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18 avril 2010 7 18 /04 /avril /2010 12:51

http://www.argemmios.com/backoffice/inc_catalogue/couvertures/heritiers_homere.jpgAyant appris avec joie que la nouvelle La Descente aux Enfers d'Orphée et Eurydice d'Anthony Boulanger était nominée au deuxièlme tour du prix Merlin, j'en profite pour mettre ici l'avis que j'avais donné sur l'anthologie les Héritiers d'Homère parue aux éditions Argemmios.

 

Extraits en lignes ici.


Comme toujours, je vais faire une critique texte par texte. Mais il est important de noter que cette anthologie est également un tout (enrichi d'un glossaire qui plus est). On notera au fil des pages que le choix de l'ordre des nouvelles n'est en rien anecdotique, aussi vous conseillerais-je de les lire dans l'ordre pour profiter de toute la saveur de cet ouvrage.

 

La bouteille, le barbu et le sens du monde, Franck Ferric : Très bon texte, c'est avant tout un excellent choix pour ouvrir cette anthologie. Entrer dans le monde de la magie a souvent un prix, celui de la folie. Au lecteur de prendre garde en feuilletant ces pages, il pourrait y perdre son esprit. Mais le jeu n'en vaut-il pas la chandelle pour ceux qui ne réussissent pas à se satisfaire de notre monde si terne ? 

 

La caverne des centaures mâles, Marie-Catherine Daniel : Un texte qui vaut le détour ! La métaphore du passage à l'âge adulte est très bien rendue, dans un monde qui est pourtant totalement différent du nôtre. L'auteur arrive en quelques pages à nous plonger dans cette culture et à nous faire partager le mal-être de son protagoniste. Les symboles sont nombreux (à croire que les histoires de cavernes ont toujours une haute portée philosophique) et j'ai beaucoup aimé la fin. Seul bémol (rien n'est parfait en ce bas monde) le titre. Ce n'est pas forcément l'essentiel dans un texte mais celui-là n'annonce pas, pour moi, la profondeur du récit. Rien de grave, quoi.

Ces deux textes sur le thème du passage à un autre monde sont une excellente entrée en matière pour l'anthologie.

La mort d'Héraclès,
Claire Jacquet : J'ai tout de suite été emballée en voyant la présentation. Ça fait longtemps que je n'avais pas lu de pièces de théâtre. Donc, je salue l'originalité de l'initiative, d'autant plus dans une anthologie sur ce thème.

Hélas, je n'ai pas réussi à entrer dans l'histoire. C'est très bien fait. L'auteur montre une grande connaissance de l'époque et des mythes qu'elle emploie.
Donc une bonne maîtrise du "En une jour en un lieu, un seul fait accompli..." Hélas, pour ma part le "tienne jusqu'à la fin le théâtre rempli" est moins réussi. Honnêtement, le texte est suffisamment bien écrit pour qu'on le lise vite et il ne m'a pas laissé du tout une mauvaise impression. C'est juste qu'entre Racine et Molière, ça penche plutôt vers du Molière (pour l'humour, je veux dire), et je préfère Racine.
Dans tous les cas, ce texte a parfaitement sa place dans cette anthologie et lui rajoute un gros plus en nous rappelant les racines de ce théâtre qui a laissé son empreinte.


Le syndrôme de Midas, Jess Kaan : J'ai beaucoup aimé le début de cette nouvelle, mais durant ma lecture j'ai trouvé que, même si elle était bien écrite, c'était vraiment une allusion très lointaine aux mythes homériques.
Puis la fin... Ah, la fin !!!!! Magistrale, excellente. J'ai adoré. La dernière phrase, un vrai régal ! Une chute pareil c'est à tomber !
Je m'incline donc : ce texte est au top.
N'ayant donc pas grand-chose à rajouter (en m'inclinant trop bas, je vais finir par cogner le carrelage), j'en profite pour faire un petit hommage à Monsieur Kaan (c'est quand même bien de ne pas attendre le titre posthume pour cela) pour un tout autre texte qui m'avait fait un peu le même effet. Paru aux défuntes éditions de l'Oxymore, Kenshiro's way a été mon texte préféré. Un texte que j'ai relu de nombreuses fois et dont le début bien écrit mais un peu bizarre ne m'avait pas préparée à la fin magistrale qu'il amenait discretos.

Le pacte d'Hécate, Sophie Dabat : Un texte tout à fait dans la lignée des tragédies pleines d'intrigues chères à cette époque. Le style est bien maîtrisé pour nous plonger dans cet univers avec ses éternelles amours impossibles.
Le texte revêt d'autant plus d'intérêt ainsi placé dans l'antho car il donne une dimension supplémentaire au texte suivant.

Aube, Eliane Aberdam : Je vais commencer par le plus gros défaut de ce texte selon moi et qui explique à mon avis une critique assez incendiaire de Bifrost qui l'avait qualifié de "digne d'un Razzie" : les répétitions. Elles sont sans doute  volontaires pour insister sur le côté mélancolique et triste mais je trouve qu'elles sont trop nombreuses. S'il n'y en avait que dans le discours d'Oreste, elle accentuerait sa folie : un personnage qui tourne en boucle parce qu'il est prisonnier de son passé. Mais la narration en comporte pas mal aussi et pour moi, c'est un artifice inutile. Je pense que le texte n'a pas du tout besoin de ça et que l'auteur maîtrise bien assez l'émotion pour ne pas user d'artifice. Certaines images sont magnifiques et très touchantes et se suffisent pour nous faire rentrer dans cette intimité d'une nuit.
Au final, j'ai trouvé le texte très beau, très doux et, étrangement, plein d'espoir. Comme une aube...

Cet éternel orgueil, Nadège Capouillez : Je dois admettre que j'ai dû aller rejeter un coup d'œil sur ces quelques pages pour savoir de quel texte il s'agissait, ce qui trahit le fait que cette nouvelle ne m'a pas beaucoup marquée. Elle est bien écrite et pas désagréable à lire (loin s'en faut), mais il m'a manqué quelque chose dedans.
Je crois que cela vient du fait que je n'ai jamais été vraiment surprise par ce qu'il se passait. Le but était certes de donner une explication à (no spoiler), mais disons que j'aurais bien aimé un peu plus. Le titre lui-même semble annoncer un punition contre l'orgueil, c'est le cas, certes, mais par un personnage qui n'est pas moins orgueilleux et n'en fait que la démonstration.
En fait, je crois que ce qui ne m'a pas accrochée dans ce texte vient de la disproportion entre les dieux et les humains. Mettre en scène des dieux entre eux a son charme. Faire battre des dieux par des humains aussi. Mais dans le cas contraire, la disproportion est telle que la lutte ne revêt plus grand intérêt pour moi (j'ai trouvé le même défaut à un autre texte plus loin).
Cela dit, le texte ne manque pas de qualités et il est tout à fait dans la tradition homérique (l'orgueil puni par les dieux, etc...) sans compter qu'il fait preuve d'une bonne connaissance de l'époque. Ce n'est juste pas mon genre.

Prisonnier de son image, TK Ladlani : Une très bonne adaptation du mythe de Narcisse, à laquelle je ne ferais qu'un petit reproche (mais toujours pour une question de goût personnel). J'aurais préféré une fin moins « magique. » Ce n'est pas trop la ligne d'Argemmios alors c'est plutôt moi qui suis à côté de la plaque. Mais le texte est si bien maîtrisé, les sentiments des personnages si bien rendus, que j'aurais préféré une vraie « critique sociale » avec la réaction d'un homme face à ce qui lui arrive sans intervention de la magie. Néanmoins le texte reste excellent ainsi.

Mayday, Jeanne-A Debats : Un texte court, dérangeant, qui a induit chez moi le sentiment que, je pense, il était censé induire. Je n'en dis pas trop pour ne pas spoiler (sur un texte si court, c'est dur), mais les mots sonnent juste, le rythme est très bon et le « jeu de mots » est très bien trouvé.
Chapeau, donc.

L'esprit de l'Hellespont, Olivier Boile : Encore un bémol sur ce texte (je suis une chipoteuse maladive) : je l'ai trouvé trop court. Le début, l'allusion aux fiançailles refusées (avec le symbole de la bague), les rêves, etc... m'a fait espérer un approfondissement plus important de la relation entre le Grand Roi et Hellespont. Je suis restée un peu frustrée que cette relation ne soit pas plus développée. Du coup, le texte m'a ait l'effet d'un apéritif auquel il manquait quelque chose et qui se terminait trop vite.
Cela dit, je me suis surprise pendant les quelques jours qui ont suivi à avoir l'image finale en tête, comme une grande fresque historique cinématographique avec une chute silencieuse et impressionnante.
Je ne sais pas du tout comment l'auteur a réussi à faire naître toutes ces images, ces couleurs dans mon imagination (il ne m'a pas semblé que ça débordait de descriptions) mais le texte m'a bien trotté en tête, en tout cas.
Et la dimension historique lui rajoute un intérêt supplémentaire. Un bon texte donc, malgré ce « défaut. »

Nyctalê de Samothrace, Fabrice Chotin : J'ai beaucoup aimé ce texte (oui c'est court, mais je ne sais plus quoi dire).

Le chêne et le Tilleul, Charlotte Bousquet : Un petit texte romantique bien dans la lignée des légendes, également. Pas mon préféré, mais un beau texte tout de même.

L'Hospitalier, Yan Marchand : J'ai eu le même problème avec ce texte qu'avec celui de Nadège Capouillez. C'est bien écrit, chaque épreuve est bien pensée, mais j'ai plus de mal à rentrer dans l'histoire quand tout est écrit d'avance. D'autant qu'on annonce la couleur dès le passage d'Athéna (je crois que c'est cette phrase en fait qui a gâché mon plaisir).
Mais bon, c'est toujours une question de goût. Je pense que mon mari qui a beaucoup aimé la novella du même auteur et qui aime les films d'horreur désespérés où on sait que personne ne s'en sortira à la fin, aimerait beaucoup ce texte. Pour ma part, il m'a manqué une petite lueur d'espoir.

La descente aux Enfers d'Orphée et Eurydice, Anthony Boulanger : Une transposition très bien pensée du mythe, avec une problématique bien réelle (la difficile compatibilité entre l'amour et l'épanouissement personnel). J'ai attendu tout au long du texte de savoir quelle serait la raison pour laquelle Orphée ne devrait pas se retourner et la conclusion ne m'a pas déçue.
Un autre petit souci : la toute dernière phrase. Je pense que le texte se suffisait à lui-même sans que l'auteur ait besoin de prendre la main du lecteur pour lui expliquer son message.
Mais ça reste un excellent texte.

Pierce's track : the Maid & the highway, Nicholas Eustache : Ce texte est excellent. J'ai accroché au héros dès les premières lignes. Le style est fluide, très agréable. Et toute la quête est très bien adaptée. Je salue au passage le travail de l'anthologiste qui a placé ces deux textes à la suite et permis une belle continuité sur le mythe d'Orphée. J'ai trouvé que l'explication du fameux demi-tour d'Orphée était encore meilleure que dans le texte précédent. Vraiment poignante.
Un de mes textes préférés.


Les sept derniers païens, Romain Lucazaeau : Je dois avouer que j'ai eu un peu de mal avec ce texte. Pour être plus précise, avec le style de ce texte. Je ne sais pas expliquer pourquoi. Question de musicalité des phrases peut-être ? Des passages entre passé composé et présent qui ne me paraissait pas toujours très fluide, des retours à un langage très familier qui ne collaient pas à d'autres paragraphes du texte.
J'ai dû relire parfois certaines phrases dont la construction ne me paraissait pas évidente.
C'est dommage, l'histoire est sympa (sans être d'une originalité absolue), elle se place bien dans la fin de l'anthologie. Et certains passages sont d'une simplicité qui rend le héros attachant (des phrases toutes simples comme son « Je suis perdu » final qui résume tout). Le combat avec le centaure est très bien rendu au début (la majesté de l'adversaire, sa puissance) mais sur la fin, il y a à nouveau cette cassure. Comme si l'auteur avait voulu faire un langage très parlé pour rendre son mercenaire crédible mais qu'il n'avait pas réussi à se défaire de son envie de faire des belles phrases. Le tout donne un résultat assez inconstant.
Il faut admettre que son emplacement ne l'a guère aidé dans mon cas parce que les deux textes l'entourant plaçaient la barre très haut.

Sémélé, Philippe Guillaut : Je suis surprise que ce texte n'ait pas suscité plus de commentaires. Il est affreux... affreusement magnifique. Poignant, douloureux. Sans doute le texte qui m'a le plus remuée de l'antho. Je comprends qu'il ait pu surprendre car la relation avec le mythe de Sémélé est purement métaphorique. Certains anthologistes l'auraient écarté de base, le considérant comme hors-sujet. Je suis contente qu'il n'en ait rien été parce que pour moi, ce texte est un petit bijou de poésie cruelle.

Firestarter, Céline Brenne : Après le choc du texte précédent, je n'ai pas pu apprécier ce texte à sa juste valeur. Cependant il reste très bien écrit et conclut bien l'anthologie...


Attention spoiler

_________

sur l'image d'une renaissance dans le sang de tous ces mythes que nous avons parcourus.

__________


Au final : Une anthologie qui réussit à offrir un grand choix de textes très différents. Si tous ne m'ont pas autant plu, chacun méritait sa place et je ne doute pas qu'il y en ait eu pour tous les goûts.
Je salue particulièrement l'ordre qui a été choisi et a permis aux textes de se répondre ou de se compléter. J'ai également apprécié le début et la façon dont on nous immergeait dans cette magie. Puis la fin qui, après nous avoir fait connaître la mort des dieux nous délivre le message suivant : rien ne meurt jamais vraiment et l'âme des dieux païens continuera toujours de faire battre le cœur de la terre et de ceux qui savent se mettre en harmonie avec elle.
Je remercie Argemmios pour cette plongée dans les mythes et ce moment de lecture et attends avec hâte leur prochaine anthologie.

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commentaires

Jess Kaan 19/04/2010 18:26


Ca se mesure après la mort, quelques siècles après donc il vaut mieux ne pas savoir...


Jess Kaan 19/04/2010 12:04


1m78 : grand auteur, je ne sais pas ! Jess.


isa 19/04/2010 16:54



Question pour un prochain billet : quelle taille faut-il faire pour être un grand auteur ?



Fabrice 19/04/2010 01:48


J'ai beaucoup aimé ta critique. ;-)


isa 19/04/2010 11:47



lol


Désolée pour le commentaire très concis. Tu as de quoi te sentir floué.


J'ai énormément aimé la nouvelle Nyctalê de Samothrace, à tel point que je n'avais aucun bémol à exprimer. J'ai aimé l'ambiance, l'histoire, le personnage central, tout... Du coup, je me suis
trouvée à cours d'arguments ^^



Lucie Chenu 18/04/2010 17:07


Aucune obligation de venir procrastiner sur facebook, et puis tu vois, je fais directement venir les gens chez toi ;-)
Laissez moi faire les présentations : Jess, je te présente Isa, une de mes Femmes de l'Etrange, Isa, je te présente Jess, celui qui m'a remplacée chez Horrifique ;-)


isa 19/04/2010 11:49



Merci pour FB et pour les présentations.


Je prendrais juste la peine de redire ici ce que j'avais dit sur le forum d'Argemmios, à savoir que c'est la nouvelle "Kenshiro's way" qui m'a donné envie d'écrire des nouvelles. Avant, je
trouvais que les nouvelles étaient un peu courtes pour que je puisse m'impliquer dedans. Kenshiro's a été ma première claque novellistique. Et je me suis dit "si j'arrive à toucher un lecteur au
moins une fois comme ce texte m'a touchée, alors ça vaut le coup d'écrire" ^^



Jess kaan 18/04/2010 15:31


Tout l'intérêt des mythes, c'est de se les réappropier, merci pour votre critique Mdame ! :-)


isa 18/04/2010 16:59



Wahou ! Un passage de M. Kaan sur mon blog ! Merci beaucoup d'avoir laissé un commentaire !



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  • isa
  • Isa, jeune auteur qui parle beaucoup avec les doigts (avatar ©Luis Royo)
  • Isa, jeune auteur qui parle beaucoup avec les doigts (avatar ©Luis Royo)

Paru !

http://www.griffedencre.fr/IMG/cache-200x307/PC_200-200x307.jpgMa première novella est enfin parue !

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Les premiers avis ici !

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