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8 avril 2010 4 08 /04 /avril /2010 10:26

En lisant hier les différents billets sur l'affaire de cette blogueuse dont l'avis était devenu une affaire d'état littéraire, j'ai eu envie de réagir à un nombre de choses incalculable. Pour éviter de passer la journée entière à vous faire un billet confus dans lequel je caserai un peu tout et n'importe quoi (ce qui est très risqué sur le net vu la tendance à déformer les propos des autres), je vais essayer de prendre le choses une par une et avec un seul billet par jour sur le sujet, ce qui m'obligera à un minimum de recul (ça y est, la phrase est finie, vous pouvez respirer).

Et pour commencer, je vais un peu me faire l'avocat du diable mais une chose m'a interpelée hier dans les réactions aux insultes de l'auteur. Qu'on trouve que sa réaction est une erreur, qu'elle est discourtoise, vaniteuse... ou n'importe quel adjectif du genre, je suis toute prête à le concevoir. Mais qu'on parle de Droits de l'Homme et de liberté d'expression me met toujours un peu mal à l'aise.

Si cet auteur avait intenté un procès à la blogeuse pour l'obliger à retirer son billet, s'il avait mêlé la Justice ou la Police à cette affaire, on aurait pu parler d'atteinte aux Droits de l'Homme et à la liberté d'expression. En l'occurrence, il use de sa propre liberté d'expression et il insulte, ce qui est une preuve manifeste d'impolitesse, mais certainement pas une atteinte aux Droits de l'Homme.

Le seul préjudice subi par tous les intervenants est d'ordre émotionnel voire commercial. Et c'est nous, le public, qui en sommes les "juges".

Voici le sentiment qui a été le mien au fil de cette affaire (et je pense qu'il est assez représentatif de la majorité des internautes.)

Dans son premier billet, Cynthia a usé de sa liberté d'expression pour critiquer ce livre en des mots qui exprimaient clairement qu'il s'agissait d'un avis et non d'une critique. Elle n'a pas attaqué l'auteur à titre personnel, a cité des extraits du livre qui nous permettent de nous en faire une idée et a d'emblée posé le fait que ce n'était pas son genre de prédilection. Ceux qui l'ont lue se sont fait leur propre idée de la chose et achèteront ou non ce livre en fonction de leurs goûts personnels et d'autres avis qu'ils pourront lire ailleurs. Nous sommes là dans l'anecdotique.

L'auteur, piqué au vif a usé à son tour de son droit d'expression pour faire ce que la loi n'interdit pas, c'est-à-dire insulter une personne pour des opinions exprimées décemment (ou peut-être existe-t-il une loi sur l'agression verbale, mais je le déplorerais pour ma part, trouvant que ce serait un pas de plus dans la législation abusive du politiquement correct).

Cynthia en a très certainement été blessée, ce qui est parfaitement légitime et donc, elle a usé de sa liberté d'expression pour faire ce deuxième billet où elle nous dévoilait cette correspondance. Certains pourront trouver inadapté de révéler ainsi des messages privés. En l'occurrence, je comprends très bien sa réaction mais là n'est pas la question. Le fait important est qu'elle en avait le droit tout simplement. À partir du moment où ce monsieur lui a écrit ainsi, il s'expose à ce que ce soit su. Du temps où Internet n'existait pas, elle s'en serait livrée à ses amis. Avec le blog, la chose prend des proportions différentes. Mais ça ne change rien au droit de chacun de s'exprimer.

C'est alors que l'éditeur, sollicité par les soutiens de la blogueuse, sort de sa réserve et lui écrit un courrier privé, à nouveau en usant de sa liberté d'expression et que Cynthia toujours libre de s'exprimer, nous le livre et y répond sur ce billet.

On parle (certains commentaires notamment) de menaces de l'éditeur. Je n'en ai pas vues pour ma part. J'ai vu de la culpabilisation, ce qui n'est guère glorieux. Quand un lecteur lit un livre, il n 'a pas à se soucier du fait que l'auteur ait fait de son mieux ou pris des risques. Et là, je le dis en tant qu'auteur. Je n'apprécie les éloges que venant des gens dont je sais que, par ailleurs, ils sont capables de critiquer ce qu'ils n'aiment pas. Les compliments des autres ne me touchent pas parce que je ne les sens pas honnêtes. Je n'irai donc jamais demander à un lecteur de prendre ma sensibilité en compte quand il rédige une critique. Si je suis trop sensible pour le supporter, il ne fallait pas me faire publier, c'est tout. Cela dit, même si je ne le dirai jamais, j'aurais le droit de le dire, toute la nuance est là. La Constitution et les Droits de l'Homme me donnent le droit de dire des conneries (tant que j'incite pas à la pédophilie, aux haines raciales, etc...). J'ai le droit de faire un billet de deux pages pour chouiner et expliquer que la vie est trop injuste. J'ai le droit de me complaire dans le ridicule qui ne tue pas et n'est pas non plus puni par la loi. Tout ce que je risque (et c'est à mon avis ce qui arrive à cet auteur et à l'éditeur) c'est de m'attirer une grande antipathie générale. Et c'est très bien ainsi.

Je trouve cette réaction indignée de la blogosphère très saine. Mais je trouve aussi très bien que tout le monde puisse s'exprimer dans cette affaire et que chacun s'en fasse son idée s'il le souhaite (les autres ne sont pas obligés de lire les billets concernés).


Maintenant la question est : pourquoi est-ce que je tenais à signaler ce point et même à commencer par là ? Il y a bien d'autres sujets plus importants à traiter dans cette affaire sur lesquels je ferai des billets. Peut-on confondre avis de blogueur et critique littéraire (et par extension considérer qu'un article de blog se rapproche d'un article de presse) ? Un sujet passionnant sur lequel je pourrais faire dix billets au moins. Un billet sur le blog : espace privé livré au public (ce sujet m'intéresse au moins autant). Un autre sur les recettes de Mamie Isa sur comment bien gérer la critique et éviter un préjudiciable pétage de cable... Bien des sujets passionnants et pourtant, j'ai commencé par celui-là.

Je vous avoue que je suis souvent gênée par notre propension à user de mots disproportionnés dans certaines situations. Qu'on compare les grèves à des prises d'otage me heurte toujours un peu. Je pense que pour les gens qui ont passé quelques heures sous la menace d'une arme, le sentiment était quelque peu différent. Je ne minimise pas les problèmes qui peuvent être engendrés, par les grèves de train notamment. J'en ai subi les désagéments et j'imagine les conséquences parfois très pénibles que cela peut avoir. Pour autant, je préfère être bloquée des heures dans une gare, que dans une banque avec des gens armés. À ma connaissance, rares sont les gens à avoir eu besoin d'un suivi psychiatrique pour se remettre d'un mouvement social à la SNCF. La chose peut prendre parfois des proportions graves au niveau économique (notamment pour des très petites entreprises), comme c'est le cas pour les grèves de bateaux en Corse qui privent les TPE de matériel indispensable à leur survie. La situation peut être grave, mais ce n'est pas une prise d'otage. Ou sinon, comment pourra-t-on appeler la situation quand un employé désespéré met une arme sur la tête de son patron en demandant à ce qu'on lui épargne le licenciement ? Ça, ce n'est pas légal. Ça, c'est une prise d'otage.

De la même façon, il y a des gens qui sont tués dans certains pays pour avoir exprimé des idées différentes du pouvoir. Sans aller chercher aussi loin, il peut arriver dans notre pays que des gens subissent des gardes à vue prolongées, avec fouille au corps, pression, etc... pour s'être mis à dos une personne qu'il ne fallait pas. Là, il y a atteinte aux libertés.

Dans le cas présent, nous avons affaire à deux libertés qui s'affrontent et la conclusion du débat est assez évidente. Nul besoin pour donner raison à Cynthia d'invoquer les Droits de l'Homme, la situation parle d'elle-même, une fois qu'on a lu les interventions de chacun.

Si j'y suis à ce point sensible, c'est parce que j'aime les mots et j'aime quand ils gardent leur force. Les médias nous ont donné l'habitude, à mon avis déplorable, de les tirer de leur contexte pour dramatiser des choses qui n'étaient pas dramatiques et par voie de conséquence, minimiser ce qui l'est vraiment.

Cela n'enlève rien au soutien que j'apporte à Cynthia pour les agressions très déplaisantes qu'elle a subies et que je salue son sens de la répartie. Mais tant que je n'aurais pas eu vent de la moindre action en justice entamée contre elle, je ne parlerai pas d'atteinte aux Droits de l'Homme.

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commentaires

Lucie Chenu 08/04/2010 18:00


En fait, si je ne m'abuse, il y a eu un autre cas, un autre blog, où l'éditeur a fait pression (de quelle manière je l'ignore, coup de fil à domicile, je crois) pour que la blogueuse retire sa
critique, et elle l'a fait (du site du partenariat, mais elle l'a laissée sur le sien propre). Je crois que c'est pour ça que les grands mots sont sortis.


isa 08/04/2010 21:02



Je trouve d'autant plus dommage d'en parler pour Cynthia.


Cette autre blogueuse a été "remontée" pour être appelée dans sa vie réelle sur son téléphone, chez elle. Même s'il n'y a pas eu d'obligation de supprimer sa critique (au sens légal... ce qui
comme le dit Caliban me paraît impossible à obtenir), il y a eu des pressions avec une demande directe de censure. Pour moi, là, on peut parler d'atteinte (ou au moins de tentative) au droit de
libre expression.


Pour Cynthia, la question est autre. Sa situation est très déplaisante, mais l'auteur s'est exprimé lui aussi et il n'a pas cherché à lui dire d'enlever sa critique. En fait, c'est l'allusion que
certains ont fait aux Droits de l'Homme qui m'a interpelée. Ce que l'éditeur a fait (plus que l'auteur) c'est tenter de lui expliquer par A+B qu'il ne fallait pas critiquer un livre parce qu'un
auteur était en sucre et donc intouchable (faisant preuve en plus par deux fois dans son argumentation d'une parfaite mauvaise foi, mais ça j'en parlerai demain). Là, il y a tentative de lisser
la critique, d'aller dans le tout bien pensant et d'utiliser, comme ça a été dénoncé, les blogs comme pub (parce qu'on peut dire quand on aime mais pas quand on n'aime pas). Tout ça reste très
petit et il faut faire barrage pour l'empêcher (par faire barrage, j'entends notamment que les auteurs soient les premiers à dire qu'ils ne sont pas en sucre et qu'ils veulent des vraies
critiques). Mais je ne pense pas qu'on puisse parler d'atteinte aux Droits de l'Homme comme certains l'ont fait.


Cela dit, face à une telle situation je comprends que l'on s'énerve et que les mots aillent très loin. C'est la raison de ce billet, juste pour dire qu'il y a un moment où il faut prendre un peu
de recul, voire se réjouir que tout ça éclate au grand jour.



caliban 08/04/2010 14:09


Isa> tant que je n'aurais pas eu vent de la moindre action en justice entamée
Isa> contre elle, je ne parlerai pas d'atteinte aux Droits de l'Homme.

Uh ? En quoi un recours judiciaire constituerait-il une atteinte à la liberté d'expression ?

Je ne sais pas ce qu'il en est en Belgique, mais je doute que ce soit très différent de la situation française (les traités et la Cour Européenne des Droits de l'Homme y veillent) : la liberté
d'expression fait partie des droits fondamentaux du citoyen énoncés en préambule de notre constitution, et toute décision judiciaire qui la violerait serait assurément cassée. Le rôle d'un
tribunal, ici, serait justement d'arbitrer entre les revendications des différentes parties, dans le respect des droits fondamentaux de chacune. En d'autres termes : de poser les limites de la
liberté de chacun qui, comme chacun sait, n'est pas aussi absolue qu'on pourrait le fantasmer, mais s'arrête là où commence celle de l'autre.

En général, c'est le pouvoir exécutif (et les voies de faits des voisins) qui empiète sur les libertés fondamentales, pas le judiciaire !


isa 08/04/2010 17:18



Je veux dire par là que si l'auteur ou l'éditeur essayait de faire intervenir la Justice ou la Police, on pourrait dire qu'ils tentent en effet d'aller contre le droit à la libre
expression.Qu'ils y réussissent est autre chose. Mais on pourrait au moins les accuser d'avoir essayé.


Là, ils ont usé de leur propre droit d'expression pour faire valoir leurs arguments (ou leurs injures). Les arguments étaient mauvais, mais on ne peut pas dire qu'ils ont attenté aux Droits
Fondamentaux de cette blogueuse, à mon avis.



Profil

  • isa
  • Isa, jeune auteur qui parle beaucoup avec les doigts (avatar ©Luis Royo)
  • Isa, jeune auteur qui parle beaucoup avec les doigts (avatar ©Luis Royo)

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