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31 mars 2010 3 31 /03 /mars /2010 11:14

Une des choses qui inquiète certains auteurs au moment de soumettre à un petit éditeur, est le risque que celui-ci mette la clé sous la porte avant la parution de leur livre. Ceux qui ont navigué un certain temps dans ce milieu ont eu l'occasion de constater la précarité des finances des petits éditeurs. Les histoires de l'Oxymore et du Navire dans la ville (entre autres) nous montrent qu'on peut être un très bon éditeur et faire des livres qui enthousiasment les lecteurs, et être pourtant obligés de fermer. Pourquoi ? Les raisons sont nombreuses, elles tiennent déjà à la fragilité du marché du livre (évoquée précédemment dans cet article) qui est beaucoup plus problématique pour les petites structures, à la lourdeur de la paperasse et des taxes en France, au manque de visibilité dans les libairies (et surtout les grosses structures de vente multimédia)... Les causes sont nombreuses, la conséquence est que de bons éditeurs sont obligés d'arrêter de publier alors même qu'ils avaient encore un calendrier éditorial chargé. La déception des lecteurs est importante, celle des auteurs "élus" l'est plus encore. Dans ce cas-là que faire ?

Ma réponse spontanée tendrait à être : pleurer pour votre éditeur et réaliser que dans cette affaire, il y perd sans doute beaucoup plus que vous. Mais cette réponse manquerait considérablement d'empathie. Elle tendrait à faire croire à ces auteurs que je me moque de leur sort, alors que c'est loin d'être le cas.

Mettons-nous cinq minutes à leur place. Nous voilà avec ce manuscrit qu'on a bossé et rebossé et dont on espère quelque part qu'il accèdera un jour au public. On le soumet généralement à quelques grandes maisons qui le refusent (voire nous donnent souvent l'impression de ne même pas l'avoir ouvert parce qu'ils avaient leur quota pour l'année), alors on se tourne vers cette petite édition qui laisse vraiment leur chance aux jeunes auteurs. Et un jour, on a le bonheur de trouver une réponse positive dans sa boîte mail. Pas de ces réponses des éditeurs à compte d'auteur dont on se rend vite compte qu'ils disent oui à tout le monde (ou presque). Mais un vrai "oui" prononcé par des gens qui disent souvent "non" aussi. Un "oui" qui témoigne d'une véritable adhésion à notre histoire de la part de gens qui en ont pourtant lues beaucoup d'autres. On est content, on est même aux anges. On se met au travail avec acharnement car si ces maisons s'ouvrent aux jeunes auteurs, c'est en général en contrepartie d'un travail acharné pour atteindre le niveau des grands.

Et voilà qu'un jour, le beau rêve s'envole. Il y a de quoi être amer et déçu, bien sûr.

Que faire dans ces cas-là pour ne pas se décourager ?

Tout d'abord, se souvenir que tout ce que j'ai dit précédemment est toujours d'actualité. Oui, vous avez été sélectionné, preuve que votre manuscrit a séduit des gens qui en avaient pourtant d'autres sous la main. Donc oui, votre manuscrit est bon, votre histoire vaut la peine de se trouver entre les mains des lecteurs. Ensuite, tout ce travail effectué n'a pas été fait pour la maison d'édition, mais pour vous, auteur, pour sublimer votre texte. L'éditeur n'est plus là, mais la qualité de son travail reste. Vous avez donc entre les mains un manuscrit dont vous savez à présent qu'il vaut la peine d'être édité et qui en plus est encore meilleur qu'au moment où il a été sélectionné. Donc oui, vous avez le droit d'être déçu et malheureux. Vous avez le droit d'être frustré justement parce que votre manuscrit mérite de devenir un livre et qu'il ne l'est pas. Vous pouvez, selon votre caractère, râler contre le monde entier, l'État, les taxes, les gros éditeurs qui prennent toute la place avec des livres commerciaux ; faire une grosse déprime que vous noierez dans un bac de glace à la vanille (ou un autre parfum au choix) ; rejoindre l'association des Auteurs Talentueux mais Anonymes ; vous lancer dans la lecture de la dernière daube commerciale à la mode en vous disant que le monde est vraiment injuste... Mais dans tous les cas, n'envisagez ni la corde ni l'abandon. Prenez le temps de digérer la déception (qui n'est pas un échec, souvenez-vous en) puis retroussez vos manches et remettez-vous au travail.


Si j'ai fait cet article, c'est également pour m'adresser à ceux qui n'ont pas encore soumis ou été acceptés par des petits éditeurs. Le risque existe au moment où vous proposez votre manuscrit. Les délais d'édition sont longs et on ne peut jamais savoir ce qu'il sera advenu de l'éditeur qui nous a choisi d'ici la sortie de notre livre. Au moment où vous soumettez votre manuscrit à un petit éditeur, il faut que vous admettiez ce risque et que vous profitiez de tout ce que cette expérience vous offre de bon d'ici là. La parution du livre n'est que la dernière étape d'un long parcours qu'on peut soit vivre comme un chemin de croix, soit comme une nouvelle expérience de chaque instant. Essayez de garder le deuxième état d'esprit. Cela vous rendra plus patient et cela pourra vous aider à mieux encaisser une éventuelle déception.

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commentaires

Ereneril 22/04/2010 14:05


Tu as parfaitement raison, y compris quand tu dis que l'éditeur y perd plus que l'auteur.

Je viens d'être confronté à la situation.

C'est dur, vraiment.
Surtout quand la chute survient deux mois avant la parution et que le contrat a été signé 18 mois plus tôt.

Au delà de la déception, le sentiment qui domine est celui de la perte de temps. On replonge 2 ans en arrière, au moment où, satisfait de son texte, on l'avait envoyé à quelques éditeurs. La
lassitude nous envahit. On se remémore les mois d'attente d'hypothétiques réponses, les "non" qui avaient précédé le "Oui".

Et puis les jours passent. Et comme toujours les bons souvenirs l'emportent sur le mauvais. le "Oui" supplante les "Non" et l'attente.

On se rend alors compte que 2 ans ont passé. Et que si des éditeurs ont disparu, d'autres sont nés. On rouvre alors son mail et on commence à écrire :

"Monsieur, je me permets de vous soumettre..."


isa 22/04/2010 19:23



J'imagine bien la situation. Étant en pleine correction, je vois le boulot que ça demande, on imagine qu'à la fin on aura droit à la satisfaction et finalement non, juste l'incertitude.


Genre : tu marches en plein désert et tu vois une oasis, tu trouves un peu d'énergie pour avancer en songeant à cette eau miroitante qui t'appelle. Et quand tu y arrives enfin, il n'y a plus rien
juste un panneau marqué "mirage ! Marchez un peu plus loin vous trouverez peut-être quelque chose." Je pense que tu n'as jamais aussi soif que dans un moment pareil :/


Il ne me reste plus qu'à te souhaiter bonne chance pour la suite et à t'encourager à poursuivre jusqu'à l'oasis dont tu rêves.



Profil

  • isa
  • Isa, jeune auteur qui parle beaucoup avec les doigts (avatar ©Luis Royo)
  • Isa, jeune auteur qui parle beaucoup avec les doigts (avatar ©Luis Royo)

Paru !

http://www.griffedencre.fr/IMG/cache-200x307/PC_200-200x307.jpgMa première novella est enfin parue !

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