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6 avril 2011 3 06 /04 /avril /2011 00:00

Je vous avais déjà parlé du blog 7 sports's il y a quelques temps dans un précédent billet. Pourquoi est-ce que j’accorde tant d’importance à ce projet ? Je ne connais pas Loïc Henry personnellement. Tout juste ai-je lu un texte de lui chez Griffe d’Encre qui (et ce n’est pas une mince affaire) m’a fait revenir sur des convictions profondément ancrées quant à la totale inutilité du combat pour la langue corse. Un auteur qui vous amène à reconsidérer vos certitudes, ce n’est pas rien !

Mais ce n’est pas cela qui justifie mon intérêt pour son projet.

Ce qui m’a interpelée dans cette démarche, c’est l’échange avec l’autre sur le mode de l’interview. Il n’a pas inventé le concept, certes, mais c’est quelque chose qu’on voit plus rarement chez nous autres auteurs du microcosme SFFF. Le plus grand risque pour moi quand on écrit « à petite échelle » (c’est-à-dire quand votre éditeur ne vous paie pas votre voyage de repérage en Inde ou aux États-Unis) c’est qu’au final on en vienne à manquer de crédibilité. Si l’écriture est un plaisir solitaire (O_o), son préliminaire (O_o_O) doit forcément passer par l’échange. Ne pas rencontrer les autres et partager leurs expériences c’est prendre le risque de ne raconter que soi, au final. Que l’histoire et les personnages ne soient qu’une excuse pour se projeter à l’infini et asséner ses vérités à travers un simulacre d’intrigue. C’est un travers dans lequel il m’est arrivé de tomber et d’autres jeunes auteurs (voire auteurs confirmés) avant moi.

Voilà en quoi l’expérience de Loïc me paraissait enrichissante pour ce blog en particulier. Comprendre pourquoi il était allé vers ces gens et comment il s’y était pris.

L’aspect purement sportif m’intéresse plutôt pour les valeurs qui y sont associées. Valeurs qui restent davantage intactes quand la célébrité et les millions ne viennent pas les étouffer.

 

Je pourrais encore en écrire des pages mais pour ne pas tomber dans le travers que je décrivais, je vais cesser de me raconter et laisser la parole à mon invité.

 

http://7sports.files.wordpress.com/2011/03/mj-11.jpg?w=620&h=380&crop=1


Bonjour Loïc, peux-tu nous parler un peu de toi tout d’abord ? En tant qu’auteur ? En tant que personne ?

Bonjour Isabelle. Pour la partie « auteur », j’ai travaillé avec plusieurs maisons d’édition, dont « Nestiveqnen », « Oxymore » et « Griffe d’encre », pour des nouvelles de science-fiction. J’ai également écrit un conte, illustré par Christian Croset. Et je tente ma chance en anglais depuis quelques années, avec une première nouvelle publiée dans une revue australienne, Andromeda Spaceways. D’un point de vue personnel, disons que j’essaie de jongler, sans que trop de balles ne tombent par terre…

 

Tu écris en anglais ? Trouves-tu qu’il soit plus facile de se faire une place dans le milieu littéraire avec cette langue ? Est-ce que tu écris tes textes en français pour les traduire ensuite ? Ou bien ton niveau en anglais te permet-il de penser directement dans cette langue ?

Non, je ne pense pas qu’il soit plus facile de se faire une place en anglais pour deux raisons. La première, c’est qu’il y a plus de supports en anglais c’est vrai, mais il y a aussi plus d’auteurs ; il est donc aisé pour une revue, australienne par exemple, de solliciter des auteurs anglais, américains… En langue française, cet effet est plus limité. La deuxième, c’est que l’anglais n’est pas ma langue maternelle et que j’écris plus lentement, avec parfois quelques imprécisions. D’un point de vue pratique, j’écris en anglais directement.

 

Éprouves-tu autant de plaisir à manier l’idiome de Shakespeare ?

Je n’écris pas tout à fait de la même façon en anglais, en particulier dans la « tonalité » du récit. Pour certaines nouvelles, dans mon esprit, l’anglais s’imposait. A l’inverse, pour d’autres, je ne pouvais que les écrire en français. Donc oui, j’éprouve du plaisir à écrire an anglais… quand le projet s’y prête.

 

Pour en revenir à 7 sports's, qu’est-ce qui t’a amené à t’éloigner autant des littératures de l’Imaginaire ? Est-ce que ça tenait à ce projet en particulier ou bien as-tu envie d’écrire en littérature générale ?

Je fonctionne en effet sur des projets, sans avoir de logique construite a priori. Cela fonctionne parfois, pas toujours... C’est un sujet qui me tenait à cœur. Je voulais parler, ou plutôt faire parler, des sportifs méconnus, au palmarès pourtant exceptionnel. Pour chacun d’eux, c’est la combinaison d’un talent hors-norme, d’un travail phénoménal et de circonstances idéales. Le grand public connaît le nom de dizaines de footballeurs français, mais ignore que Grégory Gaultier a été numéro un mondial en squash, ou qu’Amélie Cazé à remporté trois couronnes mondiales et deux européennes en pentathlon, pour ne citer que deux exemples.

 

Le texte que j’ai lu de toi (« Les graines perdues », dans « Ouvre-toi », Griffe d’encre) parlait de la possible disparition des langues. Je n’ai pas pu m’empêcher de faire un parallèle avec ce projet, comme si tu accordais une importance particulière à tout ce qui pourrait disparaître à cause du peu d’intérêt qu’on y porte. Les langues écrasées par le besoin d’un langage unique pour l’efficacité économique. Le sport réduit à quelques disciplines à cause d’enjeux économiques également. Quand tu as décidé de faire ce livre sur des disciplines méconnues, était-ce par goût pour ces sports en particulier ou plutôt parce que tu étais attiré par leur confidentialité ?

http://www.griffedencre.fr/catalog/images/ouvre-toi.jpgC’est une bonne observation… Les langues ont une saveur particulière pour moi. J’avais dédié cette nouvelle à mon père, parce que nous avons eu trois langues « paternelles » en trois générations dans la famille : le breton pour mon père, le français pour moi, et l’anglais pour mes filles. Environ douze mille langues sont parlées actuellement, avec un nombre médian de locuteurs de six mille, c'est-à-dire que la moitié est très proche de l’extinction. C’est quelque part une richesse que le monde perd. Les enjeux économiques jouent, pour les langues et pour le sport, c’est certain, mais ils n’expliquent pas tout. C’est également lié au comportement individuel : rien n’empêche un passionné de sport d’aller vibrer devant un ring de boxe française ou sur un spot de vagues plutôt que dans un stade, mais, dans les faits, cela ne se déroule pas ainsi. Le triplet économie / médias / intérêt du public constitue un cercle, vertueux ou vicieux suivant les cas. Le briser est très difficile : le rugby y est un peu parvenu depuis vingt ans, mais il disposait déjà d’un socle solide. Pour répondre sur le côté « goût personnel », j’ai pratiqué plusieurs sports cités, en club ou en loisirs, mais cela n’a pas vraiment constitué un critère de choix.

 

Suite et fin de l'interview de Loïc Henry demain. Il nous y racontera ses rencontres avec les sportifs et la façon dont il est entré en contact avec eux. À demain :)

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Published by isa - dans Témoignages
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commentaires

encre de brume 06/04/2011 09:27


Très intéressant parallèle sur les langues!
J'ai hate de lire la suite, je ne suis pas particulièrement intéressée par le sport mais ca éveille tout de même ma curiosité :)


isa 06/04/2011 11:10



Merci. Du fait du public de mon blog, j'ai essayé de tourner cette interview plutôt autour de l'aspect rencontres. Je trouve ça super intéressant de savoir qu'on peut comme ça aller vers les gens
pour apprendre des choses sur eux sans carte de presse ni bibliographie longue comme le bras. En fin de compte, je crois que chacun aime partager son expérience. Le plus difficile c'est de
franchir le cap et de demander.



Garulfo 06/04/2011 09:06


J'adore tes articles, Isa ! Bravo !


isa 06/04/2011 11:07



Merci pour ces encouragements. Ça fait plaisir :)



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  • isa
  • Isa, jeune auteur qui parle beaucoup avec les doigts (avatar ©Luis Royo)
  • Isa, jeune auteur qui parle beaucoup avec les doigts (avatar ©Luis Royo)

Paru !

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