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9 mars 2010 2 09 /03 /mars /2010 08:11
Bon, j'ai (enfin) vu ce film phénomène ; et me voilà sur le point de faire ma chipoteuse...

Si je devais faire un commentaire général, c'est que ce film est très beau. Bon, ça c'est fait, tout le monde l'a déjà dit donc je ne m'attarderai pas là-dessus. Il y a des passages magnifiques, donc si vous ne l'avez pas vu (mais y a-t-il des gens dans ce cas à part moi ? O_o), je vous conseille de combler cette lacune.
Si vous faites partie des rares extra-terrestres à être passé à côté, je vous conseille de ne pas lire la suite de cette critique qui va s'apesantir sur les détails et sera truffée de spoilers (vous êtes prévenus, maintenant vous faites comme vous voulez).

*edit*
Si vous n'avez pas vu ce film, je vous conseille plutôt de lire la critique sans spoiler que j'ai ajoutée ici.


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Attention ! Spoilers inside
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Malgré une impression générale très poisitive, un certain nombre de points m'ont déplu dans ce film.

D'abord, y a eu la Daisy que j'ai eu envie d'étrangler dès qu'elle est revenue adulte. C'est un détail, à ceci près qu'elle devient bien moins gonflante en vieillissant. Si on regarde de près, en général, le film présente des personnages âgés très attachants et des jeunes bien souvent très cons et égoïstes (je caricature un peu mais en regardant de près, pas tant que ça). Alors oui, il faut aimer nos seniors ; oui, ils sont sages et vulnérables ; oui, il ne faut pas les chasser de notre société comme des pestiférés... Mais il ne faut pas non plus verser dans l'extrême inverse : il y a des vieux qui ne bonnfient vraiment pas en vieillissant et tous les jeunes ne sont pas égoïstes et cruels.
Bref, là, c'est moi qui cherche la petite bête. Mais dans un monde où on nous présente de plus en plus les jeunes comme des délinquants en puissance (multiplication des lois de répression sur les mineurs, de garde-à-vue pour des histoires insignifiantes, etc...) et où nos gouvernements caressent les plus âgés (qui sont aussi les plus "votants") dans le sens du poil, je me méfie. Disons que je trouve que, sur ce point, le film est pas mal dans l'air du temps.

Ce qui m'a vraiment le plus ennuyée, c'est le départ de Benjamin à la naissance de sa fille. Si le film véhicule une idée du début à la fin (et de façon paradoxale, le message est particulièrement martelé à ce moment-là), c'est qu'on ne sait pas ce que le temps nous réserve et qu'il faut profiter de chaque moment que la vie nous donne.
Donc le héros et l'héroïne sont heureux et il s'en va parce que potentiellement, il se pourrait qu'un jour, il ne soit plus en état de remplir son rôle de père. Pour le moment, tout va bien et il fait ça très bien mais, sait-on jamais ?
Si chacun appliquait cette philosophie, disons-le tout net, il vaudrait mieux ne pas faire d'enfants. Une part de plus en plus conséquente des couples divorcent, il y a les accidents, les maladies... Bref, mieux vaudrait laisser nos enfants à des structures spécialisées où ils auraient plein de mères et de pères de rechange, comme ça, ils ne s'attacheraient à aucun de façon trop dépendante et ils ne souffriraient pas de leur départ éventuel.
Ah ben mince, tout le message du film c'est aussi de dire que c'est par ceux que nous perdons que nous évoluons.
Pour moi, cette réaction, surtout vers la fin du film, gâche tout le message véhiculé depuis le début.
Evidemment,  le héros a le scénariste avec lui et donc l'avenir lui "donne raison" (et encore, pas si sûr...). La femme se retrouve un mari qui peut élever sa fille (tout le monde sait qu'à une époque où le divorce était bien moins répandu, c'était super facile pour une femme seule de 40 ans avec un enfant de se trouver un mari) et le héros perd les pédales en revenant en arrière.
Sauf qu'au moment où il prend la décision, il ne peut pas savoir ce que le temps réserve (oui, oui, souvenez-vous, c'est seriné dans tout le film).
Je ne reviendrai pas sur le mariage hautement improbable pour une "fille"-mère de plus de 40 ans qui donnait le plus de chances que la petite fille n'ait pas de père du tout. Je vais plutôt m'apesantir sur le rajeunissement de Benjamin qui est le point qui m'a le plus fait tiquer.

Benjamin naît vieillard, mais avec une taille de bébé. En toute logique, il aurait dû rajeunir de même bébé mais en gardant sa taille d'adulte. Lorsqu'il naît, il se nourrit de lait, ne sait pas parler, etc... En bref, c'est un bébé avec les handicaps physiques d'un vieillard (d'où le fait qu'il mette vraiment longtemps à marcher). En vieillissant, il aurait dû être un vieux avec les caractéristiques physiques d'un bébé. Du début à la fin, je me suis demandé comment cela allait être montré. Normalement, il aurait dû avoir la peau toute douce, à la rigueur perdre le contrôle de ses sphincters, voire le vue. Son cerveau aurait dû perdre certaines connexions puisque les bébés ne les ont pas toutes, tout cela en ayant toujours une taille adulte et seulement sur ses toutes dernières années de vie. Le cerveau d'un enfant est normalement rapidement très développé et doté d'une capacité d'apprentissage importante (biologiquement parlant). Si un enfant ne sait rien, c'est juste parce qu'il n'a pas encore appris. Alors oui, sur les dernières années, on peut considérer qu'il aurait perdu ses connexions et serait devenu sénile mais très tard.
En fait, ce qui rend la personne âgée sénile, ce n'est pas le fait d'avoir beaucoup de souvenirs, mais une dégénérescence de ses cellules nerveuses. Quelque chose de biologique donc, dont Benjamin aurait dû être protégé. Bref, l'auteur fait bien ce qu'il veut avec son personnage, mais au moment où le héros prend la décision de s'en aller, il ne sait pas ce qu'il en sera (sauf si le scénariste le lui a soufflé à l'oreille). Il aurait été possible qu'alliant l'expérience d'une personne âgée et la bonne santé d'un enfant, il soit une sorte de "surhomme" tout comme il avait été particulièrement handicapé étant enfant parce qu'il accumulait les tares des deux tranches d'âge (manque d'expérience et mauvaise santé). Etant né à 80 ans, il pouvait logiquement espérer vivre jusqu'à 70 ans sans le moindre problème et ne commencer à se dégrader que sur les 10 dernières années, quand son cerveau aurait physiquement commencé à devenir celui d'un enfant (ce qui peut être difficilement compatible avec une telle masse de souvenirs à gérer).
Quoi qu'il en soit, rien n'était sûr en ce qui concernait son avenir et rien ne disait que Daisy trouverait un bon père pour leur fille. Donc, en dehors du fait qu'il avait le scénriste avec lui et donc forcément raison, ce qu'il fait va complètement à l'encontre de la philosophie dégagée par le film. Et c'est encore plus flagrant quand on lit les lettres qu'il a laissées à sa fille et qui prouvent bien que jusqu'à ses 13 ans au moins, il avait tout à fait les capacités mentales d'être son père.

Pourquoi cela m'a-t-il gonflée ? Parce que c'est un peu comme si un père en fauteuil roulant avait quitté sa femme en disant qu'elle devait trouver un père plus "compétent" pour sa fille. L'infirmité d'un parent est aussi la plus belle façon pour un enfant d'apprendre la tolérance et la compassion. Alors que ce film ne traite que de cela (l'acceptation de la différence), il donne raison au héros qui n'élève pas sa fille parce qu'il est trop différent. Et là, pour moi, ça coince.

Le film n'en reste pas moins beau et certains passages sont particulièrement touchants. Mais pour moi, il y a certaines facilités scénaristiques. Le héros naît bébé vieux parce que sinon, comment serait-il venu au monde (s'il avait eu sa taille adulte) et il meurt de nouveau bébé parce que c'est très difficile de donner à un adulte des caractéristiques de bébé (un sumo ?). Que cela donne une profonde incohérence n'a pas fait tiquer le scénariste parce que bon, c'est de la magie après tout, quelle importance ?
Même chose : il fallait que le héros soit le père de la fille et on a pris une raison classique pour cela (Ah... l'éternel sacrifice altruiste) sans chercher si ça n'allait pas à l'encontre total de ce qu'il dit dans ses lettres, c'est-à-dire "Il n'y a pas d'âge pour..."

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Donc voilà, en résumé un beau film mais qui fait passer l'émotion "facile" avant une certaine logique scénristique et philosophique.

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  • isa
  • Isa, jeune auteur qui parle beaucoup avec les doigts (avatar ©Luis Royo)
  • Isa, jeune auteur qui parle beaucoup avec les doigts (avatar ©Luis Royo)

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