Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
16 mars 2010 2 16 /03 /mars /2010 10:33
Je ne me suis jamais considérée comme une féministe militante ou acharnée, mais je dois avouer que, parfois, quand je lis certaines phrases dans des romans, je ne peux m'empêcher de hausser un sourcil en constatant combien certaines idées préconçues se glissent dans le moindre recoin de notre inconscient.
Voici une de ces situations qui m'a faite tiquer aujourd'hui.
Je suis dans un chapitre de Fondation, d'Asimov. On y décrit une planète horriblement hostile où la lutte pour la survie est continuelle. Il y fait froid, les cultures sont difficiles... Après des années de commerce avec l'extérieur, cette planète s'est retrouvée isolée (suite à la chute de l'Empire Galactique) puis un jour, une autre planète est venue l'envahir et lui imposer des taxes. La situation a été tendue un temps : les paysans ont tenté de se révolter puis ont caché leurs récoltes et finalement, l'envahisseur a décidé d'abandonner l'exploitation d'une planète trop pauvre pour être enrichissante et s'est lancé dans une forme de commerce dont tout le monde est ressorti pas trop perdant. L'auteur explique alors que même si la planète colonisatrice n'offre pas de produits aussi performants que l'ancien Empire, elle apporte "des machines et de la nourriture qui valent mieux que le produit du cru". Et ensuite vient la phrase qui tue :
"(...)Sans oublier les vêtements pour les femmes. Pouvoir enfin porter autre chose que la grossière toile grise tissée à la maison, voilà qui constituait pour la société féminine rossenite une véritable révolution."
Alors peut-être que la plupart d'entre vous ne goûteront pas le machisme sublime de cette phrase, mais pour ma part, il m'a proprement faite halluciner.
Tout d'abord, à travers les différentes cultures, les femmes n'ont pas toujours été le sexe le plus attaché à la frivolité et à la coquetterie. Il est des cultures dans lesquelles ce sont les hommes qui se paraient le plus et d'autres où la femme n'était qu'un objet voué à prouver la réussite de l'homme, raison pour laquelle on la parait comme on tune une voiture. Ensuite, quand la disette fait rage et que Madame se demande toute la journée avec quoi faire bouillir la marmite, non, elle ne va pas trouver "révolutionnaire" de s'offrir une nouvelle garde-robes. La phrase sous-entend que l'homme se soucie de l'essentiel, la nourriture et les machines pour faire de l'exploitation (et donc survivre) et Bobonne, en bonne frivole qu'elle est, se pame devant les fanfreluches.
On est dans de la SF, là. On parle de mondes complètement différents des nôtres où l'on n'a pas forcément élevé les femmes dès leur plus jeune âge à être des objets décoratifs. Pourquoi seraient-elles les seules, forcément, à se laisser émouvoir par les dentelles ? Si ces vêtements sont plus confortables, ils siéront tout autant aux hommes. S'ils permettent de faire étalage de sa réussite également ; ou bien considère-t-on que la vanité est aussi une caractéristique propre à la femme ?

Allez hop, je m'arrête là parce que sinon, je vais paraître bien plus énervée que je ne le suis. Ce qui ne serait pas difficile puisque je ne suis pas énervée, juste un peu consternée. Je me dis que le sexisme bien visible et assumé des blagues sur les blondes sape sans doute beaucoup moins l'égalité homme/femme que ce genre de petites idées ; ces préjugés tout bêtes qui sourdent jusque dans des romans de SF censés se passer très loin de notre réalité. Faudrait voir à se libérer de quelques préjugés collants, parfois.

Partager cet article

Repost 0

commentaires

caliban 18/03/2010 14:37


Ooops.
"Pas un grand écrivain", j'entends.
Asimov est bien sûr l'un des "Trois Grands" de la SF, comme on dit parfois (avec Heinlein et, selon l'humeur, Clarke ou van Vogt...)


Caliban 18/03/2010 14:34


Je soupçonne un faux sens sur le terme de "révolution".

C'est toi qui dis que "en pleine famine, les femmes s'intéressent AVANT TOUT aux vêtements". Pour autant que je me souvienne (pas relu le cycle depuis un moment...) Asimov ne suggère rien de la
sorte — et ça ne lui ressemble pas du tout. Mais même si c'était le cas, l'arrivée de nouveaux vêtements ne constituerait pas plus une révolution que la livraison d'une cargaison de pain : on y
pensait beaucoup, on en manquait ; il en arrive, on en manque moins, on y pense toujours... en attendant la prochaine fois. La société est essentiellement inchangée.

Ce qui, ici, constitue une révolution, c'est la sortie de l'autarcie. Parmi ses symboles, inévitablement, on verra l'exhibition de signes extérieurs de contacts avecs l'extérieur — et il semble
assez naturel que les fringues en soient un. Mais à mon sens, en termes d'exercice de vanité, les nouvelles étoffes "pour les femmes" sont ici au moins aussi importantes pour l'ego de leurs
maris.

Quoi qu'il en soit, indépendamment de l'état économique de la planète, il s'agit bien, cette fois, d'une révolution intellectuelle et sociale : on ne pense plus, on ne se comporte plus de la même
façon après qu'avant. Y compris, éventuellement, au regard de l'approvisionnement de la famille en pain.

Encore une fois, c'est la chute de l'Empire romain : les échanges commerciaux à l'échelle continentale étaient monnaie courante dans les premiers siècles de l'ère commune ; lors de l'antiquité
tardive, on n'en gardait plus que le souvenir idéalisé d'un vague âge d'or, pendant que les provinces éloignées, comme l'Espagne et le Maghreb, se refermaient sur elles-même. Le rédémarrage des
échanges, non plus via le centre mais directement avec la périphérie, aux V/VIe siècles, signe la fin de l'Antiquité. Et ils commencent en effet, en bonne partie, par les produits de luxe — épices,
parfums, étoffes précieuses...





Et pendant que j'y suis : moi, je trouve Asimov passablement lourdingue. J'ai une immense admiration pour sa capacité à traiter simplement de sujets complexes, et je le reconnais pour l'un des
grands vulgarisateurs du XXe siècle. Sa culture et son imagination en font aussi un auteur de fiction important. Mais pas un grand : pour parler des choses simples, pour camper un personnage ou une
société en quelques phrases, le style n'y est pas, et ça tombe souvent à plat.
Fondation est une fresque magistrale, par son ampleur et son ambition, et un classique de la SF. Mais ce n'est pas de la très bonne littérature.


isa 18/03/2010 16:55


Une analyse intéressante d'une révolution culturelle. Je ne l'ai pas lu comme ça et les hommes ne sont pas évoqués sur la question, d'où le sentiment qui me reste. Cela perdure d'autant plus qu'il
y a eu des précédents, notamment une scène où la femme un peu mégère d'un dirigeant l'accuse de se vendre aux marchands et finit par se taire parce qu'il lui met une babiole entre les mains.
Franchement, je n'ai pas tendance à faire attention à ce genre de détails en temps normal. Et ces dernières années, j'ai plus souvent été agacée par une littérature d'un féminisme tendant à la
caricature (exemple de couv qui m'agace et ne me donne pas envie de lire le livre) que
par des allusions machistes. Mais je trouve qu'Asimov apparaît comme un pur produit de son époque sur la place qu'il donne aux hommes et aux femmes (même si ça ne l'empêche pas de développer des
individus qui échappent à ces poncifs).
Mais bon, l'explication de la révolution culturelle... Pourquoi pas ?
Pour le reste, j'attends d'avoir fini Fondations pour me faire une idée de sa qualité. Pour le moment, je dois avouer que mes sentiments sont en dents de scie. Je trouve certains passages
d'une intelligence et d'une maîtrise rares et d'autres... gonflants. Mais je détaillerai davantage cela à la fin de ma lecture, sachant que la fin compte au moins pour moitié dans mon opinion sur
toute oeuvre de fiction (car pour moi, plus qu'une fin, elle me montre si l'oeuvre avait une finalité ou non).
Merci en tout cas de ces commentaires toujours très intéressants. C'est un plaisir de débattre avec toi :)


caliban 18/03/2010 11:37


Le cycle — explicitement inspiré d'un exemple historique bien défini, le déclin de l'Empire romain — oppose deux types de sociétés : celles (dont relèvent toutes celles auxquelles les Marchands
tentent de fourguer leurs babioles) qui retournent inexorablement vers une société pré-moderne ; et celle qui est gérée selon les principes "scientifiques" de la Fondation.
Le statut des femmes en particulier est très différent dans les deux cas. En témoigne par exemple le personnage crucial d'Arkady, qui peut s'intéresser aux fringues, mais ne s'y limite pas
vraiment...

Si le traitement des femmes dans les premières te paraît lourdingue, c'est peut-être le fait un défaut de plume d'Asimov qui se laisse aller à forcer le trait, mais c'est le contraire même d'une
"tendance insidieuse de TOUTE la société à trouver normal," etc.


isa 18/03/2010 12:43


Je ne critique pas la valeur du cycle et sa transposition très intéressante des civilisations marchandes et des civilisations scientifiques.
Je n'ai pas encore découvert le personnage d'Arkady, mais j'ai vu Bayta et c'est ce qui me laisse penser qu'Asimov ne rabaisse pas les femmes en général et de façon consciente ou volontaire. La
phrase que je soulève est totalement anecdotique dans le roman (donc je ne pense pas qu'on puisse dire qu'il insiste de façon "lourdingue"). Seulement, au moment de décrire cet échange commercial,
il s'appuie là-dessus d'une façon qui apparaît comme une évidence. S'il avait voulu développer une particularité de civilisation, il aurait pu dire en deux phrases que ces femmes qui n'avaient
jamais connu le confort ou la futilité s'étaient laissées aveugler, etc... Là, il ne s'agit pas de parler d'une femme en particulier qui s'intéresserait ou non aux vêtements, mais d'une société
féminine entière qui, en pleine famine, s'intéresserait avant tout au fait d'avoir de beaux nouveaux vêtements. Pour moi, c'est juste absurde et le fait que ça passe comme une lettre à la poste
pour la majorité des lecteurs traduit une tendance molle de la société à considérer les choses ainsi (et ce "TOUTE la société" que tu cites, ne signifie pas "chaque individu de ladite
société").
Après, on peut soulever le fait que ce livre ne date pas d'hier et espérer que les choses ont changé depuis. Mais je me demande si en lisant cela, même aujourd'hui, la plupart des lecteurs tique
sur cette phrase.
Accessoirement, si j'avais lu le contraire, c'est-à-dire que les femmes étaient ravies d'avoir de quoi nourrir leur famille alors que pour les hommes c'était l'arrivée de femmes avec des seins
siliconnés et des mini-jupes qui avait constitué une révolution, j'aurais trouvé ça très caricatural aussi. Et je me serais demandé de la même manière si les lecteurs avaient été choqués également
ou si c'était passé comme une lettre à la poste.


caliban 17/03/2010 21:57


Isa> Pourquoi seraient-elles les seules,
Isa> forcément, à se laisser émouvoir par les dentelles ?

Le "forcément" est tien. Asimov ne dit rien de la
sorte. Il décrit une société particulière où les
femmes, etc. A supposer même que cette remarque
en passant suffise à la classer comme sexiste (ce
dont je ne suis pas convaincu), cela ne dit rien
des autres sociétés de cet univers aux 50 000
étoiles : il serait aussi absurde de n'y
intégrer que des sociétés politiquement correctes
(selon tes normes début XXIe !) que de le peupler
entièrement de femmes uniformément futiles.


isa 17/03/2010 22:27


Sauf que ce n'est pas la première fois justement. Deux fois déjà dans le roman, des marchands utilisent des "babioles pour femmes" pour rendre des planètes esclaves de la consommation. Ces deux
fois-là, je n'avais pas tiqué parce qu'il s'agissait de sociétés assez oisives avec une noblesse qui s'ennuyait et donc n'avait rien d'autre à faire que de se parer.
Là, on est sur une planète où la survie quotidienne est la lutte de chacun. Et le terme de "révolution" (ou quel que soit celui de la VO, la formulation de la phrase reste ce qu'elle est) montre
vraiment que c'est ça que les femmes ont retenu avant tout de l'arrivée des colons. Dans un contexte pareil (sachant qu'on voit ensuite que c'est la femme qui tient la maison et donc sûrement elle
qui s'occupe de nourrir la famille), ça me paraît tout bonnement impossible que des femmes qui n'ont jamais été élevées en fonction de la mode accordent plus d'importance à leur coquetterie qu'à
l'arrivée de plus de denrées alimentaires.
Après, je ne pense pas qu'Asimov ait été sexiste (ou du moins je n'en sais rien du tout et ne le jugerai pas sur ça). Je pense que notre culture en général est tellement imprégnée de ce genre de
préjugés que ça transpire même quand un auteur essaie de créer des civilisations différentes sur des planètes autres que la nôtre. Certains comportements traduisent le sexisme de ceux qui les
adoptent. Mais certaines idées récurrentes (trois fois en un roman ça fait pas mal), traduisent plutôt une tendance insidieuse de toute la société à trouver normal que la femme soit celle qui "se
fait avoir" par la coquetterie. C'est en cela que je trouvais ce point intéressant à relever.


Profil

  • isa
  • Isa, jeune auteur qui parle beaucoup avec les doigts (avatar ©Luis Royo)
  • Isa, jeune auteur qui parle beaucoup avec les doigts (avatar ©Luis Royo)

Paru !

http://www.griffedencre.fr/IMG/cache-200x307/PC_200-200x307.jpgMa première novella est enfin parue !

Vous pouvez découvrir un extrait en ligne.

Disponible en librairie près de chez vous ? Cliquez ici pour le savoir.

Vous pouvez aussi le commander en ligne sur le site de l'éditeur, Amazon et Fnac.com.

Les premiers avis ici !

Un Article En Particulier ?

Archives