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16 avril 2010 5 16 /04 /avril /2010 14:02

Je stresse...

Oui, en général, j'essaie de ne pas faire de billets d'humeur, mais je trouve qu'il est bon que les jeunes auteurs qui lisent ce blog aient conscience du masochisme  nécessaire pour passer par le stade de la publication.

D'abord, vous pensez que le pire moment de votre vie, c'est le moment où vous cliquez sur "Envoyer". Puis vous découvrez que non, le refus est pire. Au moment où vous avez envoyé, vous avez craint que votre texte ne soit nul et de faire perdre son temps à l'éditeur. Quand vous recevez votre refus, ça y est, c'est devenu une certitude. Les éditeurs vous diront que "Mais non, la sélection est dure et certains textes sont plaisants même si on doit les refuser", ils vous donneront plein d'arguments pour vous rassurer (enfin pour ceux qui ont le temps) mais le sentiment restera là et cette petite voix à l'arrière de votre crâne vous traitera de boulet.

Vous pourriez renoncer alors, mais non. Le clavier a la vie dure, les rêves aussi, parfois. Et un jour, vous recevrez votre premier "oui" (bon, je précise que pour moi les choses se sont passées dans le sens inverse, les "oui" d'abord, les "non" après, mais ce n'était guère mieux). Vous penserez que ça y est, tout va bien, la vie est belle.

Jusqu'à recevoir vos premières corrections...

Là, normalement, votre sentiment sera : "Mais si l'anthologiste n'a pas aimé mon texte et qu'il veut que je le réécrive entièrement, pourquoi m'a-t-il choisie ?" Vous aurez la haine, contre lui, contre vous-même, contre votre voisin qui passe l'aspirateur... En bref, contre le monde entier.

Puis ça passera (normalement). Vous découvrirez que tout le monde en passe par là. Vous verrez qu'on peut discuter, défendre son texte, qu'il en ressort meilleur... Vous échapperez même à tout ça si vous avez eu la chance d'avoir de bons bêta-lecteurs (pas à la correction elle-même, mais à ce sentiment).

Et quand tout ça sera fini et que vous aurez validé votre BAT, vous vous direz "Ouf ! La vie est belle. Plus qu'à récupérer un beau livre et profiter."

Puis vous découvrirez le sommaire. Et votre nom au milieu de tout un tas de noms que vous avez déjà lus, appréciés, voire adulés. Et votre texte vous paraîtra petit, petit, petit...

Vous tenterez de vous rassurer en vous disant qu'au moins avec tous ces auteurs préstigieux, les gens qui achéteront le livre ne pourront pas être entièrement déçus. Ils n'auront pas mis 17 euros pour vous, mais pour cet ensemble. Et si votre texte est faible, le reste sera bien quand même.

Sauf que non. L'idée que les gens se diront "Wahou ! Un chouette livre. Oublions vite ce texte insignifiant et concentrons-nous sur l'essentiel" n'a rien - mais alors rien du tout - de rassurant.


Pourquoi donc fais-je ce billet aujourd'hui ? Non pas pour vous dire de renoncer et que tout est pourri. Non. Simplement pour vous rappeler l'importance de la sélection. Quand on reçoit un refus, on est déçu, forcément. Quand on reçoit ses corrections on est un peu blessé : on aurait aimé faire mieux du pemier coup. Et on pourrait se dire "À quoi bon ?"

Mais le jour où on sait que son petit texte va finir entre les mains des lecteurs, et souvent de lecteurs exigeants, il ne nous reste que cette sélection pour nous rassurer. Peut-être que le texte ne sera pas apprécié. Peut-être qu'il déplaira à beaucoup de lecteurs. Mais il aura été choisi parmi beaucoup d'autres. Et corrigé par des gens passionnés.

Si vous faites confiance à ces éditeurs parce que vous avez lus des livres qu'ils ont édités, vous serez bien obligés de vous accorder une part de cette confiance. S'ils ont cru en vous, il faudra que vous croyiez un peu aussi.

 

Et donc avant de voir fleurir les commentaires rassurants, je tiens à dire que ce n'est pas le but de ce billet. Vous n'avez pas lu cette nouvelle, vous ne pouvez pas savoir si elle vous plaira. Même si elle est dans cette anthologie, personne n'aime tous les textes d'une anthologie. Cet article n'a pas pour but non plus de me faire plaindre. Ce stress m'amuse beaucoup en fait. Je me dis qu'on arrive toujours à être un peu surpris par soi-même et se rendre compte qu'on attache plus de prix à certaines choses qu'on ne l'aurait cru.

Je suis contente d'avoir posé ça là pour vous le dire et me le rappeler à moi-même. Et j'en profite pour remercier l'anthologiste et les relecteurs qui m'ont fait confiance et qui ont beaucoup travaillé à essayer d'améliorer ma plume.

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commentaires

Ayaquina 16/04/2010 20:25


Une véritable voie sans issue : souffrir pour se débarrasser d'un texte, désirer qu'il vive sa propre vie pour pouvoir s'en détacher, et puis finalement souffrir parce que cette séparation le met à
jour, aux yeux de tous, ces mots fragiles qui révèlent tant de choses de nous-même. En même temps, c'est presque impossible d'y renoncer sans avoir l'impression de laisser mourir quelque chose en
nous. A quand un narcotest pour les écrivains????


isa 16/04/2010 20:30



Horreur !


Si j'étais chef d'entreprise, je n'embaucherais jamais une de ces petites bêtes-là !



Lucie Chenu 16/04/2010 19:39


Je n'ai pas l'intention de faire un "commentaire rassurant", au contraire. Je vais te mettre la pression un peu plus : Isabelle Guso est l'une des raisons pour lesquelles je veux acheter
l'antho

Et quand tu dis "personne n'aime tous les textes d'une anthologie", c'est pas vrai ! L'anthologiste est censé les aimer tous ;-)

(oui, bon, je sais, je la ressors à chaque fois, c'est nul ;-))


isa 16/04/2010 20:27



"Je n'ai pas l'intention de faire un "commentaire rassurant", au contraire. Je vais te mettre la pression un peu plus : Isabelle Guso est l'une des raisons pour lesquelles je veux acheter
l'antho"


Merci


"(oui, bon, je sais, je la ressors à chaque fois, c'est nul ;-))"


Non, ce n'est pas nul. Et je ne l'avais jamais entendue ^^. C'est bien ce à quoi sert la sélection : être sûr qu'au moins une personne (normalement plus avec un CDL) a aimé votre texte.



Profil

  • isa
  • Isa, jeune auteur qui parle beaucoup avec les doigts (avatar ©Luis Royo)
  • Isa, jeune auteur qui parle beaucoup avec les doigts (avatar ©Luis Royo)

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