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5 avril 2010 1 05 /04 /avril /2010 09:01

Allez hop, le petit billet pour me faire détester.

Bon, tout d'abord je viens juste de finir ce livre, c'est vous dire si j'étais en retard !

Ensuite ben... Non, je n'y ai pas trouvé la sainte lumière qu'on m'a maintes fois annoncée. Certains diront que je manque de subtilité, que je ne sais pas voir derrière les métaphores... Et pourtant non, les métaphores, j'aime bien ça. Là, j'ai vraiment eu trop l'impression qu'à chaque fois que l'auteur en faisait une, il se sentait l'obligation de me mettre une pancarte avec une grosse flèche pour dire : Métaphore ici : interprétez selon le mode d'emploi.

Oui oui, je suis sévère. Là, je l'admets.

Il faut reconnaître tout d'abord que j'ai été incapable de me défaire de cette sale manie d'en attendre trop des livres qu'on a encensés. J'ai vraiment essayé, mais rien qu'en devant choisir entre les trois exemplaires présents dans ma bibliothèque (tant il était à la mode à une époque d'offrir ce livre), je n'ai pas pu faire abstraction du succès de ce livre.

Alors entendons-nous bien : ce livre n'est pas mauvais. Il est visiblement capable de toucher une grosse partie du public et de lui donner un sentiment positif sur la vie. Et ça, ça tient de l'exploit.

Mais il n'est pas pour moi, à cause d'un certain nombre de raisons de fond et de forme.


La forme, tout d'abord :

La vie m'a déjà appris qu'il fallait croire en ses rêves et persévérer et elle m'a aussi appris que quand on perdait tout, il fallait se relever et continuer. Est-ce que cela signifie que je serais allergique à tout livre qui tenterait de me le montrer ?

Non, bien sûr. Mais ce livre est bien trop didactique pour moi. Tout d'abord, il y a le mot "Légende Personnelle" qui y est inscrit au moins une centaine de fois simplement parce qu'on en revient toujours à la même chose. On a beaucoup comparé ce livre au Petit Prince, mais j'ai trouvé que le Petit Prince développait plus de choses et surtout de façon plus subtile. Quand Saint-Exupéry nous présente son narrateur qui a abandonné le dessin dès son plus jeune âge parce que les gens ne reconnaissaient pas son boa qui avait mangé un éléphant, on en tire les leçons que l'on veut. À nous d'interpréter. De même pour chacune des discussions du petit prince : avec les roses toutes semblables à la sienne, le renard qui préfère l'avoir connu même si c'est pour le perdre, le serpent... Nous lisons et il nous faut faire un effort de réflexion et de transposition à notre monde. Dans l'Alchimiste, chaque passage "leçon de vie" se termine par une phrase d'explication du genre "c'est ça que vous êtes censé comprendre là". Ça m'a donné l'impression tout au long de ma lecture que l'auteur ne voulait pas me lâcher la main et j'avais envie de lui dire :"Laisse-moi gambader un peu et découvrir le monde toute seule. Tant pis si je ne regarde pas là où tu penses que c'est le plus beau."

En fait, cela me fait penser aux voyages organisés tels qu'on les faisait à l'ancienne. "Arrêtez-vous là. Extasiez-vous. Prenez des photos, on repart." Ce genre de tourisme ne m'a jamais attirée. Ça m'a évoqué aussi ces aires prévues en bord de route avec noté "panorama" ou "point de vue". J'en comprends l'utilité et pourtant, ça me donne toujours l'impression qu'on veut m'imposer la vision du beau, qu'un autre est passé avant moi, a dit "c'est là que c'est le mieux" et que des milliers de personnes sont passées depuis pour pousser les mêmes "oooooooh" d'admiration et prendre les mêmes photos. Ça ne m'empêche pas de trouver le paysage joli, mais je préfère trouver un petit coin rien qu'à moi ou mieux encore faire quelques heures de marche en montagne pour "gagner" mon joli paysage.

De la même façon l'Alchimiste n'est pas un livre qui m'a déplu, mais il m'a privée de mon effort d'interprétation et du plaisir qui en découle.


Un autre détail qui m'a gênée (mais là encore, c'est personnel), ce sont toutes ces allusions à Dieu. Métaphore ou réelle incitation à la foi ? Aucune des deux solutions ne m'agrée. Dans le deuxième cas, je ne suis pas "cliente", dans le premier, je trouve que c'est de la facilité.

À mon avis, il s'agit d'avantage de métaphore. L'auteur nous pousse à voir ce qu'il y a de commun dans toutes les religions et au-delà de ça, à voir l'Âme du monde. Le monde se nourrit des rêves de chacun et c'est cela qui en fait la grandeur. On purifie le monde tout en se purifiant soi-même. C'est toute l'image de l'alchimie et elle est bien rendue. Sauf que... régulièrement l'auteur en revient à nous dire que "le monde conspire" pour la réussite de nos projets. Et non, ce n'est pas vrai. Ça le sera pour certains et pas pour d'autres. Parfois la chance du débutant n'est pas là. Se réfugier derrière l'idée qu'une Main Invisible va toujours finir par nous venir en aide si on persévère, ce n'est pas dans mon état d'esprit.

Pour moi, il n'y a qu'une seule raison de recommencer cent fois si on a échoué 99, c'est juste qu'on ne finira jamais pas réussir si l'on essaie pas encore. Pour moi, renoncer revient à mourir, car vivre sans espoir n'est pas vivre. Je pense qu'il n'y a aucun besoin de se réfugier dans la foi ou de croire en l'existence d'une Main Invisible pour se relever chaque fois qu'on tombe. Je pense même que tenir bon en espérant un signe de la providence a toutes les chances de nous pousser à l'abandon. À part quelques chanceux, la plupart des gens verront autour d'eux des gens moins méritants réussir et des gens très vertueux encaisser des coups du sort qu'ils n'ont pas mérités. On me dira qu'il y a du bon dans chaque échec ou chaque épreuve, je dirai qu'il faut en parler à ceux qui ont perdu un enfant voire à ceux qui ont perdu tous leurs enfants dans un accident par exemple. Oui, à la longue, ils pourront toujours faire quelque chose de leur vie. Mais je ne sais pas si on pourra leur expliquer que la Main Invisible est bienveillante.

Je n'ai pas besoin d'avoir vécu ce genre de drame pour savoir que la vie n'est pas juste et qu'elle ne récompense pas toujours ceux qui font le plus d'efforts. Seulement la vie est comme elle est et on ne peut rien y changer, il nous faut donc essayer de tenir le coup et toujours chercher le meilleur, simplement parce que le pire vient, sans qu'on le lui ait demandé, et que c'est la seule solution pour encaisser tout ça.

Voilà pourquoi toutes ces allusions à la Providence et à la Bienveillance du monde envers les vertueux m'ont gênée : parce que je pense que celui qui part à la poursuite de ses rêves va vers de graves désillusions s'il s'attend à être aidé par une volonté extérieure à la sienne et que les désillusions conduisent à l'abandon.

Mais ne vous emballez pas, mon propos n'est pas de fustiger la religion. Je connais trop de croyants qui vivent bien leur foi pour ça. Seulement de trouver que l'auteur verse un peu dans la facilité en montrant que chaque épreuve du héros est contrebalancée par un "coup de chance" proportionnellement plus grand. Oui, cela arrive et oui, cela n'arrivera qu'à ceux qui n'abandonnent pas. Mais non, ça n'arrivera pas à tous les coups.


Et voilà que je me suis encore lancée dans une explication bien trop longue... Pfff. Pour la peine, je parlerais du fond demain.

J'ai des rêves sur le feu et ça ne se cuisine pas tout seul !

 

*edit*

La suite ici !

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commentaires

Zordar 26/09/2010 19:05


"Le Jeu des Perles de Verre" ou bien "Siddaartha" dans le genre initiatique.


isa 27/09/2010 09:12



Merci :)



Zordar 25/09/2010 19:17


Je n'accroche pas trop à Coelho non plus. Surtout qu'avant j'ai lu tout Hermann Hesse qui est d'une autre trempe.


isa 26/09/2010 10:59



Bonjour Zordar, contente d'avoir ton avis.


Pour Hermann Hess, un livre à conseiller en particulier ?



syl 05/04/2010 16:19


Je n'ai pas aimé l'alchimiste, et pour les mêmes raisons que toi, mais surtout et avant tout parce que tout le monde l'avait trop encensé. J'étais persuadée de tomber sur un bouquin vraiment
fantastique, et somme toute, bof bof, quoi... :|


isa 05/04/2010 16:35



Ben moi, on m'avait un peu présenté ça comme le livre qui allait changer ma vie, alors bon... Là-dessus, je rejoins le berger, je préfère apprendre dans la vie que dans les livres ^^



John Peter B. 05/04/2010 11:05


Je suis entièrement d'accord avec toi. Au point que la lecture à sa sortie était accompagnée de folles discussions avec les potes et autres lecteurs, et je me frappais le front à chaque "évidence"
montée au pinacle. Bon, sans vouloir être méchant avec Coehlo (que j'aime bien sur d'autres ouvrages), je dirais que ce bouquin nous a préparé à la débilité de Da Vinci Code : L'initiation pour les
nuls ! ah ah ah (grand rire démoniaque)


isa 05/04/2010 13:49



Je ne serais pas aussi dure ;)


Je pense qu'il y a un lectorat qui a besoin de se faire dire ces choses-là (peut-être de façon très simple et peut-être avec beaucoup d'insistance). Mais pour ceux qui n'en sont pas, c'est un peu
lourd. Ça m'a fait penser à un film qu'on m'a montré sur la pensée positive et qui était vraiment très très très simplifié. C'est peut-être bien si on ne s'est jamais posé la question. Mais
sinon, c'est à la limite de la caricature.



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  • isa
  • Isa, jeune auteur qui parle beaucoup avec les doigts (avatar ©Luis Royo)
  • Isa, jeune auteur qui parle beaucoup avec les doigts (avatar ©Luis Royo)

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