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16 mars 2010 2 16 /03 /mars /2010 09:09
Depuis que j'ai rédigé ma critique, je suis allée jeter quelques coups d'oeil sur d'autres billets rédigés sur ce film (je n'avais que survolé les notes jusqu'ici pour ne pas risquer de spoiler) et un certain nombre de commentaires m'ont interpelée.

Un commentaire qu'on entend souvent :
"Cela m'a fait réaliser qu'il fallait profiter de chaque moment de la vie" : c'est vrai. C'est un message dont je n'ai pas beaucoup parlé parce qu'il est tellement ancré en moi que ça ne m'a rien appris de nouveau. Mais je trouve que tout film qui rappelle le prix de l'existence à ses spectateurs est une réussite. Je reproche à ce film de ne pas aller jusqu'au bout (pour les raisons que j'ai évoquées dans mon article précédent) et de se laisser rattraper par ce bon vieux réflexe du "défaitisme raisonnable" : "brisons aujourd'hui ce qui risque de se briser demain". Mais il est vrai que le message n'en est pas altéré pour la majorité du public et c'est une bonne chose.

Une autre idée qui a pas mal marqué les spectateurs c'est celle qui consiste à dire que c'est parce que les gens meurent qu'on comprend combien ils nous étaient chers. C'est très vrai... hélas ! Cela vaut aussi pour les gens qu'on perd autrement. La banalité dans le couple naît de là, entre autres. Aimer l'autre de cette forme d'amour indispensable qui fait qu'on ne prend plus conscience de sa présence. Comme un organe qui fonctionne bien. On ne pense jamais à louer le bon fonctionnement de notre foie ; mais le jour où il se met à aller de travers... De la même façon, on prend l'habitude d'avoir son conjoint/paxé/concubin près de soi et il nous devient même parfois indispensable, mais, sans s'en rendre compte, on le traite avec aussi peu de considération que notre pauvre foie qui fonctionne bien. Vient un jour où lui/elle se sent délaissé, ou bien un jour où l'instinct de la chasse et le désir de l'inconnu nous pousse vers quelqu'un d'autre et c'est seulement une fois qu'il est trop tard qu'on se rend compte qu'on a perdu quelque chose d'essentiel auquel on ne faisait plus attention (ce qui ne veut pas dire que les séparations sont toujours mauvaises, mais parfois...).
Souvent, on se laisse pourrir la vie par des détails ou on tient rancune aux gens que l'on aime pour des broutilles, simplement parce qu'on pense qu'il y aura toujours un lendemain pour que les choses s'arrangent. Quand on a conscience de la précarité de ce "lendemain" (avec les gens âgés ou gravement malades) on se montre plus patient ou plus tolérant. Mais ce qu'on ne réalise pas c'est que "demain" est un concept aléatoire pour chaque être humain, qu'il soit vieux ou jeune, malade ou bien portant.
Le miracle de la vie est une chose dont on ne prend en général conscience que quand on est mis face à sa fragilité et c'est une expérience qu'on peut difficilement partager avec ceux qui ne l'ont pas vécue.
Les films ont parfois cette vertu : celle d'enrichir notre âme d'une façon un peu semblable à ce que les épreuves de la vie peuvent nous apporter. L'apprentissage sera moins profond, parce que la blessure est moins profonde, mais ce sera toujours ça de pris (je pense d'ailleurs que je ferai un jour un article sur : "Pourquoi lit-on/écrit-on des choses qui nous font du mal ?")

Un commentaire qui m'a par contre complètement prise de court est celui d'une internaute qui disait que l'idée de vivre sa vie à l'envers pouvait paraître séduisante de prime abord. Elle disait ensuite qu'en voyant le film, on déchantait, mais je dois admettre que je n'ai même pas compris qu'on puisse penser un instant que la chose soit plaisante.
Il y a d'abord le poids de la différence. C'est très bien montré dans le film et c'est sans doute là-dessus que l'insistance est la plus importante, je ne m'y attarderai donc pas.
Mais il y a quelque chose de bien plus essentiel, quelque chose qui me fait dire de temps en temps que la nature est bien faite.
La mort est une chose avec laquelle chacun d'entre nous doit composer et ce n'est pas une éventualité qui nous réjouit. Avec l'âge, on se sent plus usé, plus fatigué, les nouvelles expériences sont sources d'angoisse parce qu'on ne se sent plus en état physique de les assumer... Je ne parle pas là des jeunes seniors, ceux qui sont peut-être en train de me lire et se disent "Non mais est-ce qu'elle est en train de nous dire qu'on est devenus de vieux croutons ?" Je parle des gens dont la santé est devenue si précaire qu'ils n'éprouvent plus la même peur face à la mort. Ils vivent dans leurs souvenirs, regardent ce qu'ils ont laissé derrière eux, ont envie de se reposer... Idéalement, c'est à cet âge-là que la mort est censée nous prendre (hélas, ce n'est pas toujours le cas). Quand on a bien vécu, que la vie nous a tellement usé qu'on a envie de "laisser filer".
À mon sens, c'est un des messages les plus forts de ce film : montrer à quel point la mort fait partie intégrante de la vie. C'est parce que des gens âgés meurent dans la vieille pension qu'il en vient de nouveaux, avec leurs nouvelles expériences qui vous apprennent de nouvelles choses... C'est parce qu'on sait que les gens meurent qu'on réalise le prix de leur existence... C'est parce que la vie s'achèvera un jour qu'il nous faut profiter de chaque instant.

C'est pour ce message-là que je conseille à tous ceux qui n'ont pas vu ce film (si si, il en existe, j'en ai même rencontrés) d'aller le voir. Après seulement, vous pourrez aller lire ma critique pleine de spoilers et débattre éventuellement des petits détails qui restent, somme toute, sans importance.

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commentaires

Caroline 16/03/2010 10:49


Je n'ai pas vu ce film. Par contre, dans cet article quand tu parles des personnes dont la santé est devenue précaire, tu dis que ces gens là voient la mort différemment si je comprends bien. Et
c'est vrai, en prenant l'exemple d'un de mes proches, que les personnes très âgées sont parfois fatiguées. Fatiguées de tout et même parfois de vivre. Elles se demandent pourquoi leur dieu ne les a
pas encore rappelées. Mais d'autres jours, les larmes sont là. Car le trop plein de la vie n'en est finalement pas un et elles demandent à en voir encore un peu plus, tout en sachant que ce sera
difficile...


isa 16/03/2010 11:18


La mort est toujours triste. Même pour les proches : ce n'est pas parce qu'une personne est âgée qu'on ne va pas pleurer sa mort. On voudrait toujours (ou presque toujours) avoir un peu plus de
temps et surtout un peu plus de temps en bonne santé. Mais après avoir pensé parfois que la vieillesse était une épreuve terrible et qu'on devrait pouvoir mourir sans en passer par cette case
douloureuse, je me dis que c'est peut-être une étape essentielle pour accepter de passer à autre chose... Autant qu'on puisse l'accepter.


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  • isa
  • Isa, jeune auteur qui parle beaucoup avec les doigts (avatar ©Luis Royo)
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