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6 avril 2010 2 06 /04 /avril /2010 10:17

Suite de l'article d'hier au sujet de l'Achimiste de Paulo Coelho.

À propos du fond :

L'ambiance générale qui se dégage du livre est très positive, elle incite à l'espoir et à l'accomplissement de soi. Pourtant, au fil de ma lecture, je n'ai pas pu m'empêcher de ressentir un certain rejet. Et j'ai fini par comprendre pourquoi.

Ce livre m'a rappelé un DVD qu'on m'avait prêté sur la pensée positive. Au début, le concept avait l'air assez intéressant (si on excluait les "scientifiques" qui faisaient leur démonstration avec l'air de sortir tout droit d'une secte). Puis quand on a commencé à m'expliquer que si je voulais le superbe collier en diamant dans la vitrine du bijoutier, il me suffisait d'y penser très fort à longueur de journée et que la mécanique du monde se mettrait en place pour que je l'obtienne, j'ai décroché. Tout se mettait à tourner autour de "Toi veux pognon" et j'ai tendance à penser que la philosophie de la pensée positive ne devrait pas se cantonner à ça. Ou alors, je ne suis pas cliente.

J'ai entendu également une émission un jour sur le thème "Comment provoque-t-on la chance ?" Il était expliqué que le pessimiste avait toujours moins de chance que l'optimiste et on en donnait un exemple. Mettons qu'un pessismiste ait un accident de la route qui le cloue sur un lit d'hôpital pendant un an. Il sortira de cette épreuve en se disant qu'il n'a encore pas eu de chance, que ça n'arrive qu'à lui, qu'il a perdu un an de sa vie. Le même accident sera vécu par un optimiste comme le fait d'avoir de la chance d'être toujours en vie, et il en tirera le meilleur (se cultiver, se mettre à lire, écrire sur son expérience, etc...) Jusque là, j'adhère au principe. Un événement qui ne peut pas être évité aura lieu de toute façon, celui qui en voit le bon côté aura toujours une vie plus facile que celui qui n'en voit que le mauvais.

On peut même pousser un peu plus le raisonnement en disant que celui qui tente des choses les réussira de temps en temps. Mais "qui ne tente rien n'a rien". Aucun risque de se planter, mais aucune chance de réussir. Jusque là, j'adhère encore.

Mais généralement le tenant du positivisme se sent toujours obligé derrière d'ajouter sa petite touche de mysticisme sur le karma, la volonté qui influe le monde, etc... Comme on peut le lire bien souvent dans l'Alchimiste "Le monde conspire à la réussite de celui qui vit sa Légende Personnelle". J'ai eu quelques discussions là-dessus avec les adeptes de ce mode de pensée qui nient en général l'existence de la chance ou de la malchance. Tout est question de volonté. Si on ne pense pas aux choses mauvaises, elles n'arrivent pas. Cela va jusqu'au fait qu'on me dise qu'il ne faut pas mettre d'argent de côté en cas de coup dur, sinon ça les fait arriver (et donc que je ne devais pas mettre d'argent de côté pour changer ma voiture le jour où elle rendrait l'âme... parce que certainement les tenants de la pensée positive ont des voitures qui durent éternellement... Ah non ! Ils font appel au crédit le moment venu. Vu le pourcentage qu'on laisse sur ce genre de crédit, je dis que ça coûte cher, la pensée positive, mais bon...)

Quels que soient les exemples que vous donniez alors on vous explique que celui qui a subi un coup du sort c'est toujours parce qu'il n'avait pas l'état d'esprit qu'il fallait. Il craignait la tuile, elle est arrivée. Donc, le jeune qui ne met pas sa ceinture et dépasse les limites de vitesse, le jour où il se tue en voiture, c'est parce qu'il avait peur d'avoir un jour un accident. Celui qui finit paralysé dans un lit d'hôpital aussi d'ailleurs. Et quand il répète sans cesse "Si j'avais su..." je ne sais pas à quoi il fait allusion. J'avais cru naïvement qu'il voulait dire "Si j'avais su que j'aurais un accident, j'aurais mis ma ceinture" mais visiblement, il voulait dire "Si j'avais su, j'aurais moins eu peur de l'accident et je n'en aurais pas eu."

Et le gars accro aux jeux ? Celui qui dépense des fortunes en pensant qu'il "va se refaire", c'est parce qu'il croit qu'il va perdre qu'il perd ? Admettons...

Alors maintenant, je voudrais juste qu'on m'explique, dans ce monde bienveillant où la chance ne sourit qu'à ceux qui la méritent et où la malchance  n'existe pas vraiment... Je voudrais qu'on m'explique pourquoi il y a des gamines de cinq ans qui sont battues à mort par leurs parents qui balancent ensuite leur corps dans une poubelle... Sous le prétexte qu'elle demandait tout le temps à manger.

Qu'un croyant m'explique en entendant ça que les voies de Dieu sont impénétrables, admettons. Mais qu'on me dise que c'est parce qu'elle n'a pas assez cru à la chance et parce que ces épreuves, pour peu qu'elle les ait prises du bon côté allaient la renforcer pour plus tard, il faudra en parler devant son cercueil.

J'ai l'air aigre sans doute en disant cela. Et je le suis un peu. J'ai constaté que bien souvent les gens qui disent que la chance se mérite en ont eu dans la vie. Pas forcément une chance insolente, mais ils ont souvent été épargnés par les pires malheurs (en tout cas, ils ne sont pas morts à 5 ans, sinon, ils n'en parleraient pas). Je n'aime pas qu'on nie l'existence de véritables tragédies totalement injustes. Si, cela existe et non, tous les gens qui souffrent n'ont pas fait quelque chose ou eu un état d'esprit qui fasse qu'ils le méritaient.

Quel rapport avec l'Alchimiste ? Le fait que le livre répète (beaucoup) que le monde conspire à la réussite de celui qui croit et aussi qu'il protège les enfants. La foi absolue en une main Bienveillante est forcément plus facile à démontrer quand on tient les rênes du scénario.


Car un autre point faible de l'argumentation de ceux qui défendent cette vision-là de la pensée positive (car je répète que je n'ai rien contre ceux qui pensent (comme moi) qu'il faut toujours garder espoir parce que c'est la seule chance de réussir un jour) est que leurs exemples sont toujours un peu faciles. Ces derniers, comme celui de l'accident, parlent toujours d'épreuves qui n'ont pas de séquelles à long terme. Par exemple, si du même accident vous étiez ressorti amputé des deux bras, vous auriez toujours de la chance par rapport à celui qui est mort. De là à ce que le gars à qui s'est arrivé se considère comme un veinard, ce n'est pas si facile. De la même façon, quand quelqu'un a un accident de voiture en famille et qu'il y a un mort, il se considère rarement comme chanceux parce qu'il n'y a eu qu'un mort. Bien sûr, si on perd un seul de ses deux enfants, on ressent l'importance d'avoir toujours le deuxième. De là à se considérer comme un veinard, il y a un très grand pas que bien peu franchissent (et je pense que c'est tant mieux). On peut voir la bouteille à moitié vide ou à moitié pleine. Mais quand il s'agit de perdre un enfant ou une jambe, l'opération est toujours plus difficile. Pour autant, j'admire les gens qui sont capables de se relever de ce genre d'épreuves et de tenter de rendre le monde meilleur justement parce qu'ils ont eux-mêmes beaucoup souffert. Mais je trouve qu'on peut prendre cinq minutes pour admettre qu'ils n'ont vraiment pas eu de chance et que c'est héroïque de leur part de s'en sortir aussi bien.

Une fois de plus, quel rapport avec l'Alchimiste ? Le fait que le personnage répète que toute épreuve est une bonne chose parce qu'elle permet de progresser. C'est facile à démontrer quand l'épreuve en question est "se faire voler tout son or" et qu'elle enchaîne sur "avoir l'occasion d'en gagner plus". On nous montre que cela n'est pas un coup de chance mais que le personnage l'a mérité parce qu'il y a cru. Il y a aussi des filles dans ce genre de cas qui ont suivi des hommes qui leur promettait des façons de gagner de l'argent et qui ont fini sur le trottoir, ou violées et égorgées dans un canal... Est-ce que c'était parce qu'elles ne croyaient pas en leur légende personnelle et qu'elles méritaient ce qui leur est arrivé ?

Je me doute bien que le livre ne cherche pas à nous dire ça. Mais à trop vouloir nous montrer qu'un destin exemplaire est une chance méritée, on prend le risque de développer l'effet inverse : dire que celui qui souffre le mérite et qu'il n'a qu'à se prendre en main pour arrêter de souffrir.

Pourquoi est-ce que je dis ça ? La raison en est toute simple. J'ai traversé une période de ma vie qui n'était pas évidente. Et une personne dont je suis proche et dont j'aurais souhaité l'écoute m'a offert ce livre, comme la réponse à toutes les questions de la vie : recette sur comment provoquer la chance et arrêter de faire ch... son monde. Oui, je suis dure et pourtant, non, je ne l'ai pas mal pris. En fait, je m'en suis foutu complètement. Si quelqu'un n'a pas envie de vous écouter, ne lui parlez pas, voilà tout. Pour ma part, je sais gérer ça et je n'ai besoin ni d'un livre ni de qui que ce soit d'autre pour me rappeler à mon optimisme congénital.

Mais tout le monde n'est pas comme moi. Parfois les gens ont juste besoin qu'on prenne cinq minutes pour écouter leur souffrance et pour leur dire "Bordel ! T'as vraiment pas eu de chance. Ça va aller ? Si t'as besoin de moi, je suis là." La différence c'est que dans un cas, vous réduisez son malheur à rien du tout ("Arrête un peu de t'écouter et avance") et au passage vous lui donner l'impression de ne pas valoir grand-chose de souffrir alors que d'autres ont des problèmes bien plus graves que lui. Dans le deuxième cas, vous lui montrer que oui, son problème est dur et qu'il vous touche, vous lui laissez l'occasion d'en parler et celle de se rendre compte de lui-même qu'il a les ressources nécessaires pour s'en sortir. En ne rabaissant pas ses problèmes, vous ne le rabaissez pas lui-même.

Pourquoi la plupart des femmes qui font une dépression post-partum se laissent bouffer sans se soigner ? Parce qu'elles ont honte. Parce qu'elles se disent qu'elles devraient être heureuses et qu'elles n'y arrivent pas. Il en va de même pour de nombreux dépressifs. Et beaucoup de gens "qui vont bien" leur offrent l'Alchimiste comme un remède à tous les maux. Un livre qui dit "Bouge-toi un peu coco et tu verras que tout s'arrange." Sauf que parfois les choses ne s'arrangent pas. Et que parfois le "coco" n'est tout simplement plus en état de "se bouger".


En bref, l'Alchimiste est pour moi un livre à double tranchant. D'un côté, il met un coup de pied au fondement d'un certain cynisme d'époque qui consiste à penser que ça ne sert à rien de tenter quoi que ce soit parce qu'on va se planter. Et là, je dis bravo et je trouve ça très bien.

Mais de l'autre côté, il verse dans un autre travers de notre époque qui revient à dire en gros que chacun n'a qu'à se débrouiller avec sa légende Personnelle et que celui qui tombe est responsable de sa chute. Et dans ce cas, pourquoi lui tendre la main ? Je pense que c'est la répétition excessive du terme de "Personnelle" qui m'a gênée le plus dans ce livre. Comme si chacun n'était responsable que de sa Légende Personnelle. Donc, celui qui y arrive, tant mieux pour lui, bravo ! Et l'autre ? Ben tant pis pour sa gueule, qu'il en appelle à la grâce de Dieu.


Attention Spoiler entre ces deux lignes :

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Ce livre m'a donc fait exactement le même effet que ce DVD sur la pensée positive. Tout d'abord sur le glissement qui s'opère entre le courage de poursuivre ses rêves et une sorte de capacité mystique à dompter la providence... Mais surtout, sur un autre point. Je vous ai dit que j'avais décroché du DVD quand on a commencé à parler rivière de diamants ? En fait, à ce stade de la démonstration, tout tournait autour du matériel. Vous voulez une belle voiture, vous avez peur de recevoir des factures, vous voulez des bijoux, un vélo... Pour moi, on rentrait là dans le raccolage. J'ai été très déçue par la fin du livre. L'image sur laquelle on reste est celle du gars qui a eu l'occasion de se faire de la thune à plusieurs reprises mais qui a tout laissé pour atteindre son trésor. Et son trésor, c'est quoi : plus de thune ! Elle est pas belle la vie ?

Sérieusement, pour moi, cet aspect-là a gâché tout l'aspect philosphique de l'accomplissement du héros. J'ai longtemps espéré qu'on en viendrait au fait que son vrai trésor c'était la connaissance qu'il avait acquise durant sa quête. Mais ce n'est pas l'image qui reste et je suis désolée de dire que pour moi, cette fin relève d'un ressort assez démago. Les gens veulent de l'argent. De nos jours, la Légende Personnelle se limite bien souvent à se laisser imposer ses rêves par le petit écran qui nous explique qu'en possédant ci ou ça, on va forcément être heureux. Le livre m'avait donné l'impression d'être bien moins matérialiste et pourtant on finit sur l'idée que le gars "a bien oeuvré" et comme récompense "de l'or", le seul nerf de la guerre.

Une fois de plus, je suis dure parce qu'il n'y a pas que ça dans le livre. Mais c'est l'image qui reste trésor = argent. Il avait son petit troupeau mais fort heureusement, il avait plus d'ambition : "travailler plus pour gagner plus", reste plus qu'à citer Lorie et sa "positive attitude" et tout est dit.

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Au final, l'Alchimiste m'a laissée dubitative. J'ai trouvé qu'il y avait de bonnes intentions dans ce livre, mais que ces bonnes intentions pouvaient servir de prétexte à un égoïsme larvé que je déplore.

À chacun d'en tirer ce qu'il souhaite. Si vous avez réussi à y trouver l'espoir, tant mieux. Pour ma part, sans doute en avais-je déjà un peu trop pour en trouver entre les pages d'un livre et n'y ai-je vu que les ombres.

Cela ne m'a pas empêché de passer un moment de lecture qui m'a poussée à réfléchir à beaucoup de choses. Je crois que c'est cela l'essentiel à retenir : quelle que soit la volonté de l'auteur de nous tenir par la main entre ces pages, n'hésitez pas à prendre votre propre chemin et à réfléchir par vous-même. Si vous faites cela, sans vous laisser imposer quelque philosophie que ce soit, nul doute que cette lecture vous enrichira d'une façon ou d'une autre.

@Bientôt

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commentaires

pietro 05/02/2013 18:06

Je tombe par hasard sur votre article écrit il y a déjà presque trois ans. Mais juste envie de laisser un mot. J'aime votre analyse et sa lucidité. Evidemment ce qui est en cause me semble bien le
positivisme à l'extrême et ce qu'il inclut de jugement et de culpabilité pour ceux qui ont "le malheur" d'être dans le malheur. A écouter l'autre dans sa détresse, mais dans une écoute sincère et
bienveillante et lui faire le cadeau de le comprendre, on est déjà beaucoup plus dans un rapport "positif".
C'est vrai qu'on fabrique sa vie, quand on se rend disponible à une "opportunité de faire" par exemple. Mais nous ne sommes pas des dieux. Nous ne fabriquons pas tout et sûrement pas la voiture
folle qui nous fauche ou la tuile qui nous assomme.
Ce que j'ai retenu de cette lecture, déjà ancienne, c'est que cette recherche de la "légende personnelle" est un outil parmi d'autres. Qui nous aide peut-être, à mieux nous connaître.
Et, bien évidemment que mieux se connaître c'est se donner une chance supplémentaire de mettre en oeuvre ce qui convient à notre accomplissement, .... mais pas de changer les trajectoires des
tuiles.
L'autre aspect c'est "l'après". Après que la tuile soit tombée. C'est "qu'est-ce que je fais de ce qui m'arrive?". Cet autre adage qui dit: ce qui est important n'est pas ce qui m'arrive mais ce
que j'en fais". Bien sûr. A condition, me direz-vous, d'avoir la forme pour, la force d'en faire quelque chose. Cette tuile que je prend sur le crâne, va peut-être me tuer, peut-être pas. Si elle
ne me tue pas, ça ne me rendra pas forcément plus fort. Mais on ne va pas m'imposer de l'extérieur ce que je vais décider d'en faire de cet incident. Si je me connais bien , je trouverai,
(peut-être, mais sûrement plus facilement que si je ne me connais pas ) les ressources que j'ai en moi pour faire quelque chose qui me convient à partir de ce qui m'arrive.
Et alors, Oui, bien sûr, ça aide de s'entraîner le plus souvent possible, et de préférence quand ça va bien, avant les chutes de tuiles, à être dans la gratitude et de s'entraîner à exprimer les
choses de manière positive plutôt que de se plomber le quotidien avec ce qui ne va pas, dans la ligne de notre culture du JT. Un peu comme la course à pieds: c'est plus facile de franchir en
courant 15kms de collines pour sauver sa peau et dans l'urgence, quand on s'est entrainé à courir 10kms deux fois par semaine. Juste une question de bon sens.
Mais le bon sens a besoin parfois de figures mythiques pour durer. Ce livre en est peut-être une. Mais il faut lui rendre sa place. Ce n'est pas non plus une bible.
Un outil, pour garder la forme, d'une certaine manière.
Merci de m'avoir donné cette envie d'écrire ces lignes.
Avec toute ma gratitude.

Ben 26/02/2011 16:11


http://zeitgeistmovie.com/


isa 26/02/2011 20:10







Profil

  • isa
  • Isa, jeune auteur qui parle beaucoup avec les doigts (avatar ©Luis Royo)
  • Isa, jeune auteur qui parle beaucoup avec les doigts (avatar ©Luis Royo)

Paru !

http://www.griffedencre.fr/IMG/cache-200x307/PC_200-200x307.jpgMa première novella est enfin parue !

Vous pouvez découvrir un extrait en ligne.

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Les premiers avis ici !

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