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7 avril 2010 3 07 /04 /avril /2010 10:34

Le monde est bien fait, je vous le dis !

Au moment même où je me demande comment faire un billet sans prendre un de ces nombreux thèmes que j'ai laissés en suspens mais qui me demanderaient bien plus de temps que je n'en ai actuellement, je trouve sur un forum un lien vers un billet saisissant (et si vous avez lu cette phrase jusqu'au bout sans prendre votre respiration, vous pouvez vous inscrire à un concours d'apnée).

En général, je ne suis pas adepte de mettre à jour des correspondances privées, mais je trouve cet exemple intéressant. 

Je me suis souvent demandé en tant qu'auteur comment je réagirais à la critique. Étant présente sur plusieurs forums, je serai sans doute prise de l'envie de remercier ceux qui apprécieront mon livre et le feront savoir, mais dans ce cas comment répondre aux autres ? Il me paraît normal de les remercier d'avoir donné leur avis fusse-t-il négatif, mais le risque est grand d'être tentée de me justifier. "Vous avez trouvé le comportement d'untel incohérent, mais si vous prenez en compte qu'il a vécu ceci et cela et que l'être humain par nature n'est pas cohérent..." "Vous avez trouvé le registre de ce texte trop familier ? Mais prenez donc en compte que la narration est à la première personne et que le héros est issu d'un milieu qui..." J'ai déjà vécu cela avec des textes parus et pourtant, je trouve en tant qu'auteur que je n'ai pas à répondre aux critiques. Si je n'ai pas réussi par mon texte à faire passer mon message à tel lecteur, c'est que j'ai échoué, ce que je dirai à côté ne sera qu'une façon de tricher. Sauf si c'est le lecteur lui-même qui pose des questions et sollicite des éclaircissements. Auquel cas je peux considérer que j'ai attisé sa curiosité et qu'il cherche à voir l'envers du décor.

Dans tous les cas, il faut se faire à l'idée qu'à moins d'écrire du consensuel, on ne peut pas atteindre tous les lecteurs. C'est une bonne chose car cela prouve que notre livre a du caractère. Se justifier face à une critique ne me paraît donc pas un comportement adéquat. Mais alors insulter le lecteur...

Car c'est de cela qu'il s'agit en l'occurrence. D'une lectrice qui donne son avis sur un livre sans insulte personnelle à l'égard de l'auteur et dont le billet se résume pour moi à cette phrase finale : "Ce roman n'est pas foncièrement mauvais mais il n'était absolument pas pour moi" ; et d'un auteur qui lui répond par l'injure.

Vous pouvez trouver ce triste épisode ici.

Je le juge d'autant plus déplorable qu'ayant lu la critique de la blogueuse, je suis loin de trouver les extraits qu'elle cite aussi mauvais qu'elle. Preuve donc qu'il ne s'agit que d'une question de goût. Par contre, la réaction de l'auteur ne me donne aucune envie de lire ce roman. Tout d'abord parce qu'il y a bien assez de livres que j'aimerais lire pour ne pas gonfler un peu plus un ego qui me paraît déjà sur le point d'exploser et ensuite parce que l'ouverture à la critique me paraît une vertu indispensable de l'auteur. Si la critique avait été injurieuse, je ne dis pas. Si la réponse avait été argumentée, pourquoi pas ?

Il n'en est rien.

Si j'ai pris la peine de vous livrer ce billet aujourd'hui, ce n'est pas pour tomber à bras raccourcis sur cet auteur (qui se fait bien assez de mal tout seul) mais pour dire deux choses qui me paraissent essentielles dans ce milieu. Tout d'abord, n'hésitez jamais à dire ce que vous pensez sincèrement d'un livre. Si l'auteur le prend bien, tant mieux pour lui. S'il le prend mal, c'est son problème, pas le vôtre.

Et ensuite (surtout), si vous écrivez, prenez de la distance à l'égard de la critique. Si vous ne les supportez pas, ne les lisez pas. Il n'y a rien de pire (pour lui-même) qu'un auteur qui se rend malade à cause d'un unique lecteur qui n'aime pas sa prose. Mes deux billets précédents sur l'Alchimiste prouvent bien qu'un livre qui a été encensé peut déplaire à certains lecteurs. C'est une question de vécu, de goûts, de tout un tas de choses qui font que nous ne sommes pas des machines. Si vous vous destinez à l'écriture, sachez que tout lecteur est en droit d'exprimer son avis et qu'il n'y a rien de pire que d'en prendre ombrage.

 

 

*edit*

J'ai mis une bonne demi-heure à trouver le billet indiqué par Don Lo en commentaire (oui, je ne suis pas douée avec l'interface blog, je vous l'avais dit). Et celui-ci est en effet très intéressant. Suffisamment pour que je lui consacre un billet à part demain. En attendant, je vous mets le lien ici (au cas où vous seriez atteint de la même incapacité bloguesque chronique que moi)

 

*edit 2*

Un autre lien sur le blog Actualitté à ce propos. Maintenant, il faut aussi que je fasse un billet sur cette histoire de partenariat blog/éditeurs...

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commentaires

Nessae 07/04/2010 14:35


Ah ouais, chaude chaude la réaction!
Oui, je peux comprendre que l'auteur ait été touché, mais de là à ce qu'il traite la blogueuse de "pétasse"! En tant que présidente d'association, alors que je tentais de veiller sur l'image que
nous diffusions (justement), je me suis vu traiter de tous les noms (y compris "Staline" ou approchant)par des personnes qui s'en foutaient, en fait, des responsabilités, du travail que j'assumais,
du stress et tout ça. On apprend dans ce cas à respirer un grand coup, à attendre une heure ou deux et à répondre après en laissant le moins possible d'angles d'attaque. Ça m'a servi ensuite dans
le cadre de Transition et je pense que ça me servira toujours. Bref, c'est humain, mais ne dit-on pas communément que ce qui nous différencie de l'animal est justement de savoir réfréner nos
instincts?
Bon, tout ça pour revenir aux propos qu'Isa m'a fait l'honneur de poster sur ce blog vendredi dernier: une des premières grandes leçons que m'ont enseigné les cours d'écriture, c'est de se prendre
des baffes et de tendre la joue gauche. Heureusement qu'il y a des gens qui n'aiment pas ce que je fais! Ça veut dire que des auteurs que je n'aime pas, mais qui ne manquent pas de cœur à l'ouvrage
ni de talent auront des lecteurs (raccourci un peu violent, mais bon…)!
Bref, un premier mail de colère, j'aurais compris, mais qu'il réitère et ne s'excuse pas montrent une certaine déconnexion avec le monde.


caliban 07/04/2010 14:14


> Est-ce que tu connais les Editeurs et Auteurs
> Associés ?
> C'est un système de financement assez différent
> de ce qu'on connaît.

Je ne les connais pas, mais j'ai déjà vu ce
système, chez des éditeurs US principalement.

Cela se ramène à un "club du livre" fidélisant les clients en leur attribuant quelques privilèges pour les inciter à participer à des souscriptions (e.g. ouvrages signés, voire numérotés, plus,
ici, le statut glorieux de "coéditeur").

L'intérêt du système, comme toujours, est une question de chiffres. S'il donne accès, sans contraintes particulières, à des bouquins intéressants à prix réduit, bravo.

Ici... si j'ai bien lu, ça met le bouquin à 24€,
payés d'avance. Pas vraiment donné, et tout bénéf pour l'éditeur, qui ne court ainsi aucun risque.

La ristourne vient plus tard, au cas où le livre et un vrai succès, rapportant plus de 24000€ à l'éditeur (hors commissions de libraire, de diffuseur, etc.) : lorsque l'éditeur s'est payé lui-même,
ainsi que son auteur, commence le retour sur "investissement". Mais à ce tarif, ça ne doit ni arriver très souvent, ni aller bien loin.

Bref : pour le même prix, autant attendre la sortie en librairie — et les premières critiques !


ClaudeL 07/04/2010 13:46


Ah! ce que la colère peut vous faire dire! Un venin qui envahit toutes les veines. Et elle s'installe souvent bien avant l'élément déclencheur. Une fontaine qui sourdait quelque part en eux. Un
jeyser qu'ils n'ont su contenir. Imaginez si les protagonistes avaient été à une émission du genre "On n'est pas couché"... qui parfois, avouons-le, n'épargne pas les participants.


isa 07/04/2010 13:53



Un auteur est souvent une âme à vif, d'où le problème. C'est là que l'éditeur devrait faire tampon, justement. Mais du côté de l'auteur, pas de la lectrice. C'est à lui qu'il faut rappeler qu'en
se livrant au public, il s'expose. C'est son choix, personne ne l'a forcé.


Pour ce qui est de "On n'est pas couché" je l'ai entendu dire. Mais comme je ne regarde pas la télé, je ne peux guère juger.



caliban 07/04/2010 13:33


wow.

Que l'auteur pête un plomb, c'est indéfendable mais à la limite compréhensible : ça peut arriver à tout le monde. Mais que l'éditeur, trois jours après, à froid et après avoir pris la mesure du
buzz naissant, en rajoute une couche, ça me dépasse.


isa 07/04/2010 13:44



Est-ce que tu connais les Editeurs et Auteurs Associés ? Je viens d'aller me renseigner sur cet éditeur (le nom me faisait trop penser à un éditeur à compte d'auteur) C'est un système de
financement assez différent de ce qu'on connaît. Peut-être est-ce pour
cela qu'ils ont particulièrement à coeur leur image (parce qu'ils jouent dessus leur lectorat mais aussi leurs investisseurs). À mon avis, ils ont cru être diplomates ("on n'est jamais un bon
Sherlock Holmes de soi-même" dirait Mafalda) en faisant une sorte de chantage affectif à cette lectrice. "On s'excuse mais en fait, on essaie de vous faire culpabiliser pour que vous ne nous
embêtiez plus avec vos remarques parasites." Là où ils pèchent le plus c'est par leur mauvaise foi. Elle n'a jamais dit que le livre était mauvais. Elle a dit qu'elle l'avait détesté, ce qui
place clairement son billet dans les avis et non dans les critiques littéraires.


 


Caliban a dit " c'est indéfendable mais à la limite compréhensible"


J'adore la façon dont tu as résumé en une phrase ce que j'ai pagayé à dire en dix fois plus de mots ^^



ClaudeL 07/04/2010 13:01


Il devrait peut-être se donner des cours sur "comment réagir face aux critiques?" ou plutôt "savoir faire la différence entre le produit et son auteur". D'un bord comme de l'autre. Et surtout,
surtout "comment ne pas réagir à chaud".


isa 07/04/2010 13:15



OUi, les mail successifs sur une seule journée ainsi que les "après je vous oublie" montre que cette réaction était à chaud. On sent que l'auteur n'arrive pas à penser à autre chose et qu'il a
besoin de vider son sac.


Une fois encore, c'est un sentiment que je comprends parce qu'une critique dure peut entraver la capacité d'écrire. Vous êtes devant votre doc word blanc, vous cherchez à poser les mots et ceux
de cette lectrice tournent en boucle dans votre tête. Le métier d'écrivain demande un certain état d'esprit et il se conjugue mal avec ce genre de contrariétés. Pourtant, il faut trouver un moyen
de l'assumer. Ecrire des mails d'injure et ne pas les envoyer peut être une solution. La mienne je l'avoue aurait été un commentaire courtois pour dire "Je suis désolée que mon livre ne vous ait
pas plu. Merci d'avoir pris la peine d'en citer des extraits pour que d'éventuels lecteurs plus attirés par ce genre puissent s'en faire leur propre idée." Ce genre de réponse m'apporte une
grande paix et me permet de remettre les choses à leur place. Je suis déçue qu'on n'ait pas aimé mon histoire, tout comme la lectrice a été déçue de perdre son temps. C'est une rencontre qui a
échoué, ça arrive. IL n'y a rien de plus grave que ça.



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  • isa
  • Isa, jeune auteur qui parle beaucoup avec les doigts (avatar ©Luis Royo)
  • Isa, jeune auteur qui parle beaucoup avec les doigts (avatar ©Luis Royo)

Paru !

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