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26 avril 2010 1 26 /04 /avril /2010 22:27

Le hasard fait parfois bien les choses. Je m'apprêtais à m'excuser de l'absence de billet de ce soir pour cause d'Assemblée Générale de Syndic qui a duré 4h30 (si ! si ! 4h40 pour être précise, même). Mais en faisant le tour de mes forums habituels, je suis tombée sur cette pétition de la Société des Gens de Lettres que je vais vous transmettre.

Notez que je ne l'ai pas encore signée et que je ne pousse personne à le faire sans être sûr de son fait. Les signatures virtuelles sur le net sont souvent si vite cédées qu'elles en perdent toute valeur. Je vous transmets ce billet au cas où vous auriez déjà une opinion sur le sujet et souhaiteriez la faire connaître. Pour ma part, je vais essayer de me renseigner sur quelques points supplémentaires avant de décider de me joindre ou non à cette pétition. Je vous tiendrai au courant.

 

Auteurs, éditeurs : le désaccord

Par Alain Absire, écrivain, président de la Société des Gens de Lettres
 
En mars 2007, Le Monde publiait l‘un de mes articles intitulé : Le livre numérique en zone de non droits, qui, faisant des relations contractuelles entre auteurs et éditeurs l’axe incontournable d’une politique réussie de numérisation des livres, posait le contexte. S’en suivit l’ouverture de discussions professionnelles entre la Société des Gens de Lettres dans son rôle de médiateur et le Syndicat National de l’Edition, en vue de définir ensemble les bases d’une gestion des droits numériques équitable et sans heurts. Las ! Après deux ans et demi de discussions, tandis que Google continue à numériser nos livres à tour de bras, et que, en quelques jours, aux Etats-Unis, 600 000 livres numériques ont été téléchargés sur la nouvelle tablette i.pad, tout accord, même provisoire et dans la ligne de la législation actuelle en attente de négociations plus larges, s’avère impossible.
 
En dépit de nombreuses concessions des auteurs, malgré l’approche constructive d’éditeurs tels que P.O.L. et le travail de réflexion de fond entrepris depuis des années, y compris en matière de contrat numérique, par les Editions Gallimard, pour des raisons inexplicables à nos yeux, plusieurs membres du SNE ont choisi de ne pas signer l’accord a minima auquel nous étions parvenus au terme de nombreuses et longues séances de travail. Préférant ignorer les préconisations des rapports Zelnik et Tessier sur la numérisation du patrimoine écrit, ils souhaitent engager de nouvelles discussions, alors même que nous étions parvenus à des propositions communes.


Soyons clair : les auteurs ne réclament pas un quelconque privilège supplémentaire. Ils veulent simplement instaurer un partenariat équilibré dans la continuité de leurs relations avec leurs éditeurs traditionnels auxquels ils sont souvent très attachés, et s’assurer une rémunération décente sur l’exploitation de leurs livres dématérialisés. Face à des modes de création, de publication, de diffusion, d’usage et de lecture révolutionnaires, et sans modèle économique défini, ils ne peuvent se résoudre à figer les nouvelles pratiques éditoriales selon les seuls paramètres de l’édition papier. Pour que la chaîne de valeur du livre ne soit pas rompue, au détriment des lecteurs, par un séisme dont le monde entier mesure l’ampleur, auteurs et éditeurs sont aujourd’hui obligés d’innover. Les écrivains de langue française n’en peuvent plus qu’on leur rappelle sans cesse leur devoir de « confiance réciproque », alors que, dans le cadre de relations interprofessionnelles à éclipses, rien de neuf ne se formalise. Est-il besoin de redire que, via la SGDL, les auteurs ont osé attaquer Google, aux côtés du Syndicat National de l’Edition, avec le succès que l’on sait, et qu’ils n’ont pas l’intention de se tenir à l’écart des actions pour contrefaçon contre la firme américaine annoncées par plusieurs éditeurs au Salon du Livre ?
De retour de Bruxelles, la Société des Gens de Lettres et l’ensemble des délégués de l’European Writers’ Council ont pu constater l’engagement de nombreux membres du Parlement européen en faveur de négociations collectives équilibrées entre auteurs et éditeurs. Sachant que plusieurs États, dont l’Allemagne, se prononcent en ce sens, nous ne pouvons continuer à perdre un temps qui nous est compté en espérant que l’univers numérique ait une chance de se clarifier. Dans l’attente d’un développement des usages de la profession, et face aux numérisations de masse actuellement à l’étude, il est ainsi vital d’admettre que, supprimant la notion même de stocks et d’édition « épuisée », les techniques d’exploitation numériques sont distinctes de l’exploitation permanente et suivie des livres imprimés. Comme il est impératif de repenser le mode et la durée de cession des droits numériques, faute de quoi nombre d’auteurs se tourneront vers un nouveau type d’éditeurs dont le seul objectif est la rentabilité immédiate... E.libraires, e-diffuseurs, pionniers des techniques numériques et autres opérateurs télécom peu soucieux de la qualité des contenus en ligne, mais plus offrants et à la pointe des services informatiques et des techniques de Webmarketing permettant une diffusion active de chaque ouvrage en ligne.
 
Dans cette attente, et pour se faire entendre après trop de fins de non-recevoir, de nombreuses organisations d’écrivains et illustrateurs de livres viennent, à l’instar de leurs confrères de la bande dessinée, de lancer une pétition en appelant aux pouvoirs publics pour obtenir l’ouverture de négociations interprofessionnelles représentatives de l’ensemble des éditeurs et des auteurs : http://www.jesigne.fr/petitionappeldunumerique


 
Une telle initiative, la première en son genre, ne peut qu’être entendue… À moins que les premiers maillons de la chaîne du livre ne préfèrent laisser Google, Amazon, Apple et quelques autres, dormir tranquilles en se répétant que demain leur appartient.

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commentaires

caliban 29/04/2010 01:24


Mouais. Si je suis bien, bons sentiments à part, la pétition se résume à réclamer l'intervention du gouvernement dans les négociations entre auteurs et éditeurs.

Je ne suis pas convaincu que ce soit une bonne idée, pas plus que ne le serait une solution unique imposée pour une problème complexe qui peut admettre autant de cas particuliers qu'il y a de
bouquins.

Pour moi, un contrat entre un auteur et son éditeur est avant tout cela : un contrat entre deux personnes (ou une personne et une entreprise), dans le but précis et limité de publier un texte. A
partir de là, tout est négociable, et DOIT être négocié.

Je suis évidemment partisan de la publication de contrats-type non contraignants, aussi bien côté auteurs (Yal Ayerdhal a fait un travail considérable autour des "droits du serf") que de celui des
éditeurs. Sauf exception, où l'auteur et l'éditeur sont d'accord pour travailler autrement, je suis partisan d'envoyer paître les éditeurs trop gourmands qui s'éloigneraient par trop de ces
contrats-type.

Mais je ne vois vraiment pas ce qu'on pourrait gagner à faire intervenir le gouvernement dans cette affaire (sinon à garantir que les intérêts industriels des grands groupes d'éditions adossés à
des marchands de canons, dominants en France, seront encore mieux protégés et étendus ?)


isa 29/04/2010 13:36



Je dois avouer que si je n'ai pas encore signé c'est que j'avais envie d'en savoir plus. Je pense que dans ce débat, il y a autre chose que les méchants éditeurs et les pauvres auteurs exploités
(même si les auteurs sont exploités, c'est un fait... Tous les éditeurs ne sont pas "méchants"). Je trouve que cette pétition manque un peu de chiffres et de données précises (notamment sur le
"succès que l'on sait" et que non, je ne sais pas) pour m'engager. Mais je crois que c'est un des problèmes des pétitions virtuelles. On met quelques grands mots et on espère faire signer les
gens sur un sentiment (tiens ! Un nouveau sujet pour un billet !) Je ne dis pas que cette pétition est mauvaise. Juste qu'elle manque d'arguments.



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  • Isa, jeune auteur qui parle beaucoup avec les doigts (avatar ©Luis Royo)
  • Isa, jeune auteur qui parle beaucoup avec les doigts (avatar ©Luis Royo)

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