Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
27 mai 2010 4 27 /05 /mai /2010 13:10

"Présumé coupable"... Tiens, ça tombe bien, c'est le nom de ma novella à paraître. Pourtant, ce n'est pas du tout de ça que je souhaite vous parler. Cela dit, le concept de présomption d'innocence et la façon dont il est régulièrement bafoué est un sujet auquel je suis très sensible. Pas étonnant donc que ça ressorte de diverses manières.

Une fois de plus, je m'en vais parler de la presse ; mais pas seulement (il ne faudrait pas que je leur donne toujours tous les torts). J'avais été assez surprise il y a quelques temps par l'affaire autour de Johnny Hallyday et du Docteur Delajoux. On nous présentait alors volontiers ce dernier comme le pire des incompétents, connu pour de nombreuses bévues médicales. Je me suis alors demandé comment un médecin de cet acabit pouvait continuer à pratiquer dans une clinique réputée (et chère). Le monde du Show-biz étant petit, je pense que le gars qui a massacré plusieurs patients aura peu de chances de garder une importante clientèle.

Mais bon, admettons, les phénomènes de mode étant ce qu'ils sont, pourquoi pas ? Dans tous les cas, le médecin fut à ce point présenté comme le responsable de tous les maux de Johnny qu'il fut même tabassé devant ses enfants en représailles. Le tout alors qu'aucun procès n'avait attesté de sa culpabilité.

Et voilà que quelques mois plus tard, l'Express nous apprend que Johnny Hallyday pourrait avoir été plongé dans un coma artificiel pour le soigner de sa dépendance à l'alcool. Et là, j'attends de voir fleurir insultes et témoignages divers de haine à l'égard de "ce poivrot qui a accusé injustement un médecin honorable".

Je ne sais pas si les choses en arriveront là, mais pour moi, bien au-delà des questions de santé d'une star, ce qui se pose comme problème c'est celui de la façon dont les médias nous présentent "l'information" et au-delà, notre capacité à prendre du recul et à la lire convenablement. Quand on parle "informations" déjà on s'attend à des faits, or la presse nous présente souvent des rumeurs, des accusations, des pistes... La plupart du temps, elle ne s'en cache pas d'ailleurs. S'il s'agit de faits, elle le dit, sinon elle précise "selon telle source", pourquoi alors le public prend-il si souvent "l'information" pour argent comptant ?

Je vois là deux phénomènes différents. D'un côté, les torts de la presse qui n'insiste pas outre-mesure sur les formules hypothétiques, voire qui présente les faits de façon partisane. Prenons un exemple qui m'a frappée (aïe) récemment. Il s'agit du nouveau rebondissement dans l'affaire Polanski. Une actrice a ajouté son témoignage pour dire qu'elle avait elle-même été abusée par ce réalisateur alors qu'elle était mineure. Ce que j'aurais attendu de la presse ? Qu'elle dise ça, ni plus ni moins. Mais ce que j'ai entendu ce résumait à "Un témoignage bien tardif (ces mots prononcés avec une ironie flagrante) d'une actrice qui profite de l'affaire Polanski pour dénoncer qu'elle aurait elle-même été abusée... blabla... On s'étonne qu'elle ait joué quelques années plus tard dans une film dirigé par le même Polanski..." Ben voyons. Quand on est une jeune actrice, on peut vachement se permettre de boycotter un grand metteur en scène. D'autant que bien souvent on vous présente le passage sur canapé comme un passage obligatoire pour pouvoir s'intégrer au milieu (la réalité qu'il y a derrière je ne me permettrais pas d'en juger ; mais par contre, une jeune fille face à un metteur en scène de grand renom peut très bien penser qu'il est normal de devoir "en passer par là" pour réussir). Quant au témoignage tradif... hum, comment dire ? Imginons qu'il ne s'agisse pas de Polanski mais d'un simple balayeur. Voire mieux un réalisateur détesté par la presse parce que pompeux et du genre à envoyer péter un journaliste s'il n'a pas vu tous ses films avant de l'interviewer. Ou encore un politicien mal aimé de la populace et qui damn ! aurait abusé d'une pauvre jeune fille et n'aurait pas payé pour son crime parce qu'il aurait fui le pays. Ce "témoignage tardif" serait devenu une pauvre victime innocente dont la parole aurait enfin été libérée et qui oserait enfin parler malgré les pressions qu'elle a subi des années durant.

Bref... L'affaire Polanski n'est pas tant ce qui m'intéresse que la façon dont elle est traitée si on la compare à toute autre affaire de moeurs du même genre. Personnellement, je demande des faits, à moi de me forger ma propre opinion ensuite. Et à la Justice de faire son boulot.

Mais comme je le disais, la presse est loin d'être la seule fautive dans cette affaire. Car si elle en vient à penser pour nous, c'est bien parce que nous lui abandonnons la tâche fatiguante (et ô combien mal récompensée) de réfléchir, préférant avaler tout cru ce que les médias nous donnent à gober. Les médias qui ont le plus de succès ne sont-ils pas ceux qui font preuve du plus de mauvaise foi ? Un journal qui titre sur Johnny odieusement massacré par un chirurgien incompétent (le tout en grosses lettres rouges avec noté "exclusif") ne se vendra-t-il pas mieux qu'un journal qui énoncera juste les faits et annoncera qu'une démarche judiciaire est en cours et qu'on en saura plus quand l'enquête aura abouti ? On nous vend ce que nous achetons, simple question d'offre et de demande.

Au-delà de la question du comportement individuel du citoyen face à ce phénomène, c'est le rôle possible de l'éducation que je voudrais mettre en avant. Parmi l'apprentissage du français, ne serait-il pas intéressant d'analyser certains articles de presse comme on le fait de textes de Ronsard ou de Rimbaud ? Certes, l'école est là pour nous offrir un bagage culturel, mais également pour nous aider à accomplir de façon éclairée notre devoir de citoyen (sans quoi la démocratie ne serait rien d'autres que la tyrannie des imbéciles). Est-il vraiment cohérent qu'on apprenne aux élèves à décrypter les messages subtiles du temps de la Révolution, mais qu'ils soient incapables de déchiffrer ce qui se passe durant leur propre siècle ? Je n'ai pas vu cette question posée très souvent : simple respect immodéré pour les écrits des anciens ou véritable volonté politique de ne pas apprendre au peuple à réfléchir ? J'avoue que je me pose parfois la question...

Partager cet article

Repost 0
Published by isa - dans (a)politique
commenter cet article

commentaires

Sylvia Da Luz 28/05/2010 14:41


Lacan te dirait que le peuple a besoin d'un maître et créé ses propres chaînes. Telle est la désillusion démocratique. Nous avons cru qu'ils fallait se libérer du maître pour penser librement,
alors qu'il n'était qu'un alibi pour cacher la réalité: penser fait peur et nous ramène à notre propre manque. Ceux qui savent créer, les artistes, les écrivains, etc n'ont pas peur de ce vide
(quoique...il tentent de le dompter, en tout cas) mais pour la plupart des gens cette incertitude est insupportable. Beaucoup de personnes préfèrent garder l'illusion qu'ils sont opprimés (lutte
des classes), ou qu'ils sont tout-puissants ou complètement impuissants (le capitalisme) parce que c'est tout simplement plus rassurant. Comment sortir de cette situation? Joker! Malgré tout, j'ai
confiance! Je trouve que même si ça ne va pas vite, beaucoup de gens éprouvent l'envie de créer et de s'exprimer, ce qui est pour moi un progrès extraordinaire vis à vis de cette peur.
Bonne journée, Isa!


isa 30/05/2010 21:11



Je suis tout à fait d'accord avec toi. Pour l'optimisme aussi. C'est d'ailleurs parfois difficile de critiquer notre société parce que je pense que nous allons plutôt dans le bon sens (enfin avec
quelques reculs parfois aussi) mais il faut pointer les défauts pour continuer à avancer.


Cela dit, moi aussi parfois ça m'use (ou m'effraie ?) de penser. Je me demande comment on peut faire pour débrancher (?)



Oph 28/05/2010 13:11


Apparemment, de nombreux journalistes sont les premiers à regretter cet état de fait... mais les patrons de presse leur rappellent régulièrement que c'est le sensationnel qui fait vendre, et que
donc, leurs articles de fond, on les casera quand il y aura un trou à combler dans la maquette.
Si l'on y ajoute une vitesse de diffusion de l'actualité qui fait qu'un journaliste est en permanence dans l'urgence, le recul, on n'est pas près de le trouver.
D'où, sans doute, l'émergence récente de blogs de journalistes où ceux-ci peuvent enfin, un peu, poser leur réflexion et exposer les choses sans qu'on vienne les contraindre à faire moins de 5000
signes (parce que le lecteur moyen ne veut pas lire plus) avec un vocabulaire limité (parce que le lecteur moyen n'aime pas devoir regarder dans le dictionnaire).
Question : qui est le lecteur moyen ?
C'est encore une autre paire de manches, ça.


isa 28/05/2010 13:46



En tout cas, je suis contente de voir que je ne suis pas la seule que le sujet turlupine :-)


J'ai beaucoup de regrets pour les vrais journalistes que j'entends en effet se plaindre souvent de la tournure des choses (notamment les journalistes politiques qui n'ont pas fait ce boulot pour
courir derrière Dati et voir si elle torche elle-même son bambin ou pas). J'entends de plus en plus de gens avoir du mépris pour la presse et ça me fait mal au coeur pour tout ceux qui aiment
vraiment leur boulot et doivent assez mal le vivre.


Pour ce qui est du recul, c'est à nous lecteurs d'essayer d'en prendre puisque la presse ne le fait pas, mais c'est très difficile. Quant au "lecteur moyen" je pense que les financiers (parce que
ce sont eux qui décident avant tout) visent un électorat d'une intelligence très moyenne et s'arrange pour ne guère le rendre plus intelligent ou exigeant. Tu as raison il y aurait là matière à
faire des pages et des pages : à savoir quel public on vise et surtout comment on s'arrange pour abrutir les masses et les faire toutes entrer dans ce grand public pas trop exigeant.


C'est d'ailleurs ce qui m'inquiète. Oui, grâce aux blogs et à Internet en général, l'information est de plus en plus libre et variée. À condition de savoir la trier et surtout d'avoir la volonté
de la chercher. On ne s'arrange pas pour donner cette envie au citoyen, on l'abreuve de sa dose de démagogie quotidienne et après on s'étonne de la montée de certains mouvements extrémistes qui
ont toujours fondé leur vote sur la démagogie...



Sylvia Da Luz 27/05/2010 21:09


L'autre jour il ont présenté au journal télévisé une initiative de ce genre avec des enfants (dès le CP je crois). Ce sont des intervenants extérieurs (journalistes) qui viennent faire réfléchir
les élèves sur les infos. Bonne initiative, par contre, comme toujours dans ce genre de choses, un peu expérimentale et localisée. Je suis d'accord avec toi, réfléchir sur les médias et la
communication en général est indispensable pour que notre démocratie le reste.
Je crois tout de même que les gens sont en train de s'approprier la communication au travers des blogs et d'internet qui permet un fantastique interactivité, alternative en plus! (oui, j'ai envie
d'être optimiste aujourd'hui!). Par contre, une fois de plus tu pointes quelque chose de très pertinent, et malheureusement, qui ne va pas s'arranger du côté des médias, si le consommateur le
pousse a aller toujours vers plus de sensationnel et moins de vérité.


isa 28/05/2010 14:06



Une initiative intéressante, en effet. Dommage qu'elle soit si tôt. IL n'est jamais trop tôt pour bien faire, mais je pense que ce serait plus intéressant pour des lycéens, quand ils commencent
vraiment à s'intéresser d'eux-mêmes à ces questions.


Pour ce qui est de s'emparer de la communication, je pense qu'en effet Internet est une chance pour cela. Le problème c'est qu'il faut déjà le vouloir. Ça fait une petite catégorie de gens qui,
en effet, multiplient et trient les informations, et une masse plus importante qui prend ce qu'on lui donne. La rupture entre les deux me paraît de plus en plus importante.


Mais je vais essayer de prendre un peu de ton optimisme et me dire que tout est encore à bâtir avec les NTIC :)



Profil

  • isa
  • Isa, jeune auteur qui parle beaucoup avec les doigts (avatar ©Luis Royo)
  • Isa, jeune auteur qui parle beaucoup avec les doigts (avatar ©Luis Royo)

Paru !

http://www.griffedencre.fr/IMG/cache-200x307/PC_200-200x307.jpgMa première novella est enfin parue !

Vous pouvez découvrir un extrait en ligne.

Disponible en librairie près de chez vous ? Cliquez ici pour le savoir.

Vous pouvez aussi le commander en ligne sur le site de l'éditeur, Amazon et Fnac.com.

Les premiers avis ici !

Un Article En Particulier ?

Archives