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18 mars 2010 4 18 /03 /mars /2010 08:05
D'où vient la vocation de l'écrivain ?
Je ne sais pas pour les autres, mais pour ma part, de tout. Hier soir, juste avant de dormir, j'ai dit quelques mots à mon mari sur un bête sujet d'actualité et alors que j'éteignais la lumière l'idée d'un nouveau roman a commencé à me hanter. Comme toujours, impossible de dormir, les phrases se bousculaient dans ma tête avec l'impression de laisser filer quelque chose de génial. Bon, sur ce dernier point, la chose est assez discutable. Les quelques rares fois où je me suis levée nuitamment pour mettre sur papier le fruit de mon esprit en ébullition, je me suis rendu compte au révéil que la part entre le génie et l'indulgence de mon cerveau ensommeillé n'était pas à mon avantage. Mais cela ne change pas grand-chose au fond du problème : j'écris parce qu'un jour où je n'ai pas posé quelques lignes sur le clavier équivaut à une nuit d'insomnie.
Si je vous parle de ça aujourd'hui c'est parce que je m'aperçois que le conseil le plus utile que j'ai reçu en commençant à écrire ne parlait ni de typographie ni d'appel à textes, ni de soumission ou de mise en page... Quand j'ai voulu me lancer dans "l'écriture destinée au public" (c'est-à-dire franchir le cap qui consiste à écrire des histoires complètes, avec un début, une fin, un monde bien bâti...), quelqu'un m'a dit qu'il fallait que je prenne conscience qu'il fallait être maso pour écrire. On passe des heures et des heures à écrire avec une proportion de chance énorme de n'aboutir à rien. Si on veut vraiment progresser, on doit se faire corriger non pas par des amis indulgents qui vous encourageront en s'extasiant sur le moindre de vos mots, mais par des gens qui critiqueront sans hésiter des choses que vous avez livrées avec beaucoup de passion. On laisse quelqu'un entrer dans une part de son jardin secret et il va commencer à dire que le parterre de fleurs est de mauvais goût, que la glycine n'aurait pas dû être plantée là, que le mobilier de jardin n'est pas assorti... Ça a l'air assez rigolo comme ça, mais je peux vous dire que la première fois, ça fait assez mal.
Puis vient la sélection, la probabilité très importante d'un refus, voire de plusieurs quand on a le courage de persévérer. Et si on a la chance d'être pris ? Rien. Beaucoup de boulot de correction, et au final presque rien à gagner en salaire et en notoriété. Et les critiques à gérer. Ceux qui ont aimé votre livre seront loin de le dire tous. Ceux qui ont détesté le diront bien plus souvent (une façon de se soulager sans doute). Et puis surtout, vous aurez tendance à oublier la plupart des compliments face à une critique un peu acerbe.
Si je partage cela avec vous aujourd'hui, ce n'est pas pour vous décourager, mais parce que, sincèrement, je pense que ce premier conseil qu'on m'a donné m'a vraiment beaucoup aidée à avancer. Tout d'abord parce que j'étais mieux préparée, mais aussi parce que face à l'échec, je me suis souvenue que ce n'était pas moi qui étais en cause, mais ce monde-là qui était dur pour tout le monde.

Aujourd'hui, je voulais faire un article sur "Par où commencer ?" Eh bien je pense qu'avant de vous parler AT, soumission, etc... il est bon de commencer par là. Demandez-vous pourquoi vous voulez devenir écrivain.
Si c'est pour la célébrité, laissez tomber. Vous n'avez presque aucune chance et même si vous y parveniez, aucun auteur n'atteint une célébrité égale à celle de métiers qui demandent beaucoup moins de temps et d'investissement personnel.
Si c'est pour l'argent... Hum, comment dire ? Je vous conseille tout autant de changer de plan de carrière. Certains me diront que je suis défaitiste et qu'il n'est pas normal qu'un auteur ne gagne pas sa vie par son travail. Certes. J'aimerais bien, moi aussi. Mais la vérité du marché actuel est que le livre ne rapporte pas beaucoup d'argent, sauf quand il se vend très bien, ce qui n'est pas le cas des jeunes auteurs. Et dans notre système économique, on ne gagne de l'argent que si on en rapporte. Donc, en l'état actuel des choses, écrivain est un métier qui a fort peu de chances de vous faire vivre. Et si cela devait être le cas, ce ne serait pas avant de nombreuses années.
Si c'est pour la reconnaissance, je vous conseille aussi de laisser tomber. Parfois, les gens qui écrivent le font parce qu'ils manquent d'assurance. Ils espèrent trouver enfin une voix par laquelle s'exprimer à travers leur clavier. Ceux-là ont toutes les chances d'être brisés par le système. Il y a une part de chance dans le fait d'être édité. Tomber sur une maison qui a fait le choix actuellement de laisser leur chance aux jeunes auteurs, avoir écrit dans le créneau qui leur convient, ne pas tomber un jour où celui qui vous lit est de mauvais poil parce qu'on lui a bousillé son aile sur un parking... Comme tout art, la qualité de l'écriture est subjective. Votre manuscrit n'a pas une valeur absolue qu'on peut noter. Pour s'en convaiuncre, il suffit de regarder le nombre de manuscrits refusés par de nombreux éditeurs avant d'être finalement choisis et bien accueillis par le public et la critique. Ne basez donc pas toutes vos attentes et la réussite de votre vie sur quelque chose qui reste très aléatoire.

Pour finir, il n'y a que deux raisons d'écrire selon moi : aimer raconter des histoires et avoir besoin de reraconter le monde autrement. Les deux peuvent parfois se rejoindre. Dans tous les cas, elles partent d'une même racine : pour écrire, il faut aimer ça. Aimer juste l'exercice en soi et accepter l'idée que même si ça n'ira jamais plus loin, on n'aura pas perdu son temps. C'est la seule chose qui vous permettra d'avoir la volonté nécessaire pour ne pas vous décourager et peut-être arriver quelque part.

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commentaires

Caroline 18/03/2010 20:39


Je crois que mes motivations pour écrire ne sont plus les mêmes qu'au début. Avant, j'écrivais des histoires que j'aurais eu envie de lire. Maintenant, je préfère écrire (quand j'écris, c'est à
dire rarement) sur des sujets qui me touchent. Une envie de parler des choses que je n'aime pas dans notre monde. Je crois que les motivations changent selon ce qu'on vit. Et c'est intéressant,
c'est une preuve de notre humanité, de notre évolution dans un sens ou l'autre. Rien n'est immuable.
(Et Isa, ça m'est déjà arrivé de ne pas arriver à dormir à cause d'une idée qui me trotte dans la tête au moment où le marchand de sable devrait passer...)


isa 18/03/2010 21:34


" Avant, j'écrivais des histoires que j'aurais eu envie de lire. Maintenant, je préfère écrire [...] sur des sujets qui me touchent. Une envie de parler des choses que je n'aime pas dans notre
monde."
Même chose pour moi.


ClaudeL 18/03/2010 17:31


Syl a soulevé un point: écrire ce qu'on aurait voulu lire, ce qu'on voudrait lire. Il faut également écrire ce qu'on aime lire. Je crois que c'est Mary Higgons Clark qui a dit d'aller voir ce qu'il
y a dans notre bibliothèque et d'examiner ce qu'on lit. Dans mon cas des biographies, des tranches de vie. Pas de "fantasy" pas de policiers. Juste la vie.


syl 18/03/2010 17:28


Scuse, p'tite faute d'inattention :
"Maintenant, je pense qu’il y a autant de raisons d’écrire qu’il existe d’écrivains… "


syl 18/03/2010 17:27


« Je pense qu'on a souvent "envie" de raconter des histoires. Mais pour ce qui est de rebâtir ce monde cela part plus souvent d'un "besoin", né du refus de celui que l'on a. Mais je peux me tromper
;) »

Nan, sur ce point là, je ne suis pas d'acc ;)
D'après mon expérience perso, c'est seulement parce que je n'avais pas trouvé dans mes nombreuses lectures un petit quelque chose que j'avais envie d'y lire que j'ai écrit ma propre histoire.
Je n’ai pas voulu réinventer « mon monde », ni autre chose d’ailleurs, juste écrire une histoire qui me ressemblait et dans laquelle je pouvais me projeter.
Maintenant, je pense qu’il y avoir autant de raisons d’écrire qu’il existe d’écrivains…


isa 18/03/2010 19:16


C'est bien ce que j'appelle "aimer raconter des histoires" pas au sens "être mythomane" ^^
Je pense que tu fais partie de cette catégorie de personnes qui avaient une histoire à raconter et l'ont fait. Je fais partie de ces gens qui ont besoin de recréer le monde.
C'est pour ça qu'il y a un "ou" dans ma phrase et deux raisons principales d'aimer écrire.
Et oui, je suis tout à fait d'accord avec toi et Claude L. Je pense qu'on écrit parfois les histoires qu'on aurait voulu lire.


syl 18/03/2010 12:45


"Pour finir, il n'y a que deux raisons d'écrire selon moi : aimer raconter des histoires et avoir "beoin" de reraconter le monde autrement."

Ou tout simplement l'envie, non ?... ;)


"Dans tous les cas, elles partent d'une même racine : pour écrire, il faut aimer ça."

C'est préférable, en effet, ou alors faut être sérieusement malade. ^^


isa 18/03/2010 13:01


Je pense qu'on a souvent "envie" de raconter des histoires. Mais pour ce qui est de rebâtir ce monde cela part plus souvent d'un "besoin", né du refus de celui que l'on a. Mais je peux me tromper
;)
Pour ce qui est d'aimer ça, je veux dire que ce doit être la première raison. Pas espérer être riche ou célèbre et se dire qu'on va passer par là parce qu'on aime bien. Mais le faire avant tout
parce qu'on aime ça et après seulement voir ce qu'on peut en retirer (simplement parce que dans notre marché actuel, on a toutes les chances de ne rien en retirer du tout :/)


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  • isa
  • Isa, jeune auteur qui parle beaucoup avec les doigts (avatar ©Luis Royo)
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