Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
8 novembre 2010 1 08 /11 /novembre /2010 14:55

Vous en rêviez, Jeanne A Debats l'a fait. Écrire, être lue, être appréciée, recevoir des prix, accéder à l'édition à plus grande échelle... Oui, oui, je sais, un auteur écrit pour lui avant tout, ni pour la gloire, ni les honneurs, et encore moins les sous. Mais bon, n'essayez pas de me faire croire que vous ne rêvez pas d'un minimum de reconnaissance !

Jeanne A Debats a accepté de vous tracer les grandes lignes de son parcours en ces pages et de vous donner ses authentiques recettes de réussite. Oui bon, ça ne fera pas tout. On peut parler de ses expériences, mais le talent ne se transmet pas.

 

Entretien avec un dragon

http://forum.griffedencre.fr/images/avatars/1765652226448d7f5a2ce0c.gif

 

Bonjour, Jeanne. Tout d’abord, merci beaucoup de ton passage sur ces pages. 

Vu de l’extérieur, ton ascension donne l’impression d’ê tre fulhttp://www.griffedencre.fr/catalog/images/lva.jpggurante : une novella chez Griffe d'Encre primée quatre fois p uis des romans chez l’Atalante et Syros, un retour aux sources pour un recueil… Tout ça en quelques années ! 

Pourtant, j’imagine qu’en dehors de cette partie visible, tu ne  t’es pas faite en un jour en tant qu’écrivain. Est-ce que tu pourrais nous résumer les grandes  étapes de ton parcours ?

 

 

 

 La Vieille Anglaise et le continent,

parue chez Griffe d'Encre a reçu quatre prix littéraires



Eh bien j’écris depuis toujours déjà, ce qui ne signifie pas que je suis écrivain depuis toujours. J’ai beaucoup écrit de lettres, je suis une épistolière dans l’âme et le net n’a fait qu’amplifier une tendance qui frise – et même qui lui fait une couleur et  une permanente – la névrose chez moi

Donc pendant des années j’ai envoyé des lettres à mes amis, à mes amours, à mes emmerdes, je leur ai écrit des poèmes aussi (et j’espère qu’ils les ont tous brûlés, perdus, utilisés pour caler des tables etc) les lettres, je continue ; les poèmes, j’essaie d’arrêter comme j’essaie d’arrêter le tabac, mais il n’y pas de champix ou de patch contre la mauvaise poésie.

Raconter des histoires m’est venu plus tard, il y eu un déclic tout à fait curieux, disons que je ne m’attendais pas à continuer ensuite.

J’avais une amie qui s’était enfermée chez elle, dépression, agoraphobie. Je ne savais pas quoi faire pour l’aider, j’étais loin, ma vie était d’une tranquillité déprimante à l’époque et je n’avais rien de rigolo à lui raconter. Alors je me suis mise à lui écrire une histoire, longue, en feuilleton, et mes héros traversaient des paysages immenses, des endroits exceptionnels, énormes, cyclopéens.

Mon amie aimait vraiment, et si j’ignore si ça l’aidait du point de vue de la pathologie, au moins ça la distrayait.

Ce fut mon premier roman.

Encouragée par mon amie, je l’ai sorti du tiroir et montré à un autre ami, un qui s’y connaissait « un peu » en littérature, vu qu’il s’agissait d’Alain Névant qui venait tout juste de fonder les éditions Bragelonne avec ses complices.

Il a ouvert et dit :

« Ah merde, tu fais chier, c’est de la fantasy ! Je le passe à ma lectrice ! »

(Et si je réécris un peu la façon dont il l’a dit, c’était pas loin quand même^^)

La lectrice a aimé et l’a refilé au directeur de collection, Stéphane Marsan qui m’a reçue ensuite une après midi entière pour m’expliquer pourquoi il ne le publierai pas, pourquoi je devais continuer à écrire quand même et qu’il y avait du boulot. Il m’a fait comprendre surtout que la fantasy, c’était pas vraiment mon rayon et que même quand j’avais l’impression d’en écrire, je faisais de la SF…

Je ne désespère pas de le détromper un jour, car en tant que lectrice, j’aime tous les genres de l’imaginaire, ça m’ennuierait de pas apporter ma boule de feu au jardin de Sauron, ou de priver mon seigneur Arioch de sang et d’âmes.^^

J’ai écouté Stéphane, donc, et j’ai travaillé. Dix ans. (Merde, déjà ?) Tout ce qui sort en ce moment est le résultat de dix ans de travail, avec toujours à l’esprit les conseils de Stéphane que je ne remercierai jamais assez, non plus qu’Alain.

Ensuite ce fut d’autres rencontres, Magali Duez bien sûr, Anne Fakhouri, aussi qui est la première à m’avoir publiée après m’avoir poussée à écrire des nouvelles.

 

 

Récemment, on m'a donné le conseil (à mon avis fort pertinent) de m'éloigner un peu des forums et du net pour me « préserver ». Dans la mesure où tu t'exposes pas mal (liberté de parole, opinions franches...), je suppose qu'on a dû te donner le même à quelques reprises. Serais-tu comme moi incapable de l'appliquer ? Comment concilies-tu ta vie d'écrivain et cette présence ? Est-ce que ça arrive que ça te gêne ? Ou au contraire que ça t'aide ?

 

Pendant que je fais ça, je ne suis pas au café.

Et je suis online quand j’écris. Me lancer dans une polémique bien saignante, bien bourrine à propos de tout et de n’importe quoi me permet de me relaxer, de faire travailler l’appli « écriture » en  « tâche de fond », sans quitter mon clavier.

En fait, c’est entre les deux, l’exposition je m’en fous. On prête à la fois trop et pas assez d’importance aux relations online.

Quand j’éteins mon ordinateur, je ne me souviens que de mes amis et j’en ai rencontré beaucoup, de très chers,  par la voie informatique.

Ce que je veux dire c’est qu’on a trop tendance à traiter ces relations comme des relations fausses, parce que bien des gens se cachent derrière leur masque quand ils sont sur le net. Ils ne se rendent pas compte que leur masque tombe très vite. C’est pour cela que mon pseudo mis à part, je suis toujours « MOI » online, on gagne du temps et on fait souvent de belles rencontres.

Les mauvaises, eh bien on les oublie, comme dans la vraie vie.

 

Des coups durs, tu as dû en avoir dans ce milieu (il n'est pas toujours tendre), quelques souvenirs particuliers ? Est-ce que tu as eu parfois la tentation de laisser tomber, que ce soit les publications ou même l'écriture ?

 

Euh… non, j’ai été bénie des dieux de ce point de vue, pas de mauvais souvenirs. Je me suis engueulée très souvent avec des gens, mais c’est dans mon caractère, que ce soit dans l’édition ou ailleurs.

(Donc, ce n’est pas en devenant auteur que je suis devenue mégalomane et égocentrée, je l’étais avant et c’est sans doute pour ça que je suis devenue auteur ;) )

La tentation d’arrêter d’écrire, je l’ai eue, je l’ai parfois, mais ça n’a/avait rien à voir avec la lassitude du « milieu » et tout avec moi, ma vie, l’amour, la mort l’univers et le reste, bref : 42 !

 

Et des bons souvenirs ? Quelques-uns que tu partagerais avec nous (je ne veux pas décourager tout le monde !) ?

 

J’ai plehttp://www.griffedencre.fr/catalog/images/reenchantement.jpguré en touchant la première fois la couverture de la « Vieille Anglaise » et j’ai pleur é une seconde fois quand trois bonnes fées se sont penchées sur le berceau de mon recueil « Stratégies du réenchantement » (Je parle d’Ayerdhal, Philippe Caza et de Jean-Claude Dunyach) et ont déclaré que le bébé avait une gueule potable. 

Pour moi, ce jour-là, c’est tout simplement la SF qui me disait que j’avais bien bossé.

(Oui, désolée, les copains, mais vous, vous êtes public captif, vous m’aimez alors ça vaut pas)

En revanche, quand j’ai eu mes prix, j’ai failli crever d’horreur avant d’atteindre l’estrade ; deux ans plus tard, je ne suis toujours pas sûre que ce soit un bon souvenir ^^.

 

Si quelqu'un devait découvrir Jeanne A Debats aujourd'hui, quel(s) livre(s) lui conseillerais-tu pour commencer ?

 

http://www.mollat.com/cache/Couvertures/9782748509250.jpgJ’ai des textes préférés : « Fugues et fragrances » et « Stratégies du réenchantement » dans mon recueil, « la Ballade de Trash » en jeunesse et « Plaguers » qui vient de sortir. Mais je ne sais pas si on « doit » commencer par ceux-là…

En plus, ça dépend des jours ^^.

En fait, faites comme vous le sentez, ils sont tous moi, évidemment, et moi je crois profondément que le lecteur doit être libre. Même de l’auteur, surtout de l’auteur^^.

(Qui n’est qu’un sale nombriliste mégalo, ne l’oubliez pas)

 

Y en a-t-il eu un plus difficile à écrire que les autres ? As-tu connu le phénomène de la « page blanche » ?

 

Comme tout le monde. Mais je n’ai rien de particulier à dire là-dessus, je suis surtout feignasse.

 

Tu as écrit plusieurs romans pour la jeunesse (là, vous devriez noter le ton à la fois admiratif et envieux ; je suis incapable d'écrire deux lignes pour les jeunes), est-ce que quelque chose t'attire particulièrement chez ce public ? En dehors des thèmes et sans doute du vocabulaire, écris-tu ces livres de la même façon que les autres (inspiration, moments où tu travailles, méthode...) ?

 

Je suis prof aussi, parler aux « jeunes », c’est un peu mon propos dehttp://extranet.editis.com/it-yonixweb/images/SYR/P2/9782748509656.gif base… mais je suis emmerdée pour répondre à ta question, disons que je suis plus pédago et « dirigiste » dans mes œuvres jeunesse, je réponds un peu (au moins) aux questions que j’y pose, ce que je fais peu (voire pas) dans mes livres adultes. Sinon du point de vue thématique, je ne change pas, le léopard serait bien empêché de camoufler ses taches…

 

Plusieurs de tes textes ont été taxés de « féministes » (je pense notamment à Fata Morgana dans la Terre). Sans doute parce qu'ils mettaient en scène des personnages féminins brillants accompagnés d'hommes qui l'étaient moins (faut croire qu'une femme brillante, c'est toujours perçu comme castrateur). Qu'est-ce que ça t'inspire ce genre de commentaires ? Est-ce que tu te considères comme féministe ? Est-ce que tu penses que ça joue sur ton inspiration ?

 http://www.griffedencre.fr/catalog/images/laterre_standard.jpg

Fata Morgana, texte de l'auteur paru dans l'anthologie La Terre

avait déjà été remarqué par de nombreux critiques comme un des meilleurs textes de l'anthologie


Je ne suis pas féministe, comme je ne suis pas athée. Je veux dire par là que je suis si convaincue sur le sujet que je n’ai besoin de castrer personne ni de bouffer du curé pour exprimer mon point de vue. Nous sommes égales, dieu n’existe pas, point, c’est le départ de ma conception du monde. Alors forcément, ça joue sur mon inspiration comme tout le reste.

Dire que mes textes sont féministes parce qu’il y a des génies femelles ou des connards dedans, c’est ignorer que le monde est plein de ce genre de personnages. D’ailleurs, je mets en scène des connasses et des génies mâles tout autant.

(Ajoutons que ces génies, mâles ou femelles, souffrent d’un handicap certain : ils sont aussi cons que moi^^)

 

Est-ce que tu penses que dans le milieu littéraire, les femmes continuent d'avoir plus de mal à faire leur place que les hommes (dans la SF en particulier) ?

 

Sans doute, obligatoirement, mais je ne l’ai jamais ressenti personnellement, j’ai eu la chance de rencontrer des gens intelligents.

Et puis la SF, l’imaginaire, est un milieu particulier, j’ai le sentiment, peut-être abusif, que sur certains points, c’est moins con qu’ailleurs.

En revanche, le lectorat n’est pas toujours prêt à suivre une femme, ça j’en suis à peu près sûre. Lorsqu’un texte est écrit par une femme, j’ai l’impression que certains lecteurs s’attendent à un type particulier de SF…

Le mythe de l’écriture féminine vs l’écriture mâle a sans doute encore de beaux jours devant lui, mais une fois de plus, c’est un mien sentiment qui n’est étayé par rien de sensible.

 

Allez, tant qu'à faire dans le polémique, j'en profite pour une autre question. Je sais que certains sujets sont tabous en France, alors si tu préfères ne pas répondre, aucun problème. Mais je pense que pas mal d'auteurs n'ont pas conscience des chiffres en matière d'édition : quand on commence à publier chez l'Atalante, est-ce qu'on peut espérer vivre enfin de sa plume ?

 

La réponse est simple : tout dépend des ventes.

 

Cela dit, moi je ne cherche pas à vivre de ma plume, écrivain à plein temps, ça m’emmerderait, j’aime enseigner, j’aime voir des gens. L’écrivain est vissé à son clavier s’il veut vivre de son œuvre et que peut-il savoir du monde, s’il ne rencontre QUE des écrivains ou des lecteurs, ou des éditeurs ?

J’aurais peur de tourner en rond autour de mon nombril.

 (Qui certes, est fabuleux, mais qui ne rend tout de même pas compte de la merveilleuse diversité de l’univers – à mon grand dam^^)

 http://www.l-atalante.com/components/com_virtuemart/shop_image/product/7518367d377bfadbcf850cc0735b3f47.jpg

Plaguers, le dernier roman de Jeanne A Debats

vient de paraître chez l'Atalante


En général, est-ce que tu as une opinion à exprimer sur la façon dont l'argent du livre est réparti ? Un vœu à formuler pour l'avenir sur ce point ?

 

L’auteur est au plus bas échelon de la chaîne alimentaire de l’édition, c’est évident. Autant que cette évidence est injuste. Mais je ne suis pas sûre qu’on puisse parler de marché en termes de morale ^^.

J’ajoute que je n’ai aucune idée précise sur ce qu’il faudrait faire ou changer pour remédier à cette injustice que je me borne à constater.

Le numérique va changer la donne, c’est sûr, mais comment et dans quelle mesure, je n’en sais rien…

Je suis écrivain de SF, pas gourou, ni prophète et Dieu (^^) me garde d’être tribun. Je ne veux pas dire qu’il n’y a pas de combat à mener non plus, seulement que j’en serai compagnon de route, pas chef de file ou Passionnaria. Trop feignasse. Et surtout, j’ai personnellement d’autres combats plus intimes à mener.

 

Et à titre personnel, un vœu concernant ta propre carrière ? Des projets qui te tiennent à cœur ?

 

Je veux continuer à raconter des histoires et à rencontrer des gens. Parce que la vie, c’est ça : des gens et des histoires. La littérature aussi, étonnant, non ?

Donc voilà, mon vœu ce serait ça…

 

 

Pour finir, aurais-tu quelques mots ou conseils à adresser aux jeunes auteurs qui lisent ces pages ?

 

Bossez, écoutez les critiques qu’on vous fait, ne vous en défendez pas, écoutez-les vraiment. Essayez de vous prendre au sérieux dans le bon sens, sans perdre le sens de l’humour parce que ce sens-là, c’est le seul qui rende la vie supportable.

N’oubliez pas de baiser, boire et manger.

 

Tout est là.

 

http://www.utopiales.org/images/affiche.jpgÀ noter que Jeanne A Debats sera présente aux Utopiales 2010

Partager cet article

Repost 0
Published by isa - dans Témoignages
commenter cet article

commentaires

Lael 18/11/2010 00:30


Merci pour cette interview, c'est fort sympathique à lire XD


Travis 10/11/2010 09:30


Merci pour l'interview, très intéressant et j'adore l'avant dernière phrase du JAD 100%.


isa 10/11/2010 12:59



Faut avouer qu'avec ça, elle a tout dit



A.C. de Haenne 08/11/2010 22:39


Waow ! Ça, c'est de l'interview !
Je connaissais JAD pour l'avoir croisée aux Utopiales l'année dernière (sans avoir osé l'aborder, bien sûr !), et surtout pour avoir lu sa magnifique nouvelle parue dans La Terre. Son texte m'avait
littéralement scotché !
Bravo Isa pour les questions !
Merci JAD pour les réponses !

A.C. de Haenne


isa 10/11/2010 13:00



Merci pour ton passage ici :)



Draco 08/11/2010 19:37


désolée Thibaud Chou, je sais reconnaître un aéroport en plein jour^^


Thibaud Sallé Phelippes de La Marnierre 08/11/2010 18:34


Je rêve de voir un jour JAD venir présenter ses livres au salon de Montréal... mais je sais que ce ne peut être qu'un rêve.


isa 08/11/2010 19:21



Ça, ce serait à elle de répondre, mais avec l'avenir, on ne peut jamais savoir



Profil

  • isa
  • Isa, jeune auteur qui parle beaucoup avec les doigts (avatar ©Luis Royo)
  • Isa, jeune auteur qui parle beaucoup avec les doigts (avatar ©Luis Royo)

Paru !

http://www.griffedencre.fr/IMG/cache-200x307/PC_200-200x307.jpgMa première novella est enfin parue !

Vous pouvez découvrir un extrait en ligne.

Disponible en librairie près de chez vous ? Cliquez ici pour le savoir.

Vous pouvez aussi le commander en ligne sur le site de l'éditeur, Amazon et Fnac.com.

Les premiers avis ici !

Un Article En Particulier ?