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20 mars 2010 6 20 /03 /mars /2010 08:52
Avant de me lancer dans la palpitante carrière d'auteur prolifique non-publié, j'ai fait des études d'espagnol. Bien que je sois passée par la fac (plus orientée sur l'enseignement que sur la traduction), j'ai eu l'occasion d'avoir des avis de profs très divergents sur la question de la traduction des noms, et aujourd'hui, je réalise que le débat est également d'actualité sur les forums de littérature de l'Imaginaire.
La question récurrente est : faut-il traduire les noms ? Mais aussi : faut-il traduire les titres ? À l'époque de mes traductions d'espagnol, il s'agissait juste de savoir si dans un texte quelconque, Pedro et Juan devaient devenir Jean et Pierre pour que le lecteur français s'identifie plus facilement ou rester Juan et Pedro pour garder la touche espagnole. La réponse de mes profs variaient de : "traduisez toujours" à "ne traduisez jamais" en passant par "traduisez selon la volonté de l'auteur, s'il a voulu faire un texte intemporel et humaniste ou un texte marqué par son contexte". Ce n'est déjà pas toujours facile de prendre une décision, mais quand on arrive dans le domaine de l'Imaginaire où les noms ont souvent un sens, la question devient encore plus polémique.

Le problème a été évoqué par deux fois sur un forum que je fréquente. Une fois pour la réédition de H2G2 où les noms ont visiblement été remis dans leur version d'origine après avoir été traduits. Une autre fois au sujet du roman Starfish, certains internautes faisant remarquer que ce titre aurait assez mal sonné s'il avait été traduit en "Etoile de mer" et d'autres faisant remarquer (avec une certaine ironie, m'a-t-il semblé) que les anglicismes étaient "trop in, top tendance".
J'ai longtemps trouvé aussi que cette indulgence pour les anglicismes était un peu agaçante. On aime des chansons anglaises aux paroles complètement niaises (cela dit, nos chanteurs yaourts en ont fait quelques-unes en français qui valaient la comparaison), on se laisse tenter par des titres qui, s'ils étaient traduits ne nous auraient jamais accrochés... Peut-être un titre en français fait-il davantage appel à notre intellect, tandis que le titre anglais résonne davantage pour l'oreille et l'impression qu'il dégage. Mais cela vient-il seulement de la compréhension ou non de ce titre ?
Quand on lit un titre en français, on le comprend immédiatement. Un titre en anglais, on commence par l'entendre et après seulement, notre cerveau le traduit (sauf pour les lecteurs vraiment anglophones qui pensent en anglais aussi spontanément qu'en français). Mais je ne suis pas sûre que ce soit la seule raison. Si je reprends l'exemple de Starfish : oui, cela signifie "Etoile de mer" mais en lisant le mot, cela m'évoque aussi Fish comme le verbe pêcher et donc comme une pêche aux étoiles. Ce n'est pas le sens du mot, mais j'avoue que pour un roman SF, l'image est là, pour moi. Serait-ce le cas pour un lecteur anglophone ? Je ne sais pas. Mais l'anglais ne se construit pas de la même façon que le français. Cette façon de construire les mots en accollant des verbes, des terminaisons, des "ful" des "less" permet de retrouver davantage leur racine et de préserver la force de l'image dans certains cas.
Dans une de mes histoires (une des nombreuses qui deviendra très éventuellement un roman) j'avais un personnage dont le nom avait évolué au fil de sa propre mutation. L'histoire se passant aux Etats-Unis, ce personnage portait un pseudonyme en anglais. Du temps où elle était simple chaman de village faisant la danse de la pluie, elle s'appelait Rainmaker. Puis en devenant une magicienne mercenaire, elle était devenue Tearsmaker. Et quand la magie l'avait entraînée sur des chemins très sombres, elle était devenue Bloodmaker. Je n'aurais pas eu envie de l'appeler Faiseuse de pluie, Faiseuse de larmes et Faiseuse de sang. J'aurais pu trouver quelque chose de différent, plus subtile, plus imagé, mais ce n'était pas ce que je cherchais. Le pseudonyme de ce personnage était comme une carte de visite, un message simple et en même temps imagé qui allait bien avec ces mots. Si en tant qu'auteur française, j'avais choisi de donner des noms anglais à ce personnage, je peux d'autant mieux comprendre qu'on respecte les noms donnés par un auteur anglophone.

Pourtant, il faut admettre parfois que l'effet n'est pas le même. Certains jeux de mots par exemple vont nous faire rire spontanément s'ils sont traduits. Dans leur version originale, même si on comprendra ce qui est dit, on ne rira pas. On pourra se dire "Tiens, ce nom est drôle" mais une fois de plus, à moins de penser spontanément dans l'autre langue, le temps (même infime) que l'on mettra à comprendre l'humour aura fait retomber son effet.
Je me souviens ainsi du personnage de Simkin dans le cycle de l'Épée Noire de Weis et Hickman qui présentait toujours ses tenues avec un jeu de mots (je n'ai hélas plus les livres sous la main pour en citer des exemples). Le traducteur les avait traduits à chaque fois sauf le dernier qui était (si je me souviens bien, ça fait tout de même 15 ans) Rust in Dust avec un jeu de mots sur Rest in Peace. Il y avait là une note de bas de pages où la traducteur avouait son impuissance à rendre le jeu de mots. Je dois vous avouer que je ne sais même plus si les autres m'avaient faite rire. Toute la question reste donc là pour moi. Certains noms ou jeux de mots sont intéressants à traduire pour préserver l'humour voulu par l'auteur mais encore faut-il le faire bien. En l'occurrence j'avais apprécié que l'auteur fasse cet effort, mais aussi qu'il avoue son incapacité sur ce passage au lieu de faire une traducion bancale. Le livre, contrairement au film, a cette chance de pouvoir faire appel aux notes de Traduction et c'est une bonne chose.
En parlant de films, voilà un autre élément qui peut conditionner le choix de l'éditeur sur la traduction du nom des personnages. Si les romans ont été adaptés au cinéma avant traduction, il vaudra mieux (commercialement parlant) préserver les noms tels que les lecteurs les ont connus.
Dans tous les cas, l'essentiel pour moi (et là, c'est le travail de l'éditeur je pense) est de garder une certaine ligne de conduite. Quand j'ai lu les romans Shadowrun, la plupart gardait les noms en anglais. Et puis, de temps en temps, un traducteur puriste décidait de tout traduire. Ainsi le personnage de Dodger s'est retrouvé à s'appeler l'Esquiveur ou l'Éviteur (parce que la traduction n'était pas la même selon les livres) ; la Police nommé Lone Star devenait l'Étoile Solitaire ; la milice de sécurité privée Le Chevalier Errant au lieu du Knight Errant ; et même le lieu où se passait l'histoire était passé de UCAS à je ne sais plus quel sigle correspondant au français... J'ai trouvé ce manque de constance vraiment désagréable.
Pour le reste, je n'ai pas d'idée préconçue. Qu'on appelle Bilbo(t) Baggins ou Sacquet, question de choix éditorial. Je n'aurais pas aimé qu'on traduise Ghost rider ou le Punisher, pareil pour les hommes-X qui ne sonne pas au mieux. Pourtant, l'homme-araignée ou Spiderman, je n'ai pas vraiment de préférence, sans doute parce que j'ai déjà entendu les deux. Est-ce que certains traducteurs ont choisi de traduire parce que ce nom-là passait plus ou moins bien à la traduction ? Ou bien accepté-je plus facilement cette traduction parce que j'en ai l'habitude ?
Je n'ai pas assez de recul pour le savoir.
Le fait est que j'admire les gens qui semblent avoir une réponse toute faite sur cette question et détenir la vérité. J'ai dû y réfléchir souvent quand je traduisais des textes depuis l'espagnol et je n'aimerais pas être à la place des éditeurs quand ils font ce choix, tout en sachant qu'ils feront toujours des mécontents.
Une solution : publiez plus d'auteurs français !
(Comment ça, c'est intéressé ? Si peu...)

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commentaires

claudel 20/03/2010 15:25


Bon, ça y est, je recommence: je ne me relis pas, j'écris certains mots, et en les changeant, j'oublie de les accorder comme il faut. Donc: "peu importe".


ClaudeL 20/03/2010 12:46


À part les noms et prénoms (quand même aller à San Franscisco et se rendre à Saint-François, c'est quand même pas le même lieu), je traduirais tout, quitte à employer les petites notes en bas de
page et si on ne comprend pas les jeux de mots, c'est normal, on n'a pas tous le même humour. Se demander ce que font les Anglais et les Américains quand ils traduisent les livres (peu importent la
langue). Je voudrais bien voir un livre ou un film japonais: pas certaine qu'il y ait des mots anglais. À moins que le sacro-saint-anglais soit arrivé à s'infiltrer là aussi.
Au Québec, on ne peut pas se permettre de donner tant de place à l'anglais. Si quelqu'un veut regarder, écouter, voir de l'anglais qu'il choisisse la version anglaise. Une traduction est une
traduction.
Ce n'est pas une question de détenir la vérité c'est une question de se tenir debout et pas d'accomodements raisonnables sur cette question. Même si, hélas, la tendance est à l'admiration béate de
la langue de Shakespeare.
Vous devriez me voir dans un marché d'alimentation,je passe mon temps à retourner les boîtes, les conserves, les sacs, on dirait que les commis se sont donnés le mot pour mettre l'anglais devant
nos yeux! Je vais déjeuner sinon je vais passer ma journée à grogner sur ce sujet et à vous trouver des exemples.


isa 20/03/2010 22:33


Pour le japonais, c'est hélas, une langue très perméable. Je dis hélas parce que pour avoir écrit un roman qui se passe au Japon et avoir fait des recherches pour certains noms de personnages, j'ai
passé mon temps à faire la part des choses entre les vrais mots japonais et les mots déteints de l'anglais (ex : Burakku pour noir qui n'est autre que la transcription phonétique de la façon dont
les Japonais prononcent Black).
Pour le reste, j'ai déjà fait un mot sur votre blog mais je pense que c'est le genre de sujets dont on peut discuter sans s'énerver. En tant qu'auteurs, nous aimons notre langue, mais en tant
qu'auteurs, nous aimons aussi que l'esprit de nos écrits soient préservé. Parfois un mot ne se réduit pas à son sens. Il peut être question de sa sonorité, des doubles sens qu'on veut lui donner,
de l'image qu'il renferme (comme Starfish)... Un traducteur est un passeur qui doit à la fois respecter sa langue et l'oeuvre qu'il traduit. Je trouve légitime qu'il soit parfois face à des cas de
conscience. Je ne pense pas que ce soit un "accomodement raisonnable" de se poser autant de questions alors qu'il serait si simple d'appliquer une règle immuable qui éviterait toute question. Je
pense qu'un traducteur qui se demande ce qui est le mieux dans telle ou telle situation fait juste preuve de beaucoup de conscience professionnelle et de respect de l'auteur qu'il traduit.


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  • isa
  • Isa, jeune auteur qui parle beaucoup avec les doigts (avatar ©Luis Royo)
  • Isa, jeune auteur qui parle beaucoup avec les doigts (avatar ©Luis Royo)

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