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27 mars 2010 6 27 /03 /mars /2010 09:59
Depuis quelques temps (et surtout avec l'arrivée du numérique), la question du prix du livre et de la rémunération des différents acteurs de la chaîne commerciale du livre est de plus en plus abordée.
J'ai eu une discussion animée sur ce point récemment et j'ai choqué quelques personnes en disant qu'en tant qu'auteur, je serais prête à écrire gratuitement pendant cinq ans si j'avais l'espoir de devenir un jour pro. Certains ont réagi en disant qu'on n'avait jamais vu un ouvrier accepter d'aller sur le chantier pendant 5 ans avant de recevoir peut-être un salaire (la chose restant de toute façon aléatoire). Sauf que ça n'a rien à voir. L'ouvrier engendre des bénéfices pour son patron, il est donc logique qu'il en réclame sa part. Les premiers temps, un auteur est souvent vendu à perte, ou alors les bénéfices sont minimes et il en retire donc une part qui ne lui permet pas de vivre de sa plume.
J'ai entendu ce matin un reportage sur les musiciens dans le métro et la comparaison m'a paru un peu plus légitime que celle avec un ouvrier. Certains grands noms de la chanson (Souchon, Ben Harper...) ont commencé dans le métro et je doute qu'ils y gagnaient beaucoup d'argent. Pourquoi étaient-ils là ? Parce qu'ils avaient viscéralement besoin de faire entendre leur voix et qu'ils espéraient peut-être un jour gagner assez pour se consacrer uniquement à ça. Les témoignages que j'ai entendus des musiciens de métro étaient très proches de mon ressenti en tant qu'auteur. Je continue donc à penser qu'il est difficile de comparer des métiers purement alimentaires avec ces métiers artistiques qu'on exerce par passion et qu'on peut faire sur son temps libre.

Cependant, même si je serais prête à écrire sans gagner d'argent, cela ne signifie pas que je n'apprécierais pas, comme tout le monde, d'être payée à la mesure des efforts fournis. Mais voilà, le marché du livre est ce qu'il est. Les gens n'achètent pas de livres, visiblement parce qu'ils les trouvent trop chers et pourtant le prix n'est pas assez élevé pour permettre à tous les acteurs d'être payés correctement.

J'ai donc écouté avec beaucoup d'intérêt un débat sur France Info qui parlait du prix du livre. Face à face, Serge Eyrolles, président du Syndicat National de l’Edition (SNE) (dont je vous parlais dans un précédent billet) et Emmanuel Delhomme, libraire indépendant à Paris, "Livres-Sterling" dans le 8e arrondissement de Paris. Le premier défendant la nécessité de ce prix élevé et ne le trouvant d'ailleurs pas si élevé que ça, le second disant que c'est le prix trop élevé du livre qui explique que les ventes soient en baisse.
Sans prendre de parti dans cette discussion, quelques points m'ont tout de même intéressée. Le premier étant que le libraire (celui donc qui se plaint du prix excessif du livre) est également celui qui en touche la plus grosse part (10 % pour l'auteur ; 12 à 16% pour l'éditeur ; 35% pour le libraire). Je ne veux pas dire que ce sont les libraires qui sont responsables du prix élevé du livre, mais seulement qu'étant un des postes les plus chers de la chaîne de distribution, ils sont plus aptes que quiconque, normalement, à comprendre pourquoi le prix au final est si élevé. Demander un prix plus bas revient à dire qu'il faudrait diminuer les coûts en amont, mais à quel étage ? Faut-il payer encore moins des gens qui sont déjà payés moins que lui ?
Un autre argument m'a interpelée. Je cite Emmmanuel Delhomme :
l'i-phone, le téléphone portable leur coûte beaucoup d'argent ; et les 20 euros qu'ils avaient avant pour se faire un petit plaisir, ils ne l'ont plus...
Les consommateurs sont donc prêts à payer très chers des gadgets électroniques mais pas des livres. C'est donc davantage une question de choix que de manque d'argent. Est-on sûr que si on baissait le prix du livre, ces fanas d'I-phone, de mp3 et d'écrans plats reviendraient vers lui ? Jusqu'où faudrait-il le baisser pour avoir une chance qu'ils préfèrent un livre à un "DVD à 5euros" ?
Personnellement, je suis partagée sur la question (comme toujours, c'est presque génétique, chez moi). J'ai jeté un coup d'oeil hier pour m'acheter des livres et les poches étaient entre 6 et 14 euros, ce qui m'a paru extrêmement cher à moi qui n'ait pas de téléphone portable ni d'i-phone. J'ai mis ça, une fois de plus, sur la liste de mes futurs cadeaux. Donc oui, pour moi, le livre est trop cher et j'en achéterais plus s'ils l'étaient moins. Mais est-ce le cas de la majorité des consommateurs ? Je pense qu'il ne faut pas mélanger. Il y a d'un côté les gens qui aiment lire et qui oui, sans doute, achéteraient plus de livres si ces derniers étaient moins chers. Et d'un autre, une part de plus en plus importante de la population qui trouvera toujours que le livre est trop cher, même à 4 euros pièce.

Quoi qu'il en soit, ça ne résout pas la question de départ : comment peut-on concilier le fait que tous les acteurs du monde du livre réclament plus d'argent et que le lecteur souhaite des livres moins chers ? Étant moi-même à la fois auteur et lectrice, je me suis amusée à pousser le raisonnement jusqu'à l'absurde pour savoir où irait ma préférence (je ne devrai pas, on se fait toujours taper sur les doigts quand on fait ça). Solution 1 : un monde où tous les livres seraient gratuits et où l'écrivain ferait son boulot bénévolement. Solution 2 : Un monde où le livre serait à un prix exorbitant et où l'écrivain serait payé en fonction. L'avantage du premier cas de figure c'est que l'auteur lui-même réduirait à zéro son poste de dépense livresque qui est généralement assez important. L'inconvénient (majeur !) c'est qu'il devrait aller vendre des i-phone de 9h à 17h cinq jours sur sept pour pouvoir manger, et que sa plume risquerait d'en être affectée. En bref, on pourrait lire plus et plus facilement, mais les auteurs écriraient moins. Mais dans le cas de figure 2, on arrive à des auteurs bien payés mais peu lus et seulement par une élite. À choisir entre les deux, je préfère (de très loin) être beaucoup lue et guère payée ; c'est pour atteindre le lecteur que je suis passée par la case édition, pas pour la fortune (mais c'est peut-être parce que j'étais bien renseignée sur la question dès le départ).
Dans tous les cas, étant donné les inconvénients de ces deux extrêmes, j'espère tout de même qu'on trouvera un juste milieu un jour et une façon de satisfaire tout le monde*.



*À ce propos, je vais essayer d'avoir l'analyse d'une éditrice professionnelle qui a pas mal d'idées sur la question et qui devrait me répondre quand elle aura un peu plus de temps (celui-ci étant la denrée la plus rare pour les éditeurs)

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commentaires

John Peter B. 29/03/2010 00:10


mmm, comment dire ...
À mon avis (oui, autant ne tremper que moi dans ce commentaire qui va faire bondir), il y a deux sortes de livres, deux sortes de marchés du livre, forcément, et deux sortes de clientèle.
- La première, la plus intéressante, celle des auteurs, qui trempent leur plume dans une tentative de création, de prise de risques... Ceux là n'intéresse plus grand monde, et seront donc toujours
trop chers.
- Et il y a ensuite le livre en tant que produit de consommation, la bio de Danielle Gilbert, de Loana, les romans de gare, les livres politiques, consensuels, Dan Brown, etc... finalement, les
meilleurs ventes toutes librairies et grandes surfaces confondues... Là, il y a une clientèle (souvent équipée d'ipodS), et le prix n'est pas très important. La pub est assourdissante, le zombie
achète !

En conclusion, j'enfoncerai une porte ouverte, en disant que écrire gratuitement ne fera pas plus "donner" de livre. (Sauf si tu expliques pourquoi "la ferme-célébrités est un phénomène de
mode-pourquoi-comment-avec photos croustillantes"). Il reste un poignée de lecteurs passionnés, qui font avec leurs moyens mais sont capables de sacrifier des trucs pour un coup de cœur.
Les autres, les "consommateurs", ceux qui achètent le produit que l'éditeur leur vend à grand coup d'opérations commerciales ou marketing ne méritent pas que tu bosses gratuitement parce que ce
n'est pas un style qu'ils veulent, mais, une pseudo-presque-littérature.

(Depuis que j'ai appris que même Churchill avait des nègres pour ses mémoires, prix nobel de littérature, je suis trèèèès amer !)


isa 29/03/2010 01:03


Faut pas être amer.
Même si bon... Des fois, je comprends qu'on puisse l'être. Et oui, tu as très bien résumé la situation. Je poussais la situation à l'absurde avec mon histoire de gratuité parce que même si les
auteurs étaient prêts (et beaucoup le sont) à écrire gratuitement, il resterait les éditeurs à payer, les imprimeurs, les livreurs... Et même si tous ces gens étaient aussi bénévoles, il resterait
le papier, l'essence du livreur, les timbres de l'éditeur... En bref, le livre ne serait pas gratuit. Alors que le lecteur paie pour enrichir Total, la Poste et l'industrie du papier alors que moi
je ne touche rien, ça ne me botterait pas des masses.
Je pense aussi qu'on ne pourra plus rattraper un certain type de consommateurs, c'est pourquoi l'idée de baisser le prix du livre ne me paraît pas la solution ultime. Par contre, j'espère qu'il
n'augmentera pas (enfin pas plus que l'inflation) sinon on risque vraiment de perdre du public.


ClaudeL 27/03/2010 18:55


Non, mais augmenter les campagnes de promotion. Vendre le livre comme tout autre produit. (Re)donner le goût aux gens d'acheter un livre. À l'année, pas seulement lors d'un Salon du livre.


isa 27/03/2010 20:40


Hélas, le marketing coûte cher. De nos jours, c'est ce qui coûte souvent le plus dans la vente d'un produit. Cela augmenterait donc le prix du livre. Et cela suffirait-il à compenser le goût de la
facilité ? Le livre est un loisir qui demande un peu d'effort (sans faire maigrir en plus, un comble !) et la tendance n'est pas à inciter les gens à l'effort intellectuel. Hélas.
Par contre, j'apprécierais un plan un peu semblable à ce que notre Président avait pévu pour la Presse. Quelque chose comme une carte pour les jeunes qui leur permettrait d'acquérir gratuitement
quatre ou cinq livres par an (de 12 à 25 ans, par exemple). Histoire de leur donner le goût de la lecture (parce que tant qu'à l'avoir gratuit, ils auraient des chances de se laisser tenter). S'ils
apprennent à aimer, les vingt euros d'un beau livre ne leur paraîtront plus si chers. Ce n'est que le tarif mensuel des plus bas forfaits de portable.
Mais une fois de plus, j'en reviens à demander de l'argent au gouvernement. Je tends à penser qu'aider les gens à se cultiver et à entretenir leur curiosité intellectuelle le mérite. Mais une fois
de plus, je ne suis pas dans l'air du temps.


claudel 27/03/2010 14:50


Sous-jacente, la question du "marketing". De l'offre et de la demande.Toute la publicité que les entreprises font pour convaincre le consommateur qu'ils ont besoin du i-phone, i-pod, wii,
téléviseur 40 pouces (et même 3D maintenant), cafetière expresso, ordinateur est bien au-delà de la promotion que les éditeurs peuvent faire pour vendre leurs livres. Le bien culturel ne semble pas
être un bien de consommation comme les autres, il est traité comme un luxe.
Ce n'est donc pas à mon avis qu'il coûte cher. Il coûte cher dans la tête des gens parce qu'ils croient qu'ils n'en ont pas besoin. Pas dans l'air du temps. Peut-être même qu'ils sont prêts à payer
pour un livre numérique simplement parce que c'est plus "in", plus techno!


isa 27/03/2010 18:40


Tout à fait. Dans un monde où il faut avoir la dernière technologie à la mode, le livre fait un peu archaïque (ça doit être pour ça que je l'aime autant, d'ailleurs). C'est pourquoi je ne suis pas
d'accord avec l'analyse du libraire. Les gens achètent plus de choses et ont moins d'argent pour les livres, OK. Le livre est un peu cher, plus ou moins OK (pour mon budget en tout cas). Par
contre, je ne crois pas que faire le livre moins cher ramènerait les acheteurs de portable et autres vers le livre. Je crois que le marché du livre aura toujours un public plus limité que le DVD
quel que soit le prix. Ou alors, il faudrait aller à fond dans la gadgetisation du produit et le marketing. Je ne suis pas sûre de le souhaiter.


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  • Isa, jeune auteur qui parle beaucoup avec les doigts (avatar ©Luis Royo)
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Paru !

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