, c’est la mythologie comparée. La quête des archétypes ancestraux, des schémas primordiaux. La source et la racine. La mémoire des premiers morts. Les fondements du sacré. Ma famille a toujours dit de moi que j’étais une mystique, sans accorder au mot de sens péjoratif. Je ne nierai donc pas être portée par une foi totalement intuitive et résolument païenne. On en trouve bien des traces dans mon écriture. Et cependant, je n’appartiens à aucune obédience ni ne suis prosélyte. J’affirme simplement mon existence et entends qu’on me laisse être. Sans chercher à m’éradiquer au nom de ma différence – et je m’adresse là à tous les intégrismes, qu’ils soient religieux ou pas.

 

Ta plume est très imagée et tes textes jouent énormément sur l'émotion ; émotion que tu sembles partager directement avec ton lecteur. Est-ce que ça ne te fait pas peur parfois de te mettre ainsi à nu ? Y a-t-il un texte dans lequel tu te sois livrée plus que les autres ? 

Est-ce vraiment seulement moi que je mets à nu ? Ne sont-ce pas aussi tous ces « autres » dans lesquels je me projette, auxquels je prête ma voix, mes mots, par empathie et sympathie ?

L’émotion, c’est essentiel. C’est ce qui réchauffe et rappelle qu’on est en vie. Je ne veux pas être un pur néocortex. Je ne veux pas tenir les autres à distance. Oui, la proximité expose aux coups, mais sans elle, pas de tendresse, pas de caresses. Alors ça en vaut la peine. Le sang ne doit pas se figer. Pas encore. On aura tout le temps, quand viendra celui du tombeau.

Pour la dernière partie de cette question… oui, certains textes sont plus autobiographiques que d’autres, mais je ne dirai pas lesquels. Ce n’est pas important. Ce qui est important, c’est que je les ai tous écris avec la même intensité, la même sincérité – livrant ainsi, dans chacun d’eux, beaucoup de mon être. Après, la vraie question serait de définir l’être. Donc, s’il y a un philosophe dans la salle…

 

On peut qualifier une partie de tes textes de contes cruels (les Contes Myalgiques II, par exemple), écris-tu aussi des contes pour enfants ? En tout cas, tu as une collection qui leur est destinée chez Argemmios, éprouves-tu des sentiments particuliers à l'égard de ce public ?

La vie est cruelle. Les contes de fées sont cruels (avec des parents qui abandonnent leurs enfants dans la forêt, des ogres qui les mangent, des gamins qui envoient de vieilles sorcières se faire brûler dans leur propre four, des marâtres qui maltraitent ou donnent à manger des pommes empoisonnées, et des fées qui, sitôt qu’elles sont vexées, balancent leurs malédictions les plus salées). Mais de toute façon, les enfants sont cruels. L’avantage d’écrire pour les adultes, c’est qu’on peut à la fois être plus explicite et plus poétique, selon l’effet recherché, l’émotion que l’on cherche à susciter. Pour les enfants… j’ai longtemps cru que je serais incapable d’écrire pour eux. Que je ne saurais pas les ménager assez, ou que mon vocabulaire leur serait trop complexe. Puis j’ai relu Perrault et Grimm, et j’ai tenté le coup. Cependant, ce n’est pas ce public-là auquel j’ai le plus envie de m’adresser via l’écriture, probablement parce que je n’ai aucun problème pour communiquer à l’oral avec les enfants. Les enfants ont tendance à m’accepter telle que je suis. Nous avons beaucoup en commun, je crois. J’aime jouer, me déguiser, chanter, dire des bêtises. Je lis des mangas, je joue aux jeux vidéos, je regarde des dessins animés. J’ai eu une enfance très sérieuse, alors il est possible que maintenant, je cherche à me rattraper.

La collection Bouts d’Cailloux des éditions Argemmios ? J’ai trois enfants, je crois que ça justifie tout. D’ailleurs mes filles testent tous les livres pour enfants que je publie.

http://www.argemmios.com/backoffice/inc_catalogue/couvertures/voir_avec_coeur.pngVoir avec le coeur,

Premier livre jeunesse édité par Argemmios

 

 

Maintenant que les Contes Myalgiques 2 sont sortis, quels sont tes prochains projets d'écriture ?

J’ai fini d’écrire un conte de Noël pour enfants, qui va être publié sur Reims : destination Noël (celui de l’an dernier était pour adultes). J’ai aussi rendu récemment un texte au sujet duquel j’attends de savoir s’il convient et quelles corrections il me faudra envisager. Si tout se passe bien, ce texte sera publié au cours du premier semestre 2011. Je souhaite finaliser deux autres nouvelles, pour deux anthologies dont les thèmes m’inspirent. Mais surtout, je veux me consacrer à mes projets de romans. Ce ne sont pas les idées qui me manquent, mais le temps, vraiment.

J’ai créé ma maison d’édition en sachant pertinemment que mon temps d’écriture en souffrirait. Les trois premières années, je me suis donnée à fond pour la maison d’édition, mais maintenant je vais revenir à une phase d’écriture plus intense. J’ai pris un peu d’avance sur certains titres à paraître, j’ai trouvé des directeurs d’ouvrages pour m’épauler, j’ai des auteurs compréhensifs qui ne me harcèlent pas trop, un Comité de Lecture formidable, des associés et bénévoles extraordinaires, tout le monde a fini par trouver ses marques, et avoir signé avec un diffuseur-distributeur m’a soulagée d’un grand poids. Donc je pense que je devrais parvenir à l’équilibre et travailler sur mes romans sans trop pénaliser les auteurs Argemmios en attente de publication. Même si pour les anthos, c’est très long, je sais et je m’en excuse.

 

 

Pour finir, que ce soit avec ta casquette d'écrivain ou d'éditrice, aurais-tu quelques conseils à adresser aux jeunes auteurs qui lisent ce blog ?

Il faut lire. C’est essentiel. Trop de jeunes se lancent dans l’écriture sans avoir lu suffisamment au préalable. Il faut lire, de tout, et si possible du bien écrit. Pas uniquement du roman. De la nouvelle, des essais, des articles, des biographies, de la poésie, du théâtre… On apprend constamment, dans ce métier, et on apprend des autres. On apprend de tout ce qui nous entoure. Et il faut donner. Se donner. L’écriture ne doit pas, ne peut pas être uniquement le fruit de l’intellect. Elle se vit, se ressent avec tous ses organes. L’acte d’écrire a quelque chose de charnel. On l’empoigne, on s’y frotte, on en revient avec son armure bosselée, éclatée, les cheveux poisseux de sang, les braies souillées, tout le corps douloureux, le visage éreinté… et cependant rayonnant de fierté.

À quoi bon, sinon ?

 

http://www.argemmios.com/backoffice/inc_catalogue/couvertures/debris_du_chaudron.jpg

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Published by isa - dans Témoignages
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17 octobre 2010 7 17 /10 /octobre /2010 08:53

 

Certains d’entre vous ont peut-être eu l’occasion de prendre connaissance de mon interview sur le blog d’AC de Haenne. Hasard amusant, j’ai contacté AC lorsque j’ai su qu’une de ses nouvelles avait été publiée sur un support vocal, je voulais faire intervenir un témoignage sur ce type d’expérience que je n’avais moi-même pas connue. C’est là qu’il m’a appris qu’il souhaitait lui-même m’interviewer à l’occasion de la sortie de ma novella. Voici donc cet entretien croisé. En espérant que vous éprouverez autant de plaisir à le lire que j’en ai pris à l’effectuer.

 

Entretien avec AC de Haenne

http://data0.eklablog.com/a-c-de-haenne/menu_present641692.jpgLe blog d'AC : vous y trouverez des critiques,

des infos sur le monde littéraire (et surtout les Podcasts),

plein de liens intéressants...


Bonjour AC, je viens d’écouter ta nouvelle « Los Trabajadores invisibles » sur Donner de la Voix. Tout d’abord, félicitations pour ta sélection et pour la qualité de ton texte !

Avant de nous faire partager ton témoignage sur cette expérience éditoriale spécifique, peux-tu nous parler un peu de toi ?

 

Merci Isa. Tout d'abord, je dois dire que parler de mon humble personne n'est pas un exercice habituel pour moi, à part parfois en filigrane dans certaines de mes nouvelles (comme dans celle-ci, par exemple).

Je suis né au début des années 70 dans un petit village de Haute-Bretagne dont le nom veut dire « Pays de Ronces ». Rien à voir a priori avec le château de la Belle au Bois Dormant ! Quoique...

J'ai vécu quelques années à Nantes, cité où ont vu le jour Jules Verne et le petit beurre.

En 2002, je suis venu m'installer dans les Pyrénées pour y élever des chèvres avec un ami. Finalement, cela ne s'est pas fait, mais comme le pays me plaisait, j'y suis resté. Je ne regrette rien. J'ai fondé une famille qui vient tout juste de s'agrandir.

 

Depuis combien de temps écris-tu ?

 

Le 26 novembre prochain, cela fera exactement six ans que j'écris tous les jours, ou presque.

 

Quand est née ta vocation ?

 

Je ne sais pas répondre à cette question. C'est quelque chose que j'ai en moi depuis très longtemps. Depuis l'instant où j'ai appris à lire, j'ai eu l'envie d'écrire des histoires. Malheureusement, je n'ai jamais passé le pas. Si, peut-être deux ou trois tentatives infructueuses à l'adolescence et c'est tout. Et puis, il y a six ans, cette envie est devenue trop forte, et j'ai enfin laissé libre cours à mon imagination. Oui, enfin, car ça a été pour moi comme une libération !

 

Y a-t-il eu un facteur déclencheur ?

 

Peut-être la rencontre avec quelqu'un qui est devenu un copain depuis. Jean-Claude écrivait des textes sur des cahiers. Je me suis dit : s'il le fait, je dois être capable d'y arriver aussi...

 

Est-ce que tu as un peu navigué dans le microcosme de la SFFF ?

 

http://www.yozone.fr/IMG/yo_logo.jpgOui, cela fait un an maintenant que j'ai internet, et je dois dire que cet outil offre énormément d'opportunités de rencontres. Virtuelles, certes, mais tout de même très intéressantes. C'est ainsi que je me suis lancé dans la critique de livres, sur le site de la Yozone. Faire une critique constructive d'un roman est un exercice assez ardu que je maîtrise de mieux en mieux. Ça me plaît énormément, et cela me permet de lire des livres récents, moi qui étais plutôt habitué aux bouquins d'occasion ! Et puis, durant quelques mois, j'ai fait partie du Comité de Lecture d'Argemmios. Ce fut une expérience vraiment très enrichissante. J'ai été accueilli  chaleureusement par l'équipe que je tiens encore une fois à remercier ici. En lisant un livre, on ne se rend pas compte du travail titanesque que représente la lecture de tous les manuscrits envoyés aux maisons d'édition. Malheureusement, cet épisode de ma vie a tourné court par manque de temps. Ce n'est pas toujours évident de concilier la vie de famille, le travail alimentaire à l'usine et les travaux d'écriture... Je suis très heureux d'avoir lu de très beaux textes, dont certains ont été retenus par Argemmios. Je suis heureux d'avoir contribué modestement à leur publication, et j'ai vraiment hâte de les tenir entre mes mains !

http://www.argemmios.com/NATH/logo-definitif.jpg

 

J’ai beaucoup aimé ton texte. Est-ce un appel à Textes qui te l’a inspiré ou bien le thème était-il libre ?

 

Merci pour ton appréciation sur la nouvelle. Il y avait un Appel à Textes avec pour thème : « Je suis invisible ». J'avais un tout petit texte déjà écrit. Comme je suis écolo, j'ai trouvé là une belle occasion de recycler cette nouvelle qui me tenait à cœur. Visiblement, ça a aussi touché le Comité de Lecture puisqu'il l'a retenu.

 

Je ne connaissais pas Donner de la Voix jusqu’à le découvrir grâce à toi. Peux-tu nous en dire plus sur ce site ? Comment l’as-tu connu ?

http://www.utopod.com/wp-content/uploads/utopod-logo-300x300.png

Je le connais depuis le mois de mai. Je suis un grand consommateur de p odcasts :  Les Lyonnes de la SF, Salle 101, le   Palais des Déviants  , et  Utopod, bien sûr,  qui a ouvert la voie. Mais aussi des émissions de Radio France (France Culture et France Inter), que je ne peux pas écouter durant la semaine parce que je travaille, ou le week-end car j'ai autre chose à faire. Mon émission préférée est Mauvais Genres.

Donc, je fais régulièrement des recherches sur un moteur connu pour savoir s'il y a des nouveautés.

 

Comment en es-tu venu à proposer un texte à Donner de la voix ?

 

J'ai vu que Donner de la voix faisait des AT. J'ai envoyé un premier texte, qui a été refusé. Puis celui-là, que j'ai proposé au tout début de l'été. En rentrant de vacances, j'ai eu l'immense plaisir de lire un mail me disant que ma nouvelle avait été acceptée.

 

Avais-tu spécifiquement envie de paraître sur un support vocal ou bien est-ce davantage le hasard des soumissions ?

 

Non, pas vraiment. En tout cas, personnellement, je l'ai pris comme un AT normal... Mais c'est vrai qu'avec du recul, ça me plait bien...

 

Y a-t-il des spécificités pour ce genre d’appels à textes (contrainte de signes, phrases plus ou moins longues, etc…) ?

 

Non, ce sont les contraintes habituelles : nombre de mots minimum et maximum (ici entre 1000 et 4000). D'ailleurs, ça a été ma "difficulté" principale. En effet, mon texte faisait moins de 2000 signes (eh oui !), et j'ai dû le renforcer un peu pour le faire entrer dans les clous.

 

Je t’avoue que pour ma part, ça m’a fait un effet bizarre d’entendre ton histoire lue par quelqu’un d’autre au lieu de lui donner moi-même le ton qui me serait venu. De ton côté, quel effet ça t’a fait d’entendre ta nouvelle lue par une voix étrangère ?

 

Ça m'a fait bizarre aussi, mais surtout très plaisir d'entendre mon texte lu par un étranger afin que le plus grand nombre puisse se l'accaparer. Bon, par contre, dès la première écoute je me suis rendu compte des défauts stylistiques. Cependant, il était trop tard...

http://scribamanent.fr/vocalise/ban2.jpg

Comment s’est passé le travail éditorial ? Y a-t-il eu des corrections ? As-tu été consulté pour donner des conseils de lecture ?

 

Le travail éditorial s'est passé cordialement. Néanmoins, comme il s'agissait-là d'une première expérience, je n'ai pas de point de comparaison. J'ai travaillé avec une correctrice, Célia, qui a été très gentille. Elle a su proposer ses corrections sans me les imposer. Pour tout cela, encore une fois je la remercie.

 

Est-ce que cette expérience t’a donné envie de soumettre à nouveau pour ce support ?

 

Oui, mais pas dans l'immédiat. Et puis, à part Donner de la voix, je ne connais qu'un seul autre podcast audio-publiant des nouvelles. C'est Utopod, et je sais qu'ils ne lancent pas d'Appels à Textes. Donc, c'est vite vu !

 

Et sinon, d’autres projets en matière d’écriture ? Des appels à textes qui te tentent ? Des maisons dans lesquelles tu aimerais paraître ? Des manuscrits en cours ?

 

Oh oui ! Des projets, j'en ai beaucoup ! Une nouvelle de science-fiction refusée par Parchemins&Traverses qu'une amie très chère a eu la gentillesse de relire. Il faut que j'en fasse une nouvelle écriture, et que je trouve l'AT idoine... J'ai une longue nouvelle de Fantasy, aussi relue par mon amie. J'ai envie de développer l'univers en écrivant d'autres nouvelles, afin d'en faire un recueil cohérent. J'ai aussi une nouvelle policière que j'aimerais placer dans une revue... Et puis, il y a mes romans. J'en ai trois en cours d'écriture... Et j'aimerais bien en écrire un dans le genre SF. Bref, j'ai plus de projets que de temps pour les concrétiser... Pour parler d'une maison d'édition en particulier, la collection Lunes d'encre me tente bien. Mais il faudrait tout de même que j'élève mon niveau d'écriture...

 

Pour finir, as-tu quelques mots que tu aimerais adresser aux jeunes auteurs qui fréquent ce blog ?

 

Oui. Juste de ne pas faire la même erreur que moi : il ne faut pas trop se poser de questions. Il faut foncer ! Si vous avez vraiment envie d'écrire, faites-le !

 

http://lunesdencre.eklablog.com/themes/7/images/header.jpg?851205547Le blog de Lunes d'encre

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13 septembre 2010 1 13 /09 /septembre /2010 16:25

 

Avec la sortie de ma première novella, j’ai l’occasion de toucher d’un peu plus près les réalités du système éditorial et de ses limites. Secteur en crise, jeunes écrivains peu payés, manque de visibilité dans un marché qu’on dit « inondé » par trop de parutions… Un auteur débutant se retrouve souvent perdu au milieu des plus grosses pointures sans savoir comment amener les lecteurs à s’intéresser à sa prose. Toute la problématique est là. Jamais le monde culturel n’a offert autant de moyens de communiquer (blogs, Facebook, forums, mise en ligne d’extraits de romans…) mais comment ne pas se noyer dans la masse de ces médias dont la principale limite est justement leur infinité ? Quelle possibilité l’auteur peut-il choisir pour aller à la rencontre de ce lecteur à qui il a tant à dire ? Jusqu’où peut-on aller sans craindre de finir par passer pour un vendeur d’assurance qui glisse son pied dans une porte entrouverte ?

J’ai décidé de poser ces quelques questions à quelqu’un qui est bien placé pour en parler, aussi bien du fait de son expérience d'auteur que de sa formation professionnelle (celle qui fait manger) dans la publicité.


Imaginales10-5.JPGDon lorenjy, Imaginales 2010 ©Josée Zaurin-Casanova

 

Bonjour Don Lo, contente de te recevoir à nouveau en ces pages et merci du temps que tu m’accordes (Don Lo m'avait déjà accordé une interview ici).

Tout d’abord, revenons sur la question de la rémunération de l’auteur. Même si ce n’est pas le thème principal de ce billet, bien des lecteurs sont surpris quand ils apprennent la part des ventes qui revient au premier maillon de la chaîne, à savoir l’auteur. Quand on commence à naviguer dans le monde de l’édition et à avoir quelques chiffres, on comprend l’aigreur ou la révolte de certains écrivains. La communication est justement un des posts qui mange le plus le prix de vente du livre (et le rend trop cher pour bien des bourses) : part des libraires, des diffuseurs, même une place dans un salon a un coût que la plupart des lecteurs n’envisageraient pas une seconde ! Tu as développé sur ton blog certaines théories sur des façons d’organiser totalement différemment cette chaîne, qu’il s’agisse de livres communs ou d’un système de licence générale où le lecteur choisirait lui-même quel auteur il souhaite rétribuer. Bien que je ne partage pas toujours ces visions, je trouve qu’elles ouvrent des perspectives toujours novatrices sur la base desquelles il serait bon de réfléchir. Peux-tu nous résumer ici quelques-unes de ces pistes de réflexion ?  

 

 

Il faudrait demander à de vrais spécialistes de la question, parce que je n'ai, moi aussi, que des questions dans ce domaine. L'une d'elle tourne autour du prix du livre papier : beaucoup le trouvent trop cher, et c'est vrai si l'on considère le livre comme un bien de consommation jetable. D'où mon envie de proposer des objets livres plus beaux et plus chers, mais partageables entre plusieurs propriétaires qui ne payeraient individuellement qu'une somme modique. Envie développée un peu là : http://lorenjy.wordpress.com/2010/03/02/autres-considerations-sur-le-prix-du-livre/ mais qui est appelée à rester marginale.

Quant à la rémunération en numérique, l'idée n'est pas de moi, mais de Peter Sunde, un gentil pirate qui propose un système d'affectation libre d'une taxe commune payée par les internautes, le Flattr. C'est là : http://flattr.com/ et c'est assez simple comme concept. Disons que chaque mois chacun paye 1 euro de taxe « création » et clique sur un bouton présent sur tous les contenus qu'il charge depuis le ouèbe (texte, musique, vidéo, jeu...) : son euro sera divisé entre tous les émetteurs de contenus sur lesquels il a cliqué. Si j'aime ce que j'ai eu, je clique, ça ne me coûte rien de plus. Si je n'aime pas, pas de clic. Le montant de ma contribution reste le même, il ne va qu'à ce que j'ai aimé, c'est tout. Personne à ma connaissance n'a proposé de meilleure solution pour la rétribution réelle des créateurs. Il suffirait juste de se mettre d'accord sur le montant de la cotisation et sur les modalités de paiement des sommes réparties. Qui a dit facile ?

J'aime bien aussi ce que tente e-Bélial, en faisant confiance aux lecteurs au lieu de se barder de protections. Il reste sans doute des défauts, notamment une transposition un peu trop directe de l'économie du livre papier à l'économie numérique (ce n'est pas moi qui le dis, mais Ayerdhal), mais une idée qui va dans un sens positif reste mieux que pas d'idée du tout. Surtout en termes de communication, d'ailleurs : chaque acteur dont l'offre se démarquera en termes commerciaux comme en termes techniques bénéficiera d'une campagne de communication efficace au moins pour l'impact. Mais comme toujours, il faudra que le contenu suive.

 

 

Penses-tu qu'avec les nouvelles opportunités que nous offre la communication, un auteur peut plus facilement se priver d'un éditeur ?

Je crois que certains en rêvent. Moi, pas du tout. On pourra me reprocher, par cette réponse, de faire de la lèche aux éditeurs. Tant pis.

Maintenant, je m'explique. « Se priver d'un éditeur » est la bonne expression. Selon ma brève expérience, l'éditeur n'est pas celui qui vous pique vos droits d'auteur et dont on peut se passer. L'éditeur, c'est celui qui vous aide à faire monter votre texte au niveau de ses exigences propres, ses exigences d'éditeur, celles qui lui permettront de mettre son nom ou son logo à côté de celui de l'auteur. De cela, je ne peux pas me passer. Ce serait me priver d'un point de vue, non pas idéal, mais orienté vers un objectif précis.

J'ai croisé des auteurs qui pensent pouvoir se passer des éditeurs pour la partie publication, et se priver de son apport éditorial en le remplaçant par des béta lecteurs en qui ils auraient confiance. Mais quel sera l'objectif d'un béta lecteur ? Dans quel sens fera-t-il évoluer le texte ? Quelle marque y apportera-t-il ? Quel sera son poids si l'auteur n'est pas d'accord avec ses remarques ?

Ce que je cherche chez l'éditeur, c'est une sorte de coach qui fixe certaines règles, siffle les fautes et siffle aussi la fin de la partie : à lui de me dire lorsque le texte est au niveau de ses objectifs de publication. À moi de jouer la partie pour en arriver là.

Ce type de partenariat ne change pas avec l'évolution en numérique. Il me paraît au contraire devoir se renforcer. Si on imagine une explosion de l'offre de textes en numérique, chaque lecteur choisira – il me semble – selon trois critères : la proximité (les textes de mes copains), les centres d'intérêts (filtrés par les prescripteurs) et les marques (ce qu'on sait ou croit savoir de l'émetteur du texte). Ces marques pourront être des auteurs phares, des collectifs d'auteurs suffisamment structurés, ou des éditeurs. Un éditeur qui se définit en tant que marque, avec une offre bien cernée en terme de genre, de démarche éditoriale, ou de lectorat, sera un critère de choix toujours identifiable pour ses lecteurs potentiels... ou ses non-lecteurs. Pour l'auteur, c'est important à au moins deux niveaux : il sait à l'avance si ce qu'il écrit (ou peut écrire) correspond à ce que publie cet éditeur, et il sait ensuite que si l'éditeur choisit de travailler avec lui il accèdera au lectorat sensible à cette marque éditoriale.

Bien sûr, cela suppose que des éditeurs réfléchissent en termes de marque sur le marché numérique, définissent leur positionnement... et s'y tiennent. Il me semble que le langage fréquent des éditeurs aujourd'hui, consistant à clamer « je publie ce qui me plaît, je ne marche qu'au coup de cœur », ne sera plus un argument suffisant pour se distinguer dans cette future grande « foire à tout » du numérique. Pour un auteur, cependant, je trouve qu'il est encore difficile de penser sa prose comme un produit. Je ne sais même pas si c'est souhaitable.

Disons que les moyens de communication et de mise à disposition des textes permettront j'espère de faire cohabiter une approche marketing avec une approche plus expérimentale ou artistique, dans son contenu comme dans son approche du public.

 

En ce qui concerne ce poste très onéreux de la communication, il semblerait que dans ce marché surbooké, il ne fasse même pas toujours preuve de son efficacité. Les diffuseurs ont un mal fou à obtenir une place sur les étagères des libraires entre les grosses sorties people (j’ai pas dit « pipeau » !) du moment. En tant que publicitaire, es-tu parfois surpris ou déçu de ce qui est fait (ou n’est pas fait) en matière de com ?

 

 

Comment être déçu ? La communication dont j'ai connaissance étant arrivée jusqu'à moi, elle a fait son boulot. Si le livre ne m'intéresse pas, ce n'est pas un problème de communication. Seuls les efforts qui ne me sont pas parvenus alors que j'aurais pu être intéressé par un livre peuvent être considérés comme des échecs.

Je dois bien reconnaître que très peu de communication pour des livres me parvient. Quelques annonces dans la presse, des bandeaux sur des sites Internet et des mails directs d'éditeurs, c'est tout. Soit je ne suis pas identifié comme cible, soit les cibles sont difficiles à toucher directement. Je penche pour la seconde hypothèse.

J'ai l'impression que seule la communication passant par les prescripteurs a prouvé un peu d'efficacité. Cela exige presque de la cible qu'elle aille chercher elle-même l'information en lisant les critiques, en cherchant sur le Net, en zonant sur des forums... Ce qui prouve bien que le livre n'est pas un produit comme un autre, au moins pour la grande majorité de la littérature.

Réfléchir à sa communication d'un point de vue professionnel, c'est un peu se demander qui chaque livre peut intéresser, et comment toucher cette cible individuelle efficacement, tout en évitant ceux que le livre pourrait décevoir car ils deviendraient des détracteurs.

Compliqué. Mais faisable, grâce notamment à des outils de suivi sur Internet.

Seulement voilà : je n'aime pas trop ça, cette impression d'être suivi, connu dans chacun de mes goûts, considéré à chaque seconde comme un acheteur potentiel... Et finalement, je préfère presque une démarche inverse, qui consiste à laisser le lecteur remonter jusqu'au livre, par ses propres moyens. Comme cela se pratique depuis longtemps, malgré les efforts des communicants.

 

 

Tu as pris toi-même l’initiative d’une certaine promotion (présence sur Internet, communication sur ton blog et même un jeu  pour la sortie de ton recueil), as-tu reçu l’accueil que tu espérais ? De la part du public ? Et en général de la part du monde littéraire qui ne semble pas toujours aimer la communication poussée ?

 

J'ai un peu l'impression que Blaguàparts, s'il a été lu, l'a été malgré mes efforts. J'ai dû mal m'y prendre... ou alors, comme je l'exprimais précédemment, il n'y avait pas de façon de bien s'y prendre.

L'auteur, en France du moins, n'a semble-t-il aucune légitimité à promouvoir son propre livre. Je le savais, mais je m'étais dit, d'une part qu'il s'agissait d'un recueil avec un ton humoristique, et d'autre part que j'étais déjà identifié comme un zozo capable de tout. Cela n'a pas suffi a désamorcer les réticences, il n'y a eu que très peu de curiosité. Le milieu s'est aussi peut-être senti agressé et je tiens ici à lui adresser toutes mes excuses (Blaguàparts c'est bon mangez-en !), ainsi qu'à Griffe d'Encre pour cet échec subi par ce qui devait être un succès de librairie international, n'est-ce pas ?

Les quelques chroniques dont j'ai eu connaissance étaient enthousiastes, mais n'ont pas, elles non plus, généré de bouche à oreille ou de commentaires. Je laisse de côté la qualité ou l'absence de qualité du livre pour m'intéresser à la seule communication : les lecteurs de notre (tout petit) milieu n'aiment pas se faire prendre en holdup, même pour rire. L'autre communication, celle qui suit les canaux traditionnels (prescripteurs, en l'occurrence), perdra son potentiel.

En revanche, l'accueil du « vrai » public, celui que je croise en librairie et qui peut-être n'yhttp://www.griffedencre.fr/catalog/images/blaguaparts.jpg connaît rien à la SF ou à l'humour (tapez-vous sur les doigts... si ça vous fait rire, continuez : c'est de l'humour), a été positif en termes de communication.

Quelle communication ? La couverture, bien sûr, qui a été pourtant bien décriée sur certains forums spécialisés. Sa tonalité rouge vif, son style BD et son thème un peu agressif attirent l'œil et la main du chaland. La 4ème de couverture fait assez bien son travail aussi, surtout le chiffre inscrit en bas à gauche. Je me suis donc autorisé à conclure que, si la communication ne va pas jusqu'au public, un bonne couverture et un prix attractif restent des atouts à ne jamais négliger. Et je suis assez content d'avoir obtenu que le deuxième Djeeb soit vendu moins cher que le premier.

 

La fameuse couverture

 

À ton avis, quelle doit être l’optique d’un auteur qui essaie de vendre ses livres ? Doit-il se contenter d’écrire et de laisser toute la partie communication à son éditeur ? Sinon, jusqu’où peut-il aller pour se démarquer dans un catalogue souvent très chargé ?

 

Déjà, l'auteur peut discuter avec son éditeur. Même si certains éléments paraissent figés par le contrat, il est toujours possible d'évoquer le prix, le tirage, la couverture, le nombre et le mode d'attribution des exemplaires envoyés en Services de Presse (SP), la date de sortie... Tout cela intervient dans la communication, et de façon beaucoup plus efficace que les gesticulations.

Ensuite, l'auteur peut se demander froidement à qui son livre s'adresse, ou quel est son objectif. S'il pense pouvoir intéresser un public élargi (pas en nombre, mais en diversité), s'agiter dans un bocal restreint me paraît a priori contre-productif, puisque ses voisins de bocal vont le regarder d'un sale œil alors que ceux de l'extérieur ne verront rien. On peut essayer de sortir du bocal, chercher des prescripteurs accessibles (blogueurs, journalistes...) et leur proposer le livre, si l'éditeur est d'accord pour leur adresser un SP, rencontrer des libraires, des bibliothécaires, des clubs de lecture... Il y a un risque – se tromper et être mal perçu aussi à l'extérieur – mais il n'est pas énorme. Et c'est à l'auteur de le prendre : l'éditeur ne peut pas se couper de son lectorat habituel pour tenter un coup à l'extérieur.

Après, « jusqu'où aller ? » est une question à laquelle chacun apportera sa réponse selon sa personnalité (ou son physique : je ne me suis pas autorisé la vidéo strip-tease), ses moyens (j'aimerais, la prochaine fois, mieux utiliser les supports sonores qui me paraissent sous-exploités au profit de l'image et du texte) et le temps qu'il pourra consacrer à cette activité. L'auteur solitaire, laissant son texte aller ou non vers le lecteur sans s'en mêler, n'est pas une vision si fausse ou caricaturale. Plus on communique et gesticule, moins on écrit. Je le sais, je le sens, mes projets se bousculent derrière l'écran pendant que je cherche quelque chose d'intelligent à te répondre.

 

 

Toi-même, es-tu particulièrement content de certaines de tes initiatives ? Y a-t-il au contraire des choses que tu regrettes ?  

 

Non, rien de rien... je regrette juste les lecteurs que j'ai pu perdre en les gonflant chaque fois que je me mets en avant au lieu de laisser parler le livre, et ceux que j'aurais pu gagner en sachant mieux les toucher.

En gros, ce dont je suis le plus fier c'est toutes les petites choses qui m'ont mis en contact direct avec des gens qui pourraient lire mes histoires. Cela va du fait d'oser dire à mon voisin que j'écris, à la participation à tous les salons ou dédicaces auxquels on m'invite, en passant par la réponse personnelle à chaque critique ou chronique. Tout ce qui tisse des liens me plaît plus que la communication de masse. Dans ce cadre, je regrette un peu de n'avoir pas plus cherché à faire vivre les textes de façon sonore, en enregistrant des extraits, tout simplement. Je me trompe peut-être, mais j'ai l'impression que la voix de l'auteur, sur son propre texte (mais sans sa gueule), peut permettre à l'auditeur de mieux pénétrer son imaginaire et s'y projeter, comme le fait si bien la radio. J'y vois une opportunité de relation plus directe et sensorielle.

Bref, on doit faire la différence entre la communication commerciale ou statutaire, du ressort de l'éditeur, et la communication personnelle de l'auteur, plus proche du courrier intime que du spot télé.

 

Le jeune auteur se retrouve souvent dans une position d’autant plus délicate qu’il lui faut d’abord convaincre un premier « client » à savoir l’éditeur, et ensuite le lecteur. En ce qui concerne le premier, nombre d’auteurs pensent que la participation à des Appels à Textes pour voir paraître des nouvelles est un premier pas pour attirer l’attention des éditeurs. De par ton expérience, qu’en penses-tu ? En dehors de toute considération de plaisir d’écrire ou d’affûtage de sa plume, penses-tu vraiment qu’une bibliographie de nouvelles étoffée puisse taper dans l’œil d’un éditeur ?

 

http://www.griffedencre.fr/catalog/images/ouvre-toi.jpgOui, je le pense, mais je peux me tromper. C'est peut-être moins direct que « grâce à la publication de mes nouvelles, un éditeur s'intéressera à mon roman ». Mais quelques textes parus permettent de montrer sa capacité à travailler avec un éditeur dans un objectif de publication ce qui est très différent à mon sens du travail sur un texte avec des béta-lecteurs sans autre souci qu'un hypothétique idéal de qualité – et permettent aussi d'exister dans un bouillon, certes court, mais à la température duquel certains professionnels peuvent être sensibles. Cela n'aidera jamais à publier un mauvais roman, juste à ne pas être noyé dans la pile des manuscrits reçus par la Poste. C'est déjà pas mal.

 

 

Ouvre-toi, la première anthologie (Griffe d'Encre 2007)

qui m'a permis de faire connaissance avec la plume de

l'auteur

 

Quant au lecteur, que penses-tu des moyens modernes qui permettraient d’aller vers lui ? Lesquels te paraissent judicieux ? Lesquels pourraient le desservir ?

 

Nous venons d'en parler à la Convention SF et F de Grenoble. Les outils sont tous bons. Aucun n'est à négliger. Mais il ne faut pas faire confiance qu'à l'outil : la vraie chose importante, c'est le contenu, le message. Si le message n'est pas bon, que ce soit par Twitter ou par pigeon voyageur, il ne passera pas. D'après mon expérience personnelle, parler de soi avant de parler du livre n'est sans doute pas le bon contenu. Vouloir faire rire autour d'un livre censé être drôle n'est pas bon non plus – surtout si l'on choisit le comique de répétition – il y a redondance.

D'une manière générale, que les moyens soient modernes ou antédiluviens, on ne communique pas pour faire le malin, mais pour donner envie de quelque chose. Quand il y a une vraie adéquation entre l'auteur et le livre – pensons à Sire Cédric, par exemple – parler de l'auteur ou le mettre en avant n'est pas idiot. Mais dans la plupart des cas, j'ai l'impression que le livre doit passer d'abord. Ce qu'il contient avant même sa couverture. Être capable de répondre au débotté à la question d'un inconnu « Votre livre, il raconte quoi ? ». Une fois que l'on saura dire, de façon simple mais pas trompeuse, quelle expérience le livre propose, on aura un bon message à communiquer par tous les moyens. Et surtout, on sera prêt à adapter le message au support.

C'est idiot, j'ai l'impression de réinventer le fil à couper l'eau tiède. Rien ne m'arrête...

 

 

Il ne me reste qu’à te remercier encore une fois de ton temps et te laisser un peu de place pour nous parler de ton actualité. Ça se présente comment cette carrière d’écrivain ? Une chance d’acheter une assiette en carton (avant d’envisager les épinards et, un jour, peut-être, avec beaucoup de chance, la noisette de beurre à mettre dedans) ?

 

Je n'ai pas de carrière d'écrivain devant moi, mais des opportunités qui se présentent et la chance de pouvoir leur consacrer un peu de temps. Enfin, la chance... le choix, aussi : le choix de ne pas passer tout mon temps à aller gagner plus d'argent autrement.

Les opportunités, donc. Elles sont économiques, puisque la région Rhône-Alpes m'a octroyé une bourse pour achever un projet de littérature générale ; éditoriales, grâce à Mnémos qui ne refuse pas à priori un troisième Djeeb, grâce aussi à un autre éditeur qui accepte de travailler avec moi sur un projet de fantasy ; et personnelles quand je m'aperçois que j'ai encore des trucs à écrire. Je ne me suis jamais dit « je vais être écrivain ! », mais plutôt « j'ai envie de te raconter cette histoire, ou de te communiquer cette émotion... ». Voilà, j'ai encore envie, alors je continue.

Côté parutions, il va bientôt y avoir Bout de Route, dans l'anthologie Arcanes chez Voy'el, Toumaï Transfert et Toumaï Tango, deux nouvelles (!) dans l'anthologie Afrique(s) chez Parchemins & Traverses, et Djeeb l'Estoqueur dans l'anthologie De Capes et d'Esprits chez Rivière Blanche.

Mais surtout je planche sur une anthologie de textes « sans arme, sans haine et sans violence ». J'y invite une dizaine d'auteurs confirmés à relever ce défi narratif et donner envie de l'avenir ou de l'ailleurs qu'ils imaginent. Un petit livre pas cher, qui sera publié avec l'aide de Jérôme Vincent chez ActuSF, probablement fin 2011.

http://forum.parcheminstraverses.fr/download/file.php?id=64

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2 septembre 2010 4 02 /09 /septembre /2010 11:18

 

Ceux qui fréquentent les forums de jeunes auteurs ont sans doute eu l’occasion comme moi de voir passer quelques projets d’écriture en commun. D’histoires écrites en partant de la fin, de synopsis découpés en chapitres étoffés par différentes plumes, de concours de suites pour former une histoire en patchwork… le Net fleurit régulièrement de ces exercices littéraires qui amènent des auteurs à collaborer sur un projet commun. Simple perte de temps pour certains, enrichissement pour d’autres, ces projets peuvent s’avérer plus ou moins productifs mais en général toujours conviviaux. N’ayant jamais participé à l’un d’entre eux, je voulais tout de même vous en parler pour vous permettre de savoir si l’aventure vous tenterait. Alors, comme toujours, j’ai honteusement fait appel à une personne qui connaissait le principe pour partager son expérience…

 

Entrevue avec Karine Dumas  

moi5.jpg

 

 

Bonjour Karine. Tout d’abord merci de ton intervention sur ce sujet qui m’est assez étranger.

Quelques mots sur toi pour commencer ? Je t’ai connue par Cocyclics, depuis combien de temps es-tu inscrite sur le forum ? Depuis quand écris-tu ? As-tu déjà été publiée ?

 

Je suis sur Cocyclics sous le pseudo d’Arianne, depuis bientôt un an, mais je ne participe réellement au forum que depuis janvier dernier. J’aurais tendance à dire que j’écris depuis toujours, mais mes premiers écrits aboutis (comprenant début-milieu-fin) datent de mes 17 ans. J’en ai maintenant 25, je suis québécoise, et je n’ai jamais été publiée, sinon à un niveau amateur, sur le web. Un de ces projets web s’est tout de même retrouvé sous format papier, et j’en ai un exemplaire chez moi, dont je suis plutôt fière.

 

 

Peux-tu nous parler du ou des projets d’écriture en commun auxquels tu as participé ? Comment y es-tu venue ? Recherche volontaire, hasard ?

 

Presque toujours par hasard. Les projets à plusieurs mains, c’était suite à des annonces lancées sur des forums de webséries* ou sur les sites mêmes des webséries en question. Puis, il y a deux projets dont j’étais l’une des instigatrices ; j’ai donc écrit le premier épisode de l’un, pour lancer le projet, et un épisode d’un autre à un moment où l’on manquait de participants.

 

 

Je suppose qu’il n’y avait pas de visée éditoriale au bout, quel était l’ambiance et le but de ce(s) projet(s) ? Simple délire ou recherche d’expérimentation littéraire ? Quel était le principe  ? Le nombre de participants ?

 

S’amuser, expérimenter, donner vie à un projet qui n’aurait pas pu se réaliser autrement. Je pense entre autre au tout premier auquel j’ai participé, Le manoir des secrets : Isabelle, la créatrice, avait déjà une websérie et craignait de manquer de temps pour développer sa nouvelle idée, du coup elle a lancé  un appel à tous pour se trouver des co-auteures. L’avantage, c’est qu’elle l’a fait sur le site d’une websérie québécoise, il n’y avait donc pas de problèmes de fuseau horaire puisqu’on venait toutes d’ici, et vu le nombre de choses dont on discutait en direct sur msn, c’était plutôt important.

On était 6 co-auteures au départ. Le contexte et les personnages avaient été établis par Isabelle et Kat, la première à s’être jointe à l’aventure, mais de façon très basique pour nous laisser de la marge de manœuvre. On a établi ensemble la trame de websérie, les moments importants, et par la suite lorsque nous avons plongé dans le passé des personnages, chacune s’en est approprié un ou deux qu’elle traitait plus en profondeur. Chacune écrivait un morceau avant d’envoyer l’épisode aux autres ; il nous est arrivé d’écrire des scènes à quatre mains, en direct sur msn, chacune ajoutant son bout de texte à tour de rôle.

 

Le deuxième projet pouvait effectivement se qualifier de délire ; suite à l’idée d’une amie à moi, on avait monté cette idée de websérie comique que l’on écrivait sur msn, un peu à la manière d’un jeu de rôle. Il s’agissait vraiment juste de s’amuser et de faire quelque chose de différent. On a d’ailleurs eu beaucoup de plaisir pour le peu que l’on a écrit. Chacune s’était montée un personnage et le jouait en temps réel sur msn. Encore une fois, nous étions 6, ce qui a peut-être compliqué les choses à cause de la façon dont on développait le projet : plus le temps passait, plus il était difficile de dégager des plages horaires où nous étions toutes sur msn en même temps.

 

lir_saison1.jpgEnsuite, il y a eu l’Idée-Rêve, une initiative de PancakeTV (une chaîne de websérie qui n’existe plus) où cette fois, on prenait les choses au sérieux. Un épisode publié toutes les deux semaines, un temps prédéterminé pour l’écriture, et une date de publication claire. Le premier participant écrivait la fin d’une histoire, donc ce qui serait en temps normal, le dernier épisode ; la personne qui venait ensuite écrivait ce qui s’était passé juste avant, et on remontait ensuite la chaîne jusqu’au dernier participant, qui lui écrivait le premier épisode.

C’est d’ailleurs la saison 1 de l’Idée-Rêve qui s’est retrouvée en format papier. Il y en a eu 3 saisons, mais pour moi, la saison 1 demeure très particulière.

 

Les deux plus récents auxquels j’ai participé étaient ceux que j’avais créés avec une amie, sous le principe des AT, auxquels j’ai participé un peu par obligation. Pour le premier, Based on Songs, on devait choisir une chanson sur laquelle on basait son épisode ; l’autre se nommait Meurtres à Hollywood… et en fait, je crois que le titre indique assez bien le thème.

 

J’ai aussi écrit des trucs en co-écriture avec une de mes amies, mais ça n’a jamais dépassé 2 ou 3 chapitres, à cause du manque de temps et d’intérêt.

 

 

Le projet a-t-il abouti finalement ? Tout le monde a-t-il joué le jeu jusqu’au bout ?

 

Pour Le manoir des secrets, on en était à l’écriture du dernier épisode lorsque l’aventure s’est terminée. Lorsque nous l’avons lancé, nous étions toutes au secondaire (à l’exception de l’instigatrice du projet, déjà sur le marché du travail) et on avait beaucoup de temps à perdre. Quand on a commencé les études supérieures, on a soudain eu d’autres priorités et malheureusement, la websérie n’a jamais connu sa conclusion. Entre-temps, on était passées de 6 auteures à 5, puis à 4, deux d’entre nous ayant abandonné par manque de temps.

 

La websérie comique, elle, n’a jamais abouti, pour les mêmes raisons que Le manoir des secrets ne s’est jamais terminé : manque de temps des participantes. À l’exception de quelques scènes cocasses qu’on a eu un plaisir fou à écrire, on n’est jamais venu à bout de terminer l’écriture du premier épisode.

 

Les autres projets, eux, ont tous aboutis, probablement parce que les participants n’avaient d’obligations que pour un seul épisode. Par contre, j’ai moi-même abandonné la saison 3 de l’idée-rêve alors que mon tour approchait, et je crois que je ne suis pas la seule à l’avoir fait lors des trois années où elle s’est déroulée. Mais le principe faisait que perdre un participant n’était pas un drame, ça ne faisait que changer un peu l’ordre des épisodes.

 

 

À titre personnel, qu’est-ce que cela t’a apporté ? J’imagine que c’est un exercice assez difficile, qu’as-tu trouvé comme avantages (ou comme défauts) à ce procédé d’écriture ?

 

L’avantage d’avoir plus qu’une tête pour penser ; de savoir que lorsque je bloquais sur un morceau, je pouvais le faire lire à une de mes co-auteures et avoir ses impressions, en sachant qu’elle pourrait peut-être m’apporter une solution ou m’aider à comprendre ce qui ne fonctionnait pas.

Ça m’a appris le tact, aussi. Au tout début, je n’en avais aucun, et je me souviens d’un moment, entre autre, où avec Kat on avait réécrit au complet des morceaux écrits dans la même journée par nos co-auteures. J’avais lu les scènes en question et avait sauté sur Kat, sur msn, en disant « ça ne marche pas ! Ça va trop vite ! C’est pas crédible ! » Il faut dire qu’il s’agissait de mes personnages, ceux que j’avais développés, du coup ce que je voyais sur papier ne correspondait pas du tout à l’idée que je m’en faisais. J’ai réécrit une scène, et Kat l’autre, mais je me rends compte maintenant que j’ai été très chanceuse que mes co-auteures ne le prennent pas mal ! Je n’ai pas eu le choix d’apprendre la façon de parler aux autres, lorsqu’un morceau du texte ne me convenait pas.

L’autre défaut, c’est surtout au niveau de la co-écriture à deux, lorsque je me rendais compte que ma co-auteure n’avait pas autant de temps et d’intérêts et du coup, même si j’aurais voulu que le projet avance, il n’avançait pas.

Ça m’a aussi aidée à apprendre à bien prendre la critique. Ce n’est pas seulement grâce à ça, mais ça en fait partie, au point qu’aujourd’hui, ma co-auteure peut me dire qu’une scène est à réécrire au complet, et je ne sauterai pas au plafond. C’est un peu le même principe que la bêta-lecture, sauf qu’on écrit sur le même texte.

Ça donne une autre perspective, aussi, sur une histoire, ou sur un même thème. J’aime bien voir les interprétations de chacun. Ça donne une assez bonne idée, en fait, de la différence qu’il peut y avoir entre l’idée que se fait un auteur de son histoire et celle que s’en feront les lecteurs. C’est toujours un défi, parce que justement dans l’écriture à plusieurs, on n’est pas seul maître à bord : il faut prendre en compte la façon des autres de voir les choses.

 

 

Envisages-tu ou es-tu déjà sur un autre projet du genre ? Espères-tu renouveler l’expérience ?

 

Pas avec autant de personnes que le tout premier, ça c’est sûr et certain. Trop de contraintes de temps, et chacun a sa vision du projet, qui ne concordent pas tout le temps. Vient un moment où ça donne des maux de têtes, de devoir faire s’accorder les points de vue de tout le monde.

 

Par contre, l’écriture à deux, je suis encore en plein dedans. Avec ma coloc, on développe un projet (très lentement) de roman écrit à quatre mains. On commence tout juste à l’écrire, après 4 ou 5 ans à développer l’histoire. Je ne sais pas si ça va finir par aboutir, mais j’adore ça.

 

Quelques mots à adresser aux lecteurs de ce blog pour finir ?

 

Si l’écriture à plusieurs vous intéresse, laissez-vous tenter. Il y a toujours moyen d’apprendre quelque chose, et sur soi, et sur sa façon de travailler avec les autres. C’est un beau défi, qui peut être très intéressant, et ça permet d’apprivoiser la critique d’une façon moins formelle et plus amicale. Et puis, ça donne des résultats surprenant, parfois !

 

* Le terme websérie utilisé ici fait référence aux webséries littéraires, et non pas aux web-séries vidéos. Pour plus d’infos, allez faire un tour sur http://webserie.fr/ ou sur l’annuaire http://echows.net/

 

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1 juin 2010 2 01 /06 /juin /2010 11:42

J'avais promis aujourd'hui un billet pour répondre à une question posée en commentaire dans un article précédent. Mais j'ai reçu les réponses d'un auteur au petit entretien que je lui avais proposé et je vous avoue que celles-ci m'ont beaucoup appris. Je vous livre donc cette interview aujourd'hui, parce qu'elle illustre très bien le travail d'un auteur actuel pour atteindre la reconnaissance (et gageons que son parcours n'est pas fini) dans le milieu des littérature SFF.

 

Entretien avec Laurent Gidon/ Don Lorenjy

LGidon-2.JPG


Bonjour Laurent/Don Lo. On commence à voir ton nom circuler pas mal dans le milieu de la SFFF (récemment nominé pour le prix Imaginales par exemple), est-ce que tu pourrais nous résumer les grandes étapes de ton parcours ?

 

Il me semble avoir eu un parcours assez normal : parti de rien pour arriver à pas grand chose, mais toujours avec plaisir. Vu que ce pas grand chose fait envie à tant de gens qui écrivent dans l’espoir d’être publiés, je ne vais pas jouer la fausse modestie. Je suis très content de ce qui m’arrive. D’autant que ça a démarré tard, à un âge où je peux apprécier. Si on rembobine, on peut dire qu’après des études de commerce suivies par hasard et sans passion, j’ai vite trouvé du travail, et que j’en ai vite changé. Une amie qui est devenue mon épouse m’a proposé de me donner des contacts dans la publicité. La première rencontre a été déterminante, puisqu’il s’agissait d’un directeur de création qui cherchait un nouveau rédacteur. Plus de vingt ans après, je pratique encore ce métier et cela fait que j’ai toujours vécu de ce que j’écrivais. Avec plus ou moins de succès et de revenus.

 

Quand as-tu commencé à écrire ? Quelles étaient tes aspirations à ce moment-là ?

 

En tant que rédacteur publicitaire, surtout en agence, je n’avais aucune envie d’écrire après mes dix ou douze heures de bureau quotidiennes. C’est en devenant free-lance que j’ai pu aménager mon temps et ressentir l’envie. À l’époque – printemps 98 – Télérama a lancé un concours de nouvelles pour accompagner l’ouverture de son site Internet. Sur une photo de Cartier-Bresson j’ai écrit un texte qui a jailli comme une évidence. Œdipus Next a été publié dans le magazine et dans un recueil, où d’ailleurs figure aussi Karim Berrouka. J’ai trouvé l’expérience assez agréable, dans l’ensemble. Et c’est resté aussi agréable, même si ce n’est pas toujours aussi facile.

 

Nous dire quelques mots sur tes romans et ton recueil de nouvelles…

 

J’ai commencé par écrire des petites histoires, pour faire lire à ma femme ou à des amis, tout en m’amusant à expérimenter la forme sur des trames rigolotes. L’une d’entre elles, Suzanne on Line a été ma première publication rémunérée, chez Griffe d’Encre. Certaines sont dans le recueil des Blaguàparts qui regroupe des textes écrits sur plus de dix ans. Jamais dans la douleur : c’était pour moi des respirations dans mon travail de pub. 

Dans ma jeunesse, j’avais lu beaucoup de SF, et j’en parlais parfois à la maison, mais mon épouse n’accrochait pas aux livres que je lui proposais. Alors j’ai décidé de lui en écrire un. Cela a donné Aria des Brumes, autant pour lui faire plaisir que pour voir si j’arrivais à mener tout un roman à son terme. Que Hélène Ramdani l’ait trouvé assez bon pour le publier au Navire en pleine Ville reste une de mes plus grandes joies.

Après, j’ai traversé une période de flottement, avec trop de projets et pas assez de http://lorenjy.files.wordpress.com/2009/08/djeeb-couv-low.jpgconcrétisations, par ma seule faute. L’été 2008, pour me recaler, j’ai commencé Djeeb le Chanceur avec juste une idée sur le personnage et le cadre général d’Ambeliane, ainsi que l’envie de tout m’autoriser en termes de style. Djeeb et la cité se sont étoffés naturellement, au cours de l’écriture, mais la langue très ornée a été un choix de départ. C’est venu tout seul, un vrai bonheur.

Et puis après, même chose, dilution du temps et des projets. Et Djeeb – qui était d’abord prévu pour n’apparaître que dans un roman – m’a à nouveau tiré du trou. Il avait encore des choses à vivre, et surtout un univers plus large à explorer. J’ai écrit Djeeb l’Encourseur pour me remettre en selle (ce qui a été un échec relatif, vu que je me suis offert une dépression en cours de route). À peu près au même moment, le projet Blaguàparts un peu en sommeil s’est réveillé chez Griffe d’Encre. Les deux sortent en 2010. Et je suis très content (je suis bien soigné, merci Djeeb).

 

 

As-tu songé à abandonner à un moment ou un autre ? Quels sont tes plus beaux souvenirs dans ce milieu ? Et tes plus gros coups durs ?

 

Abandonner n’a pas de sens pour moi. Si cela arrive, ce sera sans regrets ni remords : j’écris pour mon plaisir, sans autre objectif que de partager ce plaisir si d’autres s’y intéressent. Donc j’arrêterai quand le plaisir ne sera plus là, mais ce ne sera pas un abandon, juste un déplacement vers d’autres sources de satisfaction.

Un beau souvenir a été sans conteste de rencontrer Hélène Ramdani aux Imaginales 2007. Presque à égalité avec le jour où Célia Chazel m’a demandé le manuscrit de Djeeb avant même que je l’envoie. Mais le plus fort a sans doute été quand deux jeunes femmes sont venues coup sur coup me voir sur le salon de Cluses que je fréquentais pour la deuxième année, et qu’elles m’ont dit se souvenir de moi, avoir aimé mon premier livre et vouloir absolument que je leur envoie la suite. C’était exactement le retour que j’attendais sans le savoir, et ça me chauffe encore partout.

Le plus gros coup dur n’était pas pour moi mais pour Hélène, quand j’ai senti que le Navire prenait l’eau.

 

J'imagine qu'avant d'embarquer sur le Navire en pleine Ville, puis de poursuivre ton aventure chez Mnemos, tu as eu quelques refus et quelques échecs, qu'est-ce qui t'a poussé à poursuivre ? Est-ce que tu as une recette miracle pour permettre aux jeunes auteurs de ne pas laisser tomber ?

 

http://img145.imageshack.us/img145/841/ariacoucdfub7.jpgAria des Brumes a été refusé par tous les premiers éditeurs à qui je l’ai envoyé. Certains l’ont lu et m’ont dit ce qu’ils en pensaient, comme Philippe Ward. D’après lui, le produit était vendable. Je me suis donc dit que mon approche extérieure n’était pas bonne. J’ai essayé de me renseigner de l’intérieur, en allant sur des forums, en participant à des AT, pour voir qui étaient les éditeurs à la recherche de manuscrits, de quel type, pour quels publics. C’est comme ça qu’on m’a conseillé de prendre contact avec le Navire en Pleine Ville. C’est donc un coup de chance, celui que chacun attend, et en même temps le résultat d’une démarche. Être inconnu n’est pas une fatalité. Si on rencontre des gens, même par Internet, ils finissent bien par vous connaître un peu.

 

Y a-t-il des personnes dont le soutien a été particulièrement marquant dans ton parcours ?

 

Hélène Ramdani, bien sûr, qui m’a fait travailler aussi bien sur Djeeb l’Encourseur pour Mnémos que lorsqu’elle publiait pour sa propre maison. C’est une passionnée et une personne précieuse, qui sait pousser quelqu’un à donner son meilleur, et lui dire de s’arrêter lorsqu’il dérape. Célia a fahttp://www.griffedencre.fr/catalog/images/blaguaparts.jpgit le premier pas vers Djeeb et je l’en remercierai toujours. Karim a ranimé le projet Blaguàparts et m’a donné envie de l’améliorer avec humour et bonhomie.

Et la personne sans qui je ne n’aurais rien fait du tout, c’est tout simplement mon épouse. J’écris d’abord pour elle, toujours, et je la remercie d’assurer le quotidien pendant mes absences, quand je suis pris d’une crise de clavier ou quand on m’invite sur un salon.

 

Tu as vu une de tes nouvelles paraître chez Bifrost (une sorte de consécration quand on voit le niveau de sélection de la revue et les noms que tu y côtoies). Comment la sélection s'est-elle passée ?

 

http://media.librys.fr/livre/96/9296-w225.jpgLe plus naturellement du monde. J’ai commencé par écrire un texte et le retravailler jusqu’à ce que je l’estime présentable. Puis je l’ai envoyé à Olivier Girard en lui demandant ce qu’il en pensait. Il m’a répondu qu’il le prenait si j’acceptais de lisser les changements de temps. Une petite coquetterie de ma part : chaque paragraphe commençait au passé avant de glisser au présent, comme si l’instant venait percuter l’action en train d’être racontée. J’ai tout mis au présent, et Olivier a retenu Viande qui pense. J’en suis content, et un peu fier aussi. Si j’en trouve le culot, je lui enverrai bientôt un nouveau texte.

 

Tu as aussi écrit des textes de littérature blanche sous un autre pseudo, non ? Pourquoi changer ? Avais-tu peur d'une étiquette qui te porte préjudice dans l'un ou l'autre milieu ? Ou bien sens-tu que tes textes sont différents à un point qui nécessite de changer de nom d'auteur ?

 

Au départ, Don Lorenjy n’était que mon pseudo pour les forums. Hélène a voulu le garder pour Aria des Brumes, et je me suis dit que je conserverai mon nom en littérature générale. Mais Célia a préféré sortir Djeeb sous Laurent Gidon. Comme c’est moi aussi, je n’ai rien eu contre. Blaguàparts reprenait des textes parus sous Don Lo, donc on l’a signé comme ça. Au bout du compte, ce sont les éditeurs qui décident et cela ne me gêne pas. Je n’ai pas suffisamment de lecteurs pour que cela leur pose un problème ou qu’on m’accuse d’imposture : la plupart me connaît sous les deux signatures, et au pire s’en amuse, mais jamais ne s’en offusque.

 

Tu as un projet dans ce domaine qui a été approuvé pour recevoir une bourse de la Région Rhône-Alpes. Est-ce que tu peux nous en parler un peu ? Penses-tu qu’il est plus facile d'être aidé par l'Etat en littérature générale qu'en Imaginaire ? En général, quelles sont les différences entre les deux parcours ? Y en a-t-il vraiment ou bien cela reste-t-il un mythe ?

 

Des personnes du milieu pensent qu’une légitimation ou une reconnaissance des genres de l’imaginaire n’aurait aucune importance, voire aucun intérêt. Je n’étais déjà pas d’accord par principe, mais j’en ai eu confirmation lorsque ma première demande de bourse pour un projet d’anticipation a été refusée. On m’a expliqué en « off » que ce type de littérature était très rarement retenu, comme s’il ne méritait pas la sorte de légitimité officielle que constitue l’attribution d’une bourse, laquelle reste de l’argent public. J’ai continué à ne pas être d’accord quand j’ai vu que des œuvres qualifiées d’importantes par les spécialistes n’étaient plus que très rarement critiquées hors du fandom. Cela crée un énorme décalage entre ce qui se fait de mieux et la perception qu’en a le public, souvent bloqué au niveau Star Wars. Surtout, cela livre les lecteurs potentiels ou néophytes à la loi du marché et au matraquage publicitaire alors que des textes qui pourraient leur plaire leur restent inconnus.

Ce n’est donc pas pour moi une question personnelle ou d’argent. Il faudrait que l’imaginaire réussisse à prendre à sa façon propre le chemin suivi par le polar, et réussir à intéresser ceux qui peuvent l’aider à toucher l’ensemble de la société. Comme disais un scientifique récemment, nous manquons d’un imaginaire commun. L’imaginaire commun, de nombreux auteurs français s’y frottent sans arrêt. Je pense que nous ne pouvons pas continuer à l’inventer confortablement dans notre petit coin sans faire ce qu’il faut pour le partager plus largement.

 

Parlons boulot maintenant. Une méthode de travail particulière ? Tu es plutôt à suivre le vent de l'inspiration ou bien t'imposes-tu certaines règles pour avancer (minimum de signes quotidien, d'heures de travail, etc...) ? Est-ce que tu réponds toujours à des appels à textes ?

 

Cela dépend des projets et de l’état d’esprit. Il m’est arrivé de m’astreindre à un nombre de caractères par jour et que cela marche sur un livre… et puis pas sur un autre.

D’ordinaire, j’ai besoin d’être surpris par ce que j’écris pour avancer. Un plan trop précis me bloque : l’histoire existe dans la tête, alors elle ne m’intéresse plus, ce n’est plus que de la dactylo. Je me donne souvent des contraintes de style, surtout lorsqu’un personnage parle à la première personne, mais aussi lorsque je sens qu’une histoire ou un thème doit « sonner » d’une façon particulière. Je crois que j’écris beaucoup à l’oreille, en fait.

Quant aux appels à textes, je n’ai plus beaucoup de temps pour les appels ouverts puisqu’on m’a demandé des textes pour des anthologies, et que j’essaie de le faire correctement. Cela me demande presque autant de travail que sur un roman. Pour Arcanes par exemple, anthologie dirigée par Fabien Lyraud et publiée par Corinne Guitteau chez Voy’el, j’ai écrit quatre textes différents (dont un beaucoup trop long) parce que je n’arrivais pas à choisir. C’est Fabien qui a sélectionné le sien, en fonction de l’ouvrage dans son ensemble. Deux textes avec Djeeb vont sortir, un dans l’anthologie des Imaginales, un autre dans une anthologie De Capes et d’Esprits, chez Rivière Blanche. J’aurais bien aimé postuler à l’anthologie de La Volte et la Ligue des Droits de l’Homme… mais je n’ai pas eu d’idée suffisamment bonne à temps.

 

Tu entretiens un blog assez actif également, qu'est-ce qui t'a amené à le créer ? De quoi aimes-tu parler sur ces pages ? Le travail d'écrivain est déjà très chronophage (surtout si on compare à ce que ça rapporte), aurais-tu quelques conseils à donner aux auteurs sur la façon d'aménager leur temps entre les blogs, les appels à textes, les forums, les projets de romans... ?

 

On peut dire en blaguant que la différence entre ceux qui voudraient écrire et ceux qui écrivent, c’est le temps qu’ils y passent. J’ai un travail, une famille, des copains, des activités sportives ou associatives et une flemme carabinée. Pourtant je trouve toujours le moyen d’écrire un peu. À la maison, l’ordinateur est toujours allumé et il m’arrive d’aller taper trois lignes pendant que les enfants se brossent les dents.

Ce qui m’aide, c’est une totale absence de rigueur. J’ai toujours cinq ou six projets en cours, qui attendent que j’aie une minute pour les pousser. Chacun avance à son rythme.

Les forums et le blog, c’est un besoin de contact avec des gens différents. Mes proches connaissent déjà mes sujets de prédilection, mes opinions et tous mes arguments, alors j’aime bien aller toucher d’autres personnes, d’autres idées. Internet ouvre des portes qu’il est difficile de pousser, ou même de trouver, quand on habite un petit village sous la montagne. Pour moi, cela fait partie du travail d’auteur. La vie entière en fait partie. Alors je choisis d’y affecter un peu de temps. Pas trop.

 

Pour finir aurais-tu quelques conseils à donner aux jeunes auteurs qui nous lisent ?

 

Il y a des auteurs qui écrivent par besoin, comme on crie dans la nuit. Et ils font souvent de très bons livres, forts, nécessaires. Ceux-là n’ont pas besoin de conseil, ils font ce qu’ils doivent et le font bien.

Hélas, ce n’est pas mon cas. J’écris par plaisir, sans me forcer, des histoires qui j’espère sont agréables à lire. Ceux qui partagent cette démarche en savent autant que moi.

D’autres doivent peut-être se botter les fesses contre la procrastination ou la simple peur de l’échec (très puissante !). Pour eux je n’ai pas de martingale. Le seul truc qui a toujours marché avec moi, c’est d’écrire pour quelqu’un. Peut-être une déformation publicitaire. Je ne me demande jamais pourquoi, mais pour qui ? Une fois que je sais à qui je m’adresse – et c’est presque toujours ma chère et tendre – ce que j’ai à lui dire vient assez bien.

Si, un seul conseil : travailler son texte jusqu’à en être satisfait soi-même, et puis se tourner vers les autres pour avoir leur avis ou leur aide.

On n’arrive à rien tout seul. Il est possible que les bons auteurs soient ceux qui savent écouter l’avis des autres et puis faire de leur mieux en fonction de ces retours.

http://www.mnemos.com/JOOMLA2/images/couvertures/Police/encourseur_BD.jpgLe prochain roman de Laurent Gidon : Djeeb l'encourseur,

sortira le 20 juin 2010 aux Éditions Mnémos.

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21 avril 2010 3 21 /04 /avril /2010 13:15

Quand  un auteur débutant cherche à accéder à la publication, de nombreux supports s’offrent à lui pour faire connaître sa prose. Le webzine n’est pas le plus connu, mais il offre un bon moyen de faire ses premiers pas dans l’édition et de nouer un premier contact avec le public.
La gratuité de ce support permet aux lecteurs de s’aventurer plus facilement sur les routes d
 e traverses des auteurs débutants et de découvrir les perles qui s’y trouvent.
Ne connaissant pas moi-même très bien ce domaine, j’ai préféré donner la parole à la responsable  d’un webzine afin qu’elle nous
 éclaire sur le fonctionnement de ce support.

Petite entretien avec Laetitia Nebelwald, reponsable de la Gargotte Acide.

biereLa chopine, fier logo mascotte de la Gargotte Acide

par Gabriel Defenrir

 

 

Bonjour Laetitia. Quelques mots sur toi pour commencer, si tu veux bien. 

J'adore lire, je dirais que je lis de tout aussi bien de la littérature blanche que de la SFFF bien que je ne sois pas une amatrice de policier (ce qui ne nous a pas empêché de faire un numéro sur la scène du crime). Je suis curieuse, j’aime découvrir des choses, qu’on me surprenne.

  J'ai découvert l'existence des appels à texte et des webzines en cherchant des concours auxquels participer quand j'ai commencé à écrire sérieusement. (J’ai quelques poèmes parus dans des webzines, primés, ou recueil).

J'ai un DUT Métiers du Livre et du Patrimoine (très utile pour la législation notamment dans le cadre du webzine et plein d’autres choses) et je suis actuellement étudiante en Langues Etrangères. L'édition m'a intéressée très tôt, j'ai réalisé un stage à 15 ans dans une petite maison d'édition, puis en parallèle à ma formation j'ai rejoins griffe d'encre en tant que bénévole (comité de lecture, salon imaginales puis secrétariat). Cela m'a donné des bases et une vision solide du fonctionnement d'une maison d'édition.

Parlons de ton webzine. Qu’est-ce qui t’a amenée à ce projet ? Il existe pas mal de webzines sur la toile, quelle est la spécificité du tien ? 

Dernier numéro, par Gabriel Defenrir

couv6.jpgJe pense que ce qui m’a poussé à agir est mon intérêt pour la littérature, l’écriture, l’édition et l’art en général. Mais bien sûr cela tient aussi aux rencontres que j’ai faites. Gabriel Defenrir que j’ai rencontrée sur un forum m’a un jour parlé de son intérêt pour les webzines. Je lui ai dit que si elle voulait en monter un, j’étais 100% partante pour la partie éditoriale. Gabriel est notre graphiste et aussi la Présidente de l’association.  Puis Bastos nous a rejoints en tant que webmaster et trésorier. Je pense que le projet tient à notre grande motivation à tous.

La spécificité de notre webzine est de mélanger tous les genres imaginaires ou littératures blanches, toutes les formes de la  poésie, des nouvelles, des textes courts et même des BD. Nous essayons de présenter aussi des acteurs du monde littéraire (interview éditions du riez, site K-libre, Morgan Malet). Et enfin nous sommes présents à travers l’association « dans la vraie vie »  lorsque nous  participons à des animations. Nous espérons développer un peu cet aspect, mais malheureusement c’est un peu compliqué, les membres sont disséminés partout en France, et nos études ne nous permettent pas d’avoir une vision à long terme (par exemple nous voulions participer à un salon régional, mais je serais probablement en train d’étudier en Allemagne à ce moment là, donc cela va demander un gros effort logistique).



Pourquoi t’es-tu orientée vers un webzine ? Qu’est-ce qui t’attirait dans ce format de parution ? 

Nous nous sommes orientés vers un webzine pour deux raisons, tout d’abord le prix et ensuite l’ampleur de diffusion. Nous avons étudié la possibilité de créer un fanzine, mais lorsque nous avons pris conscience des coûts… Il nous est apparu que le webzine était vraiment plus judicieux : cela coûte moins cher (juste l’hébergement, les supports de communication, plus les coûts liés à l’association mais c’est un peu différent) et c’est accessible à un plus grand nombre de personnes, et ce gratuitement.



Comment fonctionne la sélection des textes ? Avez-vous un Comité de Lecture ? Recevez-vous beaucoup de soumissions ? 

Beaucoup tout dépend ce que tu entends par beaucoup. Pour nous ce n'est pas assez, on aimerait en avoir plus mais en moyenne pour les 6 premiers numéros la participation au niveau texte est de 11 et des brouettes. Mais le premier numéro n'a eu que 2 participations, et le 5eme 20 par exemple. Tout dépend du thème. Pour les illustrations aussi c’est très aléatoire. Parfois pas du tout. Mais actuellement nous recevons des demandes d’illustrateur pour une collaboration sur plusieurs numéros pas sur appel à illustration.  Nous allons essayer.

Quant à la sélection des textes, nous fonctionnons avec un petit comité de lecture, les membres de l’association (ce qui vous garantit une variété de goût au niveau de la lecture, soyez en certains ! ) plus parfois des extérieurs quand nous n’arrivons pas à nous mettre d’accord (ma mère, qui est bibliothécaire, le plus souvent). Chacun lit les textes dans son coin, donne son avis global sur le texte (coup de cœur, favorable, mitigé, refus) et un commentaire détaillé. Je fais une synthèse, les textes qui reçoivent un avis unanime sont d’offices sélectionnés ou refusés. Et ensuite commencent les débats sur les textes restant.

Une fois les textes sélectionnés j’envoie les mails de refus, où j’essaye au mieux d’expliquer pourquoi le texte ne correspond pas à ce que nous cherchions.



Et qu’en est-il du contact avec les auteurs ? Je suppose que tu as beaucoup de débutants qui soumettent ; qu’est-ce que tu aimes trouver dans leurs mails d’accompagnement ? Ou au contraire, quelles boulettes vaut-il mieux éviter ? 

Nous nous entendons bien avec nos auteurs, j’ai eu la chance d’en rencontrer quelques uns et c’était agréable de discuter avec eux… et ah ce n’était pas ça la question.

Ce que j’aime les mails spontanés, mais pas familiers. J’entends par là pas de « kikou » « ++ » « lol » dans vos mails de présentation.  Cela dessert votre image : pas très sérieux, très jeune.

Mais par contre, vous pouvez nous tutoyer sans problèmes, et ne pas être ultra formel.  Nous aimons la convivialité.

Mais cela n’influe pas, cela trahit juste un manque d’expérience, et nous avons vocation à publier des jeunes artistes ;)



Y a-t-il une phase de correction des nouvelles importantes avant publication ? 

Evidemment, il y a systématiquement une phase de correction grammaticale, orthographique et syntaxique pour éviter les coquilles et les phrases étranges. Ou nous demandons à un auteur de clarifier un passage. Ce genre de chose.

Il nous arrive parfois de travailler un peu plus avec l’auteur sur un texte qui nous paraît très intéressant mais qui a besoin d’être amélioré. Soit cela se passe très bien, soit cela ne se passe pas… du tout. L’auteur finalement ne donne plus de nouvelles et nous abandonnons le texte. Donc du coup, nous nous lançons dans de grandes phases de correction si le texte est vraiment un coup de cœur, et si l’auteur s’engage à effectuer les corrections dans un certain délai.

Mais il rare que nous choisissions une nouvelle demandant un grand « chantier ».



Pour finir, quelques mots que tu voudrais adresser aux jeunes auteurs pour leur parler de ton webzine ?
 

Tout d'abord, ne pas baisser les bras avant même d'avoir commencé. Si vous ne tentez pas votre chance, jamais vous ne saurez si votre texte est effectivement intéressant ou non. Je sais, le moment où vous cliquerez sur « envoyer » sera horrible, et vous direz « je n’aurais jamais dû ». (En tout cas, ce petit sentiment oppressant continue de m’assaillir à chaque envoi.) Vous voyez encore des milliers de choses que vous auriez pu changer… Il y a de nombreux fora d’écriture pour vous donner une critique constructive sur vos écrits si vous en ressentez le besoin. (Nous avons un partenariat avec imperial dream notamment)

Mais à un moment il faut dire stop, et se lancer. Et ça, personne ne peut le faire à votre place.

Si vous voulez avoir une idée de ce que nous publions, les numéros sont en téléchargement gratuit. 

Mais sachez que nous sommes là pour découvrir de nouveaux auteurs et les publier. Nous préférons accepter les textes que les refuser. Et vous ne pouvez pas deviner si votre texte nous plaira ou non.

 

(*) Par contre, ce qui ne nous plait pas du tout, ce sont les textes ne respectant pas une ligne du guide de soumission

Gandalf-aime-la-Gargotte.jpgStand de la Gargotte à la fête médiévale de Brimey (juin 2009)

Laetitia Nebelwald sous la protection de Gandalf, amoureux des belles lettres s'il en est

 


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2 avril 2010 5 02 /04 /avril /2010 08:40

Il y a différents types de parcours littéraires. Quand on espère devenir écrivain, on pense plus facilement à ces auteurs dont un manuscrit a été sélectionné après un envoi par la Poste et qui sont propulsés sur le devant de la scène. Mais les autres, d’où sortent-ils ?

Nombreux sont les auteurs à bâtir leur carrière « petit à petit » comme « l’oiseau fait son nid ». Ils commencent par paraître dans des revues, des webzines, des anthologies ; on en entend parler au détour d’un café littéraire, d’une chronique élogieuse sur un texte en particulier qui a été remarqué au milieu de tant d’autres… Quelques-uns auront la chance de devenir célèbres, mais la plupart resteront dans un relatif anonymat. Est-ce à dire qu’ils ne sont pas des auteurs pour autant ? Que cette expérience ne leur apporte rien ?

En cherchant à faire mon article sur CoCyclics, je suis entrée en contact avec une de ces jeunes auteurs qui tente de faire sa place dans ce monde. Entre les petits échecs et les petits succès, les refus et les parutions, que reti ent-elle de son expérience de ce monde impitoyable ?

 

NB : En toute modestie, Vanessa Terral n'a pas précisé qu'elle avait décroché son billet dans plusieurs parutions professionnelles. Elle sera notamment au sommaire avec moi dans les anthologies à paraître chez Argemmios.

 

*Edit : petite précision suite à un malentendu, Vanessa Terral sévit sur le forum de CoCyclics (et quelques autres forums où vous l'aurez peut-être croisée) sous le pseudonyme de Nessae.

 vanessa terral

 

Bonjour, Vanessa ! Quelques mots sur toi pour commencer : depuis combien de temps écris-tu ? À quel moment as-tu songé à essayer d’être publiée ? Où peut-on trouver tes écrits ?

 

Houlà, ça remonte ! Je vous fais grâce des écrits d’enfance et d’adolescence… Pour ceux que le sujet intéresserait, j’ai posté la réponse complète sur mon blog.  

En 2002, au détour d’un salon manga, j’ai découvert les fanz ines et j’ai tout de suite pensé à créer le mien. Après deux titres qui sont vite retournés dans les limbes, j’ai commencé à envoyer des textes à des publications amateurs que je ne dirigeais pas. Ma première vraie publication d’auteur reconnue, en fait.

En 2006, j’ai sorti un fanzine « avec de la gueule » : Étreinte. Cette parution m’a enthousiasmée au point d’écrire un, voire deux textes pour chacun de ses numéros. Il s’est éteint début 2009 et depuis, je me consacre à deux revues am ateurs : Éveil et Pénombres, dans le cadre de l’association Transition. Yohan Vasse, maquettiste inspiré qui avait œuvré sur Étreinte, a accepté de m’accompagner sur ce nouveau projet, aussi en tant qu’illustrateur et auteur. À l’inverse d’Étreinte, je cherche avant tout à assurer une fonction éditoriale.

Bref, pour répondre simplement à la deuxième question, je ne peux pas dire qu’il y ait eu de déclic : « Ah ! Je cours essayer de me faire éditer ! », mais plutôt une suite de rencontres qui m’ont aiguillée et enthousiasmée, et qui furent guidées par la curiosité et l’envie de partager mes textes ou, plus généralement, ma « couleur personnelle ».

 

Peut-être un mot sur ma formation ? De 2001 à 2003, lors de mon DEUG, j’ai suivi un atelier d’écriture sous la direction de Pierre Jourde. Ses cours m’ont beaucoup apporté, à commencer par un sain recul. Par la suite, Lionel Bénard, du fanzine Borderline, m’a donné quelques conseils plus pragmatiques (« Chassons tous ensemble les méchants adverbes ! Ksss ! Ksss ! »). Et puis, on en apprend tous les jours, au détour d’une correction – la sienne ou celle qu’on fait pour autrui, et Étreinte comme Transition en furent des expériences intenses –, par la lecture de bouquins sur les techniques d’écriture et de récit, par de « simples » articles de blog… *sourire*

 

http://img692.imageshack.us/img692/2477/couvertureantho.jpgVoilà ! Pour ceux qui souhaiteraient jeter un coup d’œil à mes nouvelles, il y a donc l’option Borderline (n°6 et 8), Étreinte ou Pénombres n°2, mais aussi la possibilité des éditions Malpertuis (l’anthologie H.P.L. 2007, sous le nom de Lamazère), du numéro 5 de Piments & Muscade ou des Sombres Romantiques, chez les éditions du Riez.  Sinon, l’anthologie Sorcières et Sortilèges, des enfants de Walpurgis, sort le 1er mai et vous pourrez y découvrir ma dernière nouvelle en date.

Autrement, on peut me lire sur le Net, ce qui est quand même plus rapide et pratique ! J’ai participé aux webzines Bazarts n°2 et 3 ainsi qu’au Royaume des fées n°6.

 

Illustration de Cécile Guillot

 

 

Pourquoi écris-tu ?

 

Parce que j’en ai besoin. En fait, l’écriture est au confluent de ce que j’aime : inventer des histoires, entremêler des schémas qui résonnent d’un sens puissant et les références folkloriques et légendaires qui scintillent comme autant de bougies dans la nuit des peuples, ressentir les émotions de personnages dans mes tripes en les jouant cent fois, façonner un texte mot par mot comme un immense chemin et semer entre les pierres des graines et de la mousse profonde. J’aime sentir les phrases couler sans passer par le tamis laborieux de la mise en forme, quand la scène à raconter est si claire, si évidente qu’elle se dévide elle-même. Mais bon, pour ce dernier point, ça reste rare quand ça se passe de cette façon ! *rires*

 

 

Est-ce que tu as été soutenue dans cette voie par ton entourage ? Ta famille ? Tes amis ? Comment le fait de vouloir devenir écrivain a-t-il été perçu ?

 

Il y a eu une période difficile. Tant qu’il ne s’agissait que d’un loisir à côté du travail, ça passait plutôt bien. Je n’en parlais pas beaucoup et mon entourage m’encourageait de même que pour n’importe quel loisir épanouissant. Certains de mes amis étaient au courant que j’écrivais, certains membres de ma famille aussi, mais je ne le criais pas non plus sur les toits, parce que dès le départ, j’ai vécu l’écriture comme une expérience personnelle et d’un « autre monde ». Et puis, je ne voulais pas non plus avoir l’air de me la péter, dans le genre : « Ah oui, j’ai écrit une supeeeerbe histoâre qui se base sur une légende nordique du VIIIe siècle, je la soigne aux petits oignons. L’héroïne est trop belle, torturée à point, mais évidemment, j’ai évité les clichés… »

Puis je m’y suis mis avec davantage de sérieux. Disons que j’ai profité de mon chômage pour avancer au moins sur ce plan-là. Et là, la période de transition a connu quelques crispations. Pas de la part de mon mari, qui m’a toujours soutenue – heureusement pour lui, d’ailleurs ! *sourire*  Plutôt de la part de ma mère, qui s’est inquiétée que je ne fasse une sorte de rêve éveillé dans lequel je ne chercherais plus de travail pour me consacrer uniquement à l’écriture et vivrais aux crochets de mon époux. Cependant, ça s’est résolu assez vite, puisque je continue à postuler et à monter des projets professionnels. D’autres personnes de ma famille ont aussi vu ce tournant comme une facilité que je m’accordais, un choix par paresse, je pense. Parce qu’il faut savoir que je ne raconte là que ce que j’ai ressenti sur le coup, nous n’en avons jamais discuté ! Mais j’ai l’impression que cette froideur s’est petit à petit estompée, lorsqu’ils ont constaté qu’en fait, je ne changeais pas. Je crois même qu’ils montrent des signes d’encouragement, à présent !

Désormais, j’ose dire que j’écris. Non, ça paraît tout bête, mais j’ai l’impression que d’avoir deux, trois parutions contractuelles me donne la légitimité d’affirmer en société : j’écris, j’aime ça et j’espère être publiée encore de nombreuses fois. Je ne m’en vante pas – enfin, je ne crois pas –, cependant lorsqu’on me demande comment j’occupe mon temps libre de « sans emploi », je n’hésite plus à me dire auteur. Et je suis parfois surprise de la réaction des gens et de leur intérêt : je pensais être plus souvent perçue comme une feignasse. Comme quoi, il faut garder espoir et ne pas hésiter à se montrer fier de ce qu’on fait !

 

 

Est-ce que tu as trouvé des soutiens dans le monde éditorial ? Des gens qui t’aient particulièrement aidée à ne pas te décourager ?

 

Eh bien, dans le milieu amateur, il y a Lionel Bénard que j’ai déjà cité. Il fut le premier à me dire : « C’est bien, mais il faudrait que tu me le réécrives complètement sans garantie d’être publiée après. » Bon, aussi extrémiste, il fut le seul, en fait ! Néanmoins, il me poussa vraiment à continuer.

Ensuite, et de façon plus régulière, j’ai reçu les encouragements de Nathalie Dau, des éditions Argemmios. Lors de cette période dont je viens de parler, quand j’ai senti que mon choix plus ouvert de tenter de devenir un « vrai » auteur trouvait une certaine réticence chez mes proches, elle m’a rassurée et soutenue. Pouvoir profiter de l’expérience d’une personne qui est à la fois auteur, anthologiste et éditeur s’avère très sécurisant et persuasif, car on sait qu’elle concentre tous les points de vue et les préoccupations de ces différents métiers en elle-même. Et quand, de plus, il s’agit de quelqu’un d’adorable et d’attentionné, alors là, c’est un soulagement et une réelle motivation. Et ça amène à beaucoup de reconnaissance !

http://www.argemmios.com/decoupage/logo.png

Logo des éditions Argemmios

Par Magali Villeneuve


 

 

Il y a eu des échecs, je suppose. Des refus suite à des appels à textes ? Des soumissions infructueuses pour des romans ? Comment est-ce que tu l’as vécu ? Est-ce que tu as parfois songé à arrêter ?

 

Alors, pour l’instant, je n’ai pas encore soumis de roman. Je suis en train d’écrire mon tout premier après m’être rendue compte que mes nouvelles prenaient des dimensions de novellas… et après plusieurs années à tripoter dans un coin de ma cervelle un scénario plus complexe et tout un monde fantastique contemporain.

Oui, il y a eu des refus, plus ou moins justifiés, pour des textes présentés en réponse à des appels. En général, je comprends et j’adhère tout à fait aux raisons qu’on me cite. Bah, c’est la vie ! C’est vrai que ça fait mal au cœur d’avoir passé tant de temps sur un texte qui finira dans un secteur oublié du disque dur. Mais au final, on retire tout de même le plaisir d’avoir écrit, celui des recherches qu’on a menées et qui peuvent nous conduire à une meilleure compréhension du monde et à un esprit plus ouvert, plus instruit. J’ai toujours un ou deux projets en cours, aussi un refus me touche moins que si je restais bras ballants dans l’attente de la réponse, je crois. Maintenant, je ne pensais pas forcément comme ça il y a plusieurs mois ! Voir certaines de ses nouvelles acceptées permet de relativiser et la pression mise par l’entourage joue beaucoup aussi – de même que son absence.

  CoCybanniereMare

 

Comment as-tu entendu parler de CoCyclics ?

 

La première fois, ça devait être sur un forum. CoCyclics était présenté comme un collectif de bêta-lecteurs basé sur l’échange. Même si je trouvais le concept formidable – et encore plus en voyant que ça marchait bien, que ça durait et que sa réputation grandissant –, le travail que je fournissais déjà pour Étreinte, puis dans le cadre de Transition ne me permettait pas d’envisager des bêta-lectures supplémentaires. Un soir d’août 2009, Sandrinoula, qui fréquentait un forum où je me trouvais, m’a proposé de poster sur la mare les annonces d’appels à textes et illustrations de Transition. J’ai accepté et j’y suis quand même allée faire un tour, parce que ça me semblait malpoli de ne pas venir présenter en personne mon projet. Et j’y suis restée ! Depuis, il arrive qu’on me traite de « grenouille »…

 

 

Que t’a apporté ton passage chez eux ?

 

La découverte que je ne suis pas toute seule dans mon coin ? *rires*  Non, sans rire, ce que je retiens d’eux est avant tout un très bon accueil, une communauté chaleureuse et des conseils dispensés sans moqueries. Et c’est important pour progresser, d’avoir confiance en les gens qui nous aident, de savoir qu’ils ne vont pas se moquer, qu’ils sont là pour avancer eux aussi et qu’ils parlent en toute bonne foi.

J’y ai rencontré pas mal de gens sympa, on a établi de chouettes contacts. Quelques grenouilles ont postulé pour être publiées dans mes fanzines et deux d’entre elles m’aident pour les corrections d’Éveil et de Pénombres. Je participe au challenge Premier Jet 2010, qui consiste à terminer son roman avant la fin de l’année. J’avais commencé avec le 2009, mais des événements d’ordre privé m’ont un peu retardée. Parler de ses avancées, se faire encourager par d’autres écrivains lancés dans un même élan se révèle super motivant. Et ça rassure de poster des extraits et de voir que les gens les apprécient ! Il s’agit vraiment d’un projet de longue haleine et parfois on doute : est-ce que c’est intéressant, percutant tout en restant fluide ? Est-ce que ça plaît, l’héroïne ne fait-elle pas cruche ? Et là, des grenouilles arrivent et en trois mots, disent ce qui ne va pas et ce qui sonne bien.

 

 

Et aujourd’hui, quels sont tes espoirs dans le domaine de l’écriture ? Est-ce que tu espères en faire ton métier un jour ?

 

Houlà ! Mon métier, ça serait génial, mais bon, ça reste un joli rêve. Je fais tout pour ; enfin, tout ce que je vois, en tout cas. J’adorerais, mais il y a peu d’espoir. Dans l’idéal, j’aimerais bosser à temps partiel d’une part et compléter mon revenu avec un petit quelque chose qui viendrait de mes publications. Mais pour ça, il faudrait que j’arrive à terminer mon roman et que j’en écrive quelques autres : les nouvelles ne rapportent guère que de l’argent de poche.http://projet.transition.free.fr/smallcouv_penombres/smallcouv_penombres01.jpg

De façon plus générale, je vais continuer à écrire des textes courts, pour le plaisir des histoires vite finies et vite lues, au goût bref et inten s e comme celui d’une friandise. D’ailleurs, je dois tricoter un petit quelque chose pour le prochain Le Royaume des fées, le numéro 8 (juillet 2010). Hormis le roman sur lequel je travaille, et qui est en fait le premier d’un cycle de quatre, j’ai deux, trois idées pour des romans one-shot ou des novellas, dont un qui se déroule en Provence et un autre en Nouvelle-Zélande. J’espère qu’ils sauront intéresser une maison d’édition ! Et peut-être, un jour merveilleux, aurai-je une première commande pour un bouquin rien qu’à moi… ? Là, ce serait une vraie reconnaissance.

  Illustration de Laurence Peguy

 

Pour finir, un dernier petit conseil aux jeunes auteurs qui voudraient s’aventurer dans cette jungle ?

 

Faites attention où vous mettez les pieds, mais ne psychotez pas non plus !

Acceptez les critiques, bonnes comme mauvaises, du moment qu’elles sont motivées. Sinon, il est probable que la personne juge votre texte sur son propre feeling et non d’après des critères objectifs.

Si votre texte n’est pas accepté, ce n’est pas grave du moment que vous comprenez pourquoi. Si vous pensez que votre texte est incompris, n’accusez pas le lecteur d’être un imbécile : dites-vous plutôt qu’il va falloir que vous appreniez à sortir de vos schémas mentaux, ou du moins à les rendre accessibles à autrui.

Ne vous prenez pas la tête et ne vous gonflez pas les chevilles : chaque auteur est unique, mais il est probable que d’autres parcours ressemblent au vôtre. Au final, il faut le courage de se remettre en question et pourtant l’assurance sereine que son récit possède sa vie propre et que celle-ci a de la valeur. Si vous avez eu envie de raconter une histoire pour elle-même, et non par hommage ou vanité, c’est qu’elle renferme un réel intérêt.

Enfin, deux conseils plus prosaïques : surtout, regardez la ligne éditoriale avant d’envoyer vos textes ! Qu’il s’agisse d’une maison d’édition ou d’un fanzine un peu sérieux, ça ne le fait pas d’arriver la bouche en cœur avec un texte de SF alors qu’ils ne publient que du fantastique, ou un texte humoristique alors que l’ambiance est censée être sombre (ou vice-versa). Oui, c’est du vécu. Le mieux reste d’aller vous renseigner sur leur site Web ou leur forum avant de demander par mail des informations que vous pourriez trouver de vous-même avec un peu de bonne volonté (laquelle serait, du coup, prouvée par ce geste apprécié de l’éditeur surmené).

Et évitez l’auto-édition. Attention, je ne parle pas des fanzines assumés comme un ouvrage amateur : il n’y a aucun souci là-dessus, le principe est accepté et ressenti comme une bonne occasion de se faire la main et de montrer votre enthousiasme. Par contre, si vous partez dans l’idée de présenter un livre réalisé en ligne et dépourvu de validation éditoriale en tant que travail professionnel, le fait qu’il n’y ait eu aucune sélection ni correction risque de vous étiqueter « Amateur pur jus qui se croit dans la cour des grands ». Personnellement, ce type d’édition a un effet répulsif sur mon appréciation d’un auteur, sans même que la qualité du texte n’entre en jeu.

 

Bon allez, gardons courage et vaillance : l’écriture apporte tant ! Et elle devient parfois un si beau paysage qu’elle mérite l’aventure semée d’embûches de l’édition.

Que les Muses soient avec vous !

 

Pour retrouver cette auteur :

Son blog 

Le forum de Transition

Le blog de Transition

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Published by isa - dans Témoignages
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  • Isa, jeune auteur qui parle beaucoup avec les doigts (avatar ©Luis Royo)
  • Isa, jeune auteur qui parle beaucoup avec les doigts (avatar ©Luis Royo)

Paru !

http://www.griffedencre.fr/IMG/cache-200x307/PC_200-200x307.jpgMa première novella est enfin parue !

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