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12 avril 2010 1 12 /04 /avril /2010 08:56

Suite à l'affaire de cette blogueuse dont je vous ai déjà parlée en long en large voire de travers, j'ai découvert une initiative dont je n'avais pas du tout entendu parler jusqu'ici :

Quand les éditions Alphée mettent en place, avec d'autres maisons (dont les éditions Baudelaire, chapeau, parmi d'autres maisons tout de même plus sérieuses, logiquement) un partenariat avec Livraddict, la logique est simple : envoyer un livre mystérieux à un blogueur qui s'est inscrit et qu'en échange de cette gratuité, il rédige une chronique.

Source : Actualitté

Et ce phénomène qui semble donner au blogueur le rôle de critique m'a donné envie de faire un billet.

Ma question première est : dans quel but ? Le principe est le même que l'envoi d'un SP à un critique alors pourquoi ce choix-là ?

Cela m'a amenée à me demander ce qu'était exactement un critique et si le blogueur pouvait tenir ce rôle. Après avoir cherché diverses définitions dans le dictionnaire, il semblerait que le critique se distingue par le fait que c'est son "métier" ce qui nous renvoie à ce vieux débat : qu'est-ce qui sépare le professionnel de l'amateur ? La paie ? Le sérieux ? Les références ? La question agite le microcosme SFFF depuis des années. À partir de quand devient-on un éditeur pro ? À partir de quand peut-on se considérer comme écrivain et non plus comme simple auteur dilettante ? Voilà qu'aujourd'hui la question arrive dans le monde de la critique aussi. Personne ne sera donc épargné.

Je n'entends pas donner une réponse absolue à une question qui agite le monde littéraire depuis aussi longtemps que les philosphes s'interrogent sur la question de l'oeuf ou de la poule : à savoir qu'est-ce que le professionnalisme ? Je me contenterais de donner mon avis (humble de blogueuse) sur la question que je pose aujourd'hui. Ce qui pour moi différencie une critique d'un avis de blog, c'est la compétence. Un blogueur entend seulement donner un sentiment, un critique est censé, s'il fait bien son travail, avoir un "avis" argumenté et un bagage culturel suffisant pour le tenir. Un blogueur peut s'extasier sur un roman étiqueté SF alors qu'il ne sait même pas qui est Asimov, un critique non.

Ma première réaction est donc de me dire que, peut-être, les éditeurs cherchent des "critiques" plus proches de l'avis d'un lecteur moyen. Si je ramène ça au monde du cinéma, je vous avouerai que bien souvent, je me fie davantage à l'avis du public qu'à celui des critiques, ces derniers étant souvent friands de films abscons voire malsains (opinion que j'ai eu par exemple sur Lune de Fiel). Il y a une tendance de l'intelligenzia culturalis à juger selon des critères tellement élististes qu'ils mettront en avant des films que personne ne peut comprendre ou apprécier, simplement parce que cela prouve leur supériorité intellectuelle d'en avoir tiré cette substantifique moëlle qui échappera au commun. Le résultat c'est que l'avis du public est souvent en décalage avec la critique et que les gens se fient plus facilement à l'avis d'un pote pour aller voir un film (et donc, en l'occurrence des potes virtuels qui peuplent la toile) qu'à celui des critiques. Donc, en touchant les blogs, on pourrait toucher la masse, ce qui offre de plus gros bénéfices que quelques intellectuels (espèce en voie de disparition s'il en est).

Dans le microcosme de la SFFF, la multitude de "critiques" de magazines, de fanzines, webzines, etc... permet d'échapper à ce phénomène. Nous sommes face à un réel milieu de passionnés qui font des critiques argumentés, sans que leur but soit de prouver leur intelligence supérieure sur le commun. Peut-être justement parce que ce milieu fait participer le net depuis longtemps et pas seulement des critiques payés à l'égo disproportionné sous prétexte qu'ils passent à la télé. Peut-être le milieu de la "blanche" était-il beaucoup plus fermé. Peut-être certains éditeurs ont-ils voulu revenir vers le public par le biais des blogs. Je veux le croire en tout cas et ne pas mettre tout le monde dans le même sac.


Hélas, on ne peut pas nier que quelques arrière-pensées se soient cachées derrière la démarche d'envoyer des "SP" à des blogueurs plutôt qu'à des critiques. Par principe, le blogueur a des chances d'être moins exigeant et aussi de se laisser influencer par cet acte de "générosité" pour atténuer sa critique.

Visiblement un certain nombre d'éditeurs ont compté sur ce point ; c'est en tout cas ce que semble démontrer l'affaire de Cynthia, mais également plusieurs affaires plus graves relatées dans ce billet de Scriptural : coup de téléphone à une blogueuse pour l'obliger à retirer une critique négative, réactions virulentes et agressives... Visiblement, certains (et j'insiste sur ce point, rien ne dit que ce soit les cas de tous les intervenants) se sont lancés dans cette entreprise uniquement pour avoir de bonnes critiques "faciles". Mais il y a un point qu'ils n'ont pas pris en compte : un blogueur influent dans le monde littéraire (entendons par là quelqu'un qui fait des billets assez intéressants pour avoir des lecteurs) a ce minimum de bagage culturel qui lui permet de ne pas s'extasier niaisement devant tout roman écrit à peu près en français. Et ils font preuve d'une honnêteté intellectuelle suffisante pour l'exprimer (généralement avec plus de répartie que leurs détracteurs).

Ces éditeurs qui sont allés chercher des "avis" des blogueurs sont les premiers à leur reprocher de ne pas être des critiques avérés quand leur chronique n'est pas positive. Mais s'ils voulaient des critiques, pourquoi diable être allés chercher des blogueurs ?

Si nous reprenons la réponse faite par l'éditeur "éditeurs et auteurs associés" à Cynthia, nous noterons qu'elle n'est pas exempte d'une certaine mauvaise foi. Ils accusent tout d'abord la blogueuse d'avoir qualifier leur auteur de mauvais, alors qu'elle a bien précisé que "ce livre n'était pas foncièrement mauvais, mais définitivement pas pour elle". Je relève également cet argument : "Pourquoi aurions nous publié un texte qui en littérature aujourd'hui ne rapporte pas de l'argent mais au contraire pénalise souvent financièrement l'éditeur ?" qui me paraît particulièrement peu défendable de la part d'un éditeur qui appuie son financement sur des souscriptions et qui donc ne prend quasiment aucun risque financier (et je reviendrai d'ailleurs dans un prochain article sur cette initiative). À partir de là, l'ensemble du plaidoyer perd en crédibilité.


Au final, je trouve que ce genre de comportements jette un sacré discrédit sur une initiative dont je ne saurais pas dire si elle était louable ou non. Je déplore peut-être avant tout qu'une partie des critiques ait perdu son contact avec le public, d'une façon que je raprocherai un peu de la Presse qui se voit également préférer de plus en plus les blogs. Mais cela fera l'objet d'un autre article.



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Published by isa - dans Internet
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commentaires

Lael 20/09/2010 23:24


Bien juste tout ça ! C'est ce qui est magique avec internet dans le fond. Malgré les "magouilles" déguisés, non seulement tout le monde y trouve son compte, mais avant tout la culture circule et
est accessible à tous.

Comme tu dis, c'est la fin des critiques "de la haute". Et c'est tant mieux lol

Reste que l'impact de la tv n'est pas à négliger, elle n'a pas l'air de diminuer malgré l'explosion d'internet. Et tant que le lobbing économique et politique dirigera la tv, elle restera un outil
majeur pour la société d'imposer sa loi et sa culture, quoi qu'on dise.
Enfin heureusement, on a cet espace de liberté qu'est le net XD Je suppose qu'avant le net, on expliquait sa propre vision des choses, et sa révolte, par les journaux amateurs et autres zine. Les
temps n'ont pas tellement changés, c'est plutôtles moyens qui ont évolués. Bien qu'internet me semble avoir plus de poids dans notre monde, et donc représente un concurrent sérieux à l'ordre
établis lol Bon avant que je me mette à appeler à la révolution j'vais arrêter là XD lol

Au passage, rien à voir : un échange de liens entre nos blogs ça te dis ? Je t'enverrai bien un mail par "contacter le blogueur", mais sur un autre blog ça n'a pas marché, la blogeuse n'a jamais
reçut mon message !


isa 21/09/2010 09:10



Je t'envoie un mail pour en parler. Dis-le-moi s'il ne te parvient pas.



caliban 13/04/2010 10:41


oops. rien qui _s'applique_ ici !


caliban 13/04/2010 10:40


Isa> une définition qui dirait que pour se considérer comme "critique"
Isa> il faudrait être un éminent spécialiste ou quelque chose du genre.

Une définition de ce genre supposerait une instance capable d'établir l'éminence d'un spécialiste donné (ou son "professionalisme", ou ce que tu voudras). Ca peut donc à la rigueur être une
définition administrative ou légale, mais rien qui s'explique ici, "critique" étant un terme établi dont on ne saurait revendiquer l'exclusivité (au contraire d'un néologisme ou d'une marque,
susceptibles d'être déposés).

Isa> le vrai but de la manoeuvre soit de se faire juger par des gens qui
Isa> n'oseraient pas dire du mal et qui, s'ils le font, sont facilement impressionnables

Le vrai but de la manœuvre est de gagner des sous. En ce qui concerne les intermédiaires, cela peut supposer d'utiliser ceux qui sont utilisables, d'acheter ceux qui sont achetables et, pourquoi
pas, d'impressionner les plus impressionnables...


caliban 12/04/2010 20:57


Isa> me demander ce qu'était exactement un critique

Uh... Celui qui s'adonne à la critique !
(i.e. : qui juge des ouvrages d'esprit ou d'art).

Emile Littré, qui est parfois très vilain, s'amuse à citer papy Boileau en exemple d'emploi :
« Quoi ! ce critique affreux n'en sait pas plus que nous ! »


Isa> et si le blogueur pouvait tenir ce rôle.

Je ne vois pas où est ton problème. Un blogueur qui
pratique la critique est un critique. Je ne sais
pas si c'est un rôle, mais c'est une définition !

Isa> il semblerait que le critique se distingue par le fait que c'est son "métier"

Là, tu restreins ton propos au "critique professionnel". S'il en est.


isa 13/04/2010 09:07



Sur la définition de critique, il y en a plusieurs, dont certaines qui, en effet, ne parlent que de "celui qui exprime une critique". Mon propos en allant chercher ces définitions était justement
de savoir s'il y en avait une qui empêchait qu'on donne ce statut à un blogueur. Par exemple une définition qui dirait que pour se considérer comme "critique" il faudrait être un éminent
spécialiste ou quelque chose du genre. Je n'ai rien trouvé de tel et donc, en effet, le blogueur peut être un "critique" sauf au sens "métier". Mais de nombreux sites actuellement font office de
critiques sans que ce soit le "métier" (celui qui est noté sur la fiche d'impôt) des intervenants donc oui, le blogueur peut être un critique au même titre que ces gens.


Mon problème ensuite n'est ni plus ni moins que celui que je pose tout au long de ce billet. À savoir pourquoi des éditeurs choisissent cet avis-là, généralement moins argumenté et qui ne se
trouve pas sur un site dédié (plus facilement trouvable). J'ai soulevé l'idée que cela venait peut-être d'une envie d'être jugé par "des gens comme tout le monde" et non pas par "des
spécialistes" souvent plus royalistes que le roi. Mais certaines réactions récentes (que je cite) me font craindre que le vrai but de la manoeuvre soit de se faire juger par des gens qui
n'oseraient pas dire du mal et qui, s'ils le font, sont facilement impressionnables (du moins certains le pensaient-ils).


Donc la question finale est de savoir pourquoi on veut ouvrir le monde de la critique au blogueur et s'il ne s'agit pas davantage de viser une pub gratuite qu'une vraie critique.



Eres 12/04/2010 11:37


Bonjour,

Il n'y a pas que dans l'édition que l'on fait appel aux blogueurs. Certains géants comme Danone le font également. Il me semble évident qu'il s'agit avant tout d'une logique commerciale (pardon
pour cette vision un peu noire des choses...). Comme tu le dis, un blogueur, c'est gratuit (ça ne coûte qu'un livre), et ça permet de relayer le message, faire parler du produit. Pardon, du
bouquin. Hormis quelques blogueurs plus influents que les autres, le risque de la critique négative n'est qu'un faible risque. Ce qui compte, ce sont les blogueurs placés en chaîne, ou plutôt, leur
lectorat ainsi additionné. Un blog et son lectorat isolé n'est pas ce qui intéresse. Le principe est la multitude. Il s'agit à mon sens de communication et de communication "gratuite". Ce n'est pas
un hasard si les blogueurs sont de plus en plus sollicités pour "vendre" et "faire vendre" (bien qu'il s'agisse en réalité de "faire parler de"). Grâce aux blogs, véritable toile déjà tissée, on
améliore le référencement, la visibilité du bouquin sur le net, on donne de la visibilité, etc. Disons que tant que l'auteur ne s'en mêle pas en insultant les blogueurs qui produisent des critiques
n'allant pas dans son sens, il n'y a pas de soucis... Le risque de la critique négative sur base de lecture du bouquin est un faible risque, parce que le blogueur qui la produit n'a qu'une
crédibilité limitée, crédibilité à laquelle sont sensibles ses fidèles lecteurs, mais pas forcément le quidam qui, au détour d'un mot clef tapé dans google, tombera sur plusieurs critiques et
plusieurs blogs, certains positif, d'autres négatifs vis à vis de l'ouvrage.

Il s'agit toujours d'une histoire de rapidité de transmission d'informations. Pour mettre en lumière quelque chose dont on souhaite faire parler, les blogueurs sont une aubaine...


isa 12/04/2010 20:28



Je suis d'accord avec tout ça.


Nous sommes dans le monde de la communication. Celui qui en ressort le mieux tend à être celui qui sait le mieux se vendre. Parfois, je trouve que ça fait peur O_O



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  • isa
  • Isa, jeune auteur qui parle beaucoup avec les doigts (avatar ©Luis Royo)
  • Isa, jeune auteur qui parle beaucoup avec les doigts (avatar ©Luis Royo)

Paru !

http://www.griffedencre.fr/IMG/cache-200x307/PC_200-200x307.jpgMa première novella est enfin parue !

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Les premiers avis ici !

Un Article En Particulier ?