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10 mai 2010 1 10 /05 /mai /2010 08:13

Oui, sous ce titre provocateur, je vais oser un parallèle qui l'est tout autant. Parallèle entre deux billets précédents à savoir : le narcotest, fausse solution d'un vrai problème et quand on s'essuie sur le drapeau : abus de censure ou de provocation ? Pour moi, ces deux événements récents se rejoignent par le fait de vouloir nier l'existence d'un problème par l'usage de l'autorité ou de l'interdiction. À ce propos, je pourrais tout aussi bien parler de l'interdiction de la burqa (ou du niqab) mais on va garder cette polémique-là pour une autre fois (voire jamais, tant il est difficile de discuter sereinement de la question).

Dans le cas de cette photo, le problème n'est pas qu'un individu lambda ait, dans le désir de choquer, pensé à salir les symboles de la République. Il y a toujours des gens pour vouloir choquer les bourgeois. La question serait plutôt de savoir pourquoi le jury de la FNAC a eu l'idée de mettre un coup de coeur à cette photo-là. Pourquoi pas le premier prix ? Sans doute ont-ils considéré que la photo n'avait ni la qualité ni l'intelligence nécessaire pour le mériter. Mais le "coup de coeur" signifie bien pour moi qu'ils ont été enthousiasmés par le fait que quelqu'un s'ose à ce coup de pied à nos valeurs. Pourquoi ? Juste après un débat peu constructif (j'aime les euphémismes !) sur l'identité nationale, on est en droit de se poser la question. Les récentes tentatives de ce gouvernement pour redonner vie à un patriotisme moribond ont été d'une maladresse à mon avis fort dommageable. Je pense que quelques personnes en France seraient heureuses qu'on pose la vraie question de l'identité : à savoir comment respecter nos racines, tout en acceptant tout ce que les cultures nouvelles ont apporté à notre pays (et dans notre passé aussi d'ailleurs). Mais, comme souvent, ce gouvernement a voulu prendre les choses à bras-le-corps, par l'autorité. "Vous allez aimer la France, Tudieu ! La France c'est ça !" tout en parlant de discrimination positive, ce qui a réussi à lui aliéner ce même électorat auquel il faisait des appels du pied.

Et face à la polémique du drapeau, quelle réaction ? La censure ? La punition ? Amende et prison, rien ne va plus ! Mais en quoi cela resoudra-t-il le problème de fond ? À savoir pourquoi des gens ont-ils aimé cette photo ? Et on ne parle pas là des jeunes des banlieues facilement stigmatisées dans ce genre d'affaires. Non, non, on parle du jury de la FNAC.

 

Revenons maintenant à la question du narcotest. Ce billet a été un des plus lus depuis que je l'ai rédigé. En jetant un coup d'oeil à mes statistiques, j'ai pu constater que les trois quarts des consultants avaient tapé les mots clés "fausser le test urinaire/fausser le narcotest/truquer les résultats du narcotest/effacer drogue dans les urines/ etc..."

Nous voici donc avec un formidable outil de dépistage en vente libre et la première réaction de nos ados est, en toute logique, de se demander comment trouver un moyen de mentir à leurs parents et d'échapper à cette nouvelle vigilance.

Le témoignage de ce père m'avait particulièrement frappée :

En 2 mots, j’ai décidé de faire du dépistage parce que certaines réflexions de mon fils commencent franchement à me faire peur. A l’entendre, le chite et la cocaine ne sont meme plus des drogues maintenant, et quand j’essaie de lui expliquer qu’il se trompe je passe pour le ringard de service. Dire ce genre de choses à 16 ans, moi je sais bien ce que ça veut dire alors je prends les devants.

Selon moi, les propos de son fils sont déjà une forme d'aveu et je pense que ce père a raison de penser qu'il "sait bien ce que ça veut dire". À savoir : "Oui, Papa, je prends de la coke parce que tout le monde le fait, que c'est normal et que j'aurais l'air d'un con si je faisais bande à part". Son fils n'entend pas son discours sur les méfaits de ces drogues. En quoi le fait de l'obliger à faire le test, rendra-t-il ses arguments plus percutants, hormis de le faire encore plus passer pour "le ringard de service" ?

J'ose croire que ce père en avait conscience puisqu'il disait ensuite n'avoir pas encore utilisé les tests et je tends à penser qu'au moment de le faire, il aura réalisé que ce n'est pas la solution.

Le problème de tout parent dans cette situation est de trouver les arguments qui convaincront son ado que la drogue est mauvaise pour lui. Le narcotest n'est qu'un outil qui nous donne une illusion de contrôle en nous faisant croire que, parce qu'on peut s'imiscer dans l'intimité de notre enfant et l'empêcher de nous cacher quoi que ce soit, on l'empêchera d'agir d'une façon qui nous déplaît. Et quand bien même ? Admettons que nous ayons réussi par des méthodes particulièrement autoritaires, à l'empêcher de consommer de la drogue, viendra un jour où notre enfant sera majeur et libre de prendre ses propres décisions. Lui aurons-nous transmis les enseignements nécessaires pour ne pas sortir du droit chemin ? J'en doute.

C'est là que je reviens à mon parallèle avec le drapeau. On peut essayer de forcer l'obéissance et le respect, mais ne restera-t-il pas quelque part une envie chez les membres du jury de la FNAC de voir des gens s'essuyer sur le drapeau ? Ne restera-t-il pas une envie chez les ados de faire ce qui est interdit ?

À lutter contre les symptômes au lieu de chercher les causes du mal-être, je crains fort qu'on ne fasse qu'enraciner celui-ci plus profond. Au risque de le voir ressortir ensuite sous une forme bien plus dévastatrice...

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Published by isa - dans (a)politique
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commentaires

Ayaquina 11/05/2010 10:48


Tout à fait, c'est incroyable de voir la pression qui plane sur les enfants, comme s'ils étaient venu au monde pour valoriser leur entourage. Ne pas céder à tout ça, c'est d'emblée leur donner la
possibilité de ne pas vivre pour correspondre à une image idéalisée mais plutôt construire leur propre personalité sans écraser les autres. Alors, oui, tiens bon! je crois que notre rôle de parents
est d'être le premier médiateur, entre cette identité naissante et le poid écrasant de la demande sociale.


isa 11/05/2010 11:32



Le phénomène est encore accru par le système de notation scolaire. En notant les enfants, on leur donne l'impression qu'on peut leur donner une valeur absolue (x est meilleur que y parce que ses
notes sont meilleures). En matière de construction de l'individu, c'est déjà un sacré mauvais départ. Les notes scolaires ne traduisent que la capacité scolaire, en aucun cas l'ensemble des
qualités et défauts d'un individu. Hélas, on restreint bien souvent l'enfant à cette seule donnée quantifiable. C'est tellement plus commode.


Quant à "valoriser l'entourage", hélas je crois que tu as dit la phrase clé. Beaucoup de psychologues soulèvent le problème. Depuis que faire un enfant est devenu un choix, ce n'est plus juste un
fait naturel : être parent est devenu un rôle qu'il faut mériter. Et à quoi juge-t-on la valeur des parents ? Aux "résultats" de leurs enfants. Ainsi, en mettant la pression sur les parents,
c'est sur les enfants qu'on la retrouve.


Personnellement, si mes enfants en grandissant sont heureux (autant qu'on puisse l'être ici-bas) et qu'ils tracent leur vie sans faire souffrir les autres (autant que faire se peut ici-bas) voire
en rendant la vie meilleure pour leur entourage (autant que blabla...), je me dirai que je ne m'en suis pas trop mal sortie. Tout un challenge !



Ayaquina 10/05/2010 10:40


Tu viens de donner la définition même du symptôme en psychanalyse: si on ne soigne pas la cause mais le symptôme, celui-ci se déplace, prend une autre forme et en plus de se manifester à nouveau,
il aura, entretemps, vu ses défenses se renforcer pour mieux enfouir le malaise. Il y a un psychanalyste qui a écrit sur la « névrose quotidienne » que j'aime beaucoup qui s'appelle Daniel Sibony.
Dans un de ses livres, il parle de la toxicomanie en disant que l'erreur de traitement médiatique qu'on en fait c'est croire que ce qui fait souffrir un toxicomane c'est la dépendance alors qu'au
contraire c'est son moteur, être relié à quelque chose de façon forte, voire inébranlable parce que c’est le vide qui terrifie la personne qui a recourt à une addiction. Alors forcément à cet âge
où on est en plein deuil des valeurs parentales, s'il n'y a rien, d’un point de vue social, à quoi s'accrocher (et pour peu que l’on soit fragile), la drogue sonnera comme une proposition à portée
de main pour résoudre un problème affectif de fond. Et quelles sont les valeurs sociales valorisées actuellement : réussite, compétence, indépendance. (Au dépend de la gentillesse, de
l’originalité, de la différence). Combien de jeunes peuvent se reconnaitre dans ce miroir qui leur oppose une image idéalisée ? Parce que l’identité, on l’oublie souvent, ce n’est pas seulement un
drapeau que l’on souille où non, mais cette petite chose fragile qui se construit en nous tous les jours, au fil du temps, avec des rencontres, des espoirs, des valeurs collectives ou
individuelles, une culture nuancée par toutes celles qu’on rencontre sur son chemin. Quelque chose qui peut être brisée par le chagrin, l’incertitude… Débattre de l’identité n’est tout simplement
pas possible si on se la représente comme étant figée. Par contre, on peut définir les valeurs d’une identité nationale, mais il me semble que le problème n’est pas de les poser, moi elles me vont
très bien « Fraternité, égalité, liberté ». Le problème est de les appliquer sans faux semblants : et que les gens qui ont été élus pour représenter ce drapeau donnent l’exemple en premier !


isa 10/05/2010 20:02



Merci pour toutes ces infos. Je trouve ça assez rassurant en fin de compte. Peut-être qu'à notre petite échelle de parents, si on arrive à offrir d'autres valeurs plus épanouissantes à nos
enfants, ils pourront échapper à cette pression qui les étouffe.


Mais quand je vois déjà toutes les exigences que l'entourage a pour mes enfants de moins de trois ans (est-ce qu'il parle ? À quel âge il a marché ? Est-ce qu'il est propre ? etc...), je me dis
que ça va être de haute lutte...



Caroline 10/05/2010 09:26


Sans compter qu'une fois le test urinaire positif, qu'est-ce qu'on fait? Le vendeur du test veut bien vous aider à prendre fiston la main dans le sac, mais après faut se débrouiller avec la bombe.
Le savoir ne règlera pas la question et dorgue ou pas drigue, le mieux est en effet à mon avis de chercher à connaître, comprendre ses enfants pour ensuite les aider du mieux qu'on peut à franchir
les obstacles.
Oui, je sais , c'est le monde des shtroumphs.


isa 10/05/2010 20:00



Ça paraît peut-être naïf de parler de dialogue et de compréhension, mais je crois au moins aussi naïf de penser qu'on peut sauver son ado par l'autorité. À 16 ans, on n'est qu'à 2 ans de la
majorité. Je pense que c'est un âge où les interdits autoritaires et les "fouilles" urinaires ne sont plus trop une solution.


Ce qui me désole c'est que je pense qu'il s'agit avant tout d'un procédé commercial qui vise à jouer sur nos peurs de ces ados que nous connaissons si mal. Mais ceux qui nous vendent ça se
moquent à mon avis pas mal des drames que cela peut provoquer derrière.



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  • Isa, jeune auteur qui parle beaucoup avec les doigts (avatar ©Luis Royo)
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