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4 mai 2010 2 04 /05 /mai /2010 10:14

http://www.griffedencre.fr/IMG/cache-200x308/air_200-200x308.jpgJ'ai fini cette anthologie voilà déjà plusieurs jours sans trouver le temps de la chroniquer. C'est un comble quand on sait à quelle vitesse je l'ai dévorée !

Donc, mon premier conseil : si vous êtes débordé, ne vous lancez pas dans cette lecture. On se dit qu'on va juste lire un ou deux textes comme ça, pour voir. Et on n'arrive à la fermer qu'une fois qu'on les a tous lus. C'est ce que ça m'a fait en tout cas.

 

Merchandairsing, Aurore Perrault : Habitude récurrente dans les anthologies Griffe d'Encre, un texte très court qui annonce le thème et souvent le ton de l'anthologie. Celui de la Terre nous annonçait le ton assez écolo vengeur de l'anthologie, celui-là nous place bien dans le cadre SF qui a inspiré nombre d'auteurs.

N'étant pas une grande amatrice de textes très courts, je ne peux pas dire que celui-ci ait été une révélation mais il est très bien écrit, très fluide, le parfait boniment ! On imagine facilement le vendeur qui appuie son propos à grand renfort de gestes et cela nous introduit bien dans cette anthologie aux accents parfois cyniques et souvent désespérés.

 

L'Air d'en rire, Li-Cam : Je dois vous avouer que quand j'ai commencé à lire ce texte, je me suis dit que je me trouvais sûrement devant la première nouvelle de Li-Cam que je n'allais pas aimer. Le texte se présente comme une succession de coupures de presse et d'interviews dans lesquelles je ne retrouvais pas, de prime abord, la sensibilité de la plume de cette auteur.

Grossière erreur de ma part ! Il m'a fallu quelques pages pour me faire à la forme puis j'ai été accrochée par ce texte SF qui mêle désespoir et passion. Au final, c'est le sentiment inverse qui m'est resté. Je me suis dit que l'anthologiste avait été bien imprudente de mettre un texte aussi fort en début d'ouvrage, car elle prenait le risque que le reste en ressorte plus fade.

Là aussi, je me trompais...

 

La Remontée, luvan : J'avais déjà lu quelques textes de luvan chez les éditions Oxymore. On retrouve dans celui-ci les métaphores, le sentiment que la magie a un prix, une ambiance oppressante très bien rendue. Mais je l'ai trouvé bien plus accessible que d'autres textes que j'avais lus de cette auteur et ce ne fut pas pour me déplaire. Un texte qui nous tient en haleine jusqu'au bout et qui n'a pas démérité de celui qui le précédait.

À titre personnel, une de mes nouvelles préférées de cette anthologie.

 

Ava du ciel, Élisabeth Ebory : Un très beau texte également. Une plume d'une élégance rare, tout en sensibilité. À la limite entre SF et Fantastique,  à la limite de l'onirisme, un peu là, un peu ailleurs, totalement intemporel... L'auteur a su y faire naître une ambiance très particulière, mélancolique et sublime, un éclat de rêve brisé. Un autre texte que j'ai adoré, en somme.


Le Vent du désert, Magali Lefebvre : Nouveau texte à la forme un peu particulière puisqu'il est narré tour à tour à la première personne et au style narratif. Une bonne histoire mais qui m'a un peu moins touchée que les autres. Peut-être parce qu'elle m'ait apparue comme plus classique. Mais cela reste une nouvelle de grande qualité.

 

Privilège insupportable, Jeanne-A Debats : Je connaissais Jeanne-A Debats avec un style plus dynamique, d'un cynisme plus mordant. Peu d'humour dans ce texte à l'ambiance sombre et oppressante. Personnellement, ces piques très particulières de l'auteur m'ont un peu manqué et j'ai découvert avec étonnement que si j'étais capable d'écrire des histoires très sombres, j'avais beaucoup plus de mal à en lire. Ce texte est très bien maîtrisé dans la façon dont il nous révèle progressivement le monde qui est devenu celui des humains, les personnages y sont campés avec nuances, dans des dégradés de Bien et de Mal, propres à rendre chacun tout aussi odieux qu'attachant. Tout cela était peut-être un peu trop bien rendu pour mon coeur de jeune maman. J'ai trouvé ce texte très fort mais il m'a laissé un sentiment d'angoisse difficile à déraciner.

 

Fallait pas gâcher, Timothée Rey : Encore un essai de forme original pour ce texte SF. On y alterne entre le présent où deux enquêteurs tentent de découvrir les circonstances d'un drame que nous ne connaissons pas encore et un enregistrement dudit drame séparé entre les descriptions de plans (façon cinéma) et "la bande-son". Cette mise en forme, je vous l'avoue m'a été plus incommode qu'autre chose. J'admire le travail de mise en page et l'originalité du tout, mais pour moi, en dehors de la "performance" cela n'a guère ajouté à mon plaisir de lecture.

Est-ce à dire que je n'ai pas aimé ce texte ? Loin de là. Les ambiances sont très bien rendues : celle de l'enquête menée par un inspecteur usé et un peu colérique, celle des strass et des paillettes et celle qui y succèdera. Juste un petit bémol sur la toute fin. Je ne saurais dire pourquoi, comme une petite blague trop légère (malgré son cynisme) après une plongée dans l'horreur. Je ne saurais pas préciser ce sentiment, mais la nouvelle n'en reste pas moins très bien menée et originale.

 

Une souffle de tendresse, Marie Leblion : Après ces textes sombres à la limite de l'étouffement, voilà une petite bouffée d'oxygène avec ce souffle de tendresse. Après le champagne qui monte à la tête, c'est une petite fille qui nous livre un épisode de sa vie avec un langage bien à elle. Si ce texte m'a faite sourire à plusieurs reprises, j'ai regretté un langage vraiment enfantin qui, s'il était sans doute justifié, m'a semblé parfois forcer un peu le trait (je ne suis pas sûre qu'une enfant n'emploie absolument aucune négation dans ses phrases). J'ai préféré certains passages plus subtiles (et humoristiques) dans leur façon de montrer cette innocence propre à l'enfance. Un petit texte rafraîchissant en tout cas, dont la toute dernière phrase m'a énormément touchée.

 

Armée de l'Air, Jean-Michel Calvez : Même bémol que pour le texte précédent. J'ai souvent un peu de mal avec les textes dont la familiarité est à ce point exacerbée. C'est d'autant plus vrai que les premiers paragraphes de cette nouvelle sont particulièrement entrecoupés de mots anglais qui font tendance. C'est bien placé dans le contexte mais c'était parfois un peu trop pour moi. Et pourtant, j'ai énormément aimé ce texte : son rythme, sa poésie désabusée. Un texte très fort également.

 

Juste pour un Souffle, Isabelle Guso : Je me suis risquée à lire mon texte dans la continuité des autres pour essayer de voir si j'arriverais à en faire une critique objective (oui, j'aime bien me lancer des défis absurdes). Alors de deux choses l'une : soit ce texte manque "d'envergure" par rapport aux autres ; soit en tant qu'enquête policière, il est particulièrement desservi par le fait que je connaisse la conclusion. Bref, je ne me risquerai pas à dire ce que j'en ai pensé (au risque de voir fleurir des commentaires de consolation et d'encouragement) mais une chose est sûre : quand on a écrit un texte et qu'on l'a relu deux cents fois pour le corriger, on ne peut vraiment pas le lire comme une autre nouvelle (comment ça, c'était évident ? Et mon honnêteté intellectuelle, alors ?). J'attends de voir les critiques, mais au vu de ce que j'ai lu, je ne m'étonnerais vraiment pas que mon texte ne soit pas cité parmi les plus marquants de cette anthologie.

 

Du mystère dans l'air, Hélène Cruciani : Que dire de plus que ce que j'ai dit dans mon billet d'avant-hier ? J'ai adoré ce texte. En dehors de ses qualités littéraires (dont je ne serais même pas capable de juger tellement il m'a touchée à titre personnel), il est d'une justesse à laquelle il n'y a pas grand-chose à ajouter. L'auteur a su mettre à profit un cadre SF et des inventions "aeriennes" pour nous offrir un message très actuel sur l'art et la vie en général.

 

Un jour comme aujourd'hui, Marie-Lé Camille : Un de mes textes préférés aussi. Sur la mort, sur les non-dits, sur les préjugés... Un texte qui nous place au chevet d'un homme mourrant dans un monde guère vaillant non plus et chacun qui lutte selon ses convictions. L'auteur y a rendu avec une grande sensibilité les émotions parfois violentes, parfois pudiques qu'on vit dans ces moments-là. Le titre même annonce tout : "un jour comme aujourd'hui", celui où tout devrait être dit parce que c'est la dernière occasion, où on voudrait crever les abcès et où la pudeur nous étouffe...

Un très grand texte, également.

 

Sous vide, Benoît Giuseppin : Un texte court mais efficace. Sur lequel je n'en dirai pas trop de peur de faire des spoilers. Disons seulement que je le trouve particulièrement d'actualité dans le monde du "fumer tue" sur les paquets de cigarettes et du "manger, bouger" sur les emballages de nourriture.Toute la douloureuse question restant de savoir à partir de quand préserver la vie devient ne plus vivre. Tout est dans ce texte, en quelques pages qui donnent le frisson.

 

Conte de fées moderne et allégé, Dominique Bélière : Sous un ton humoristique et une histoire assez légère, un texte qui ne va pas sans dénoncer quelques travers de notre société. Avec une ironie qui paraît souvent assez tendre, l'héroïne de ce conte n'étant elle-même pas dépourvue d'un certain nombre de défauts.

Un texte que j'ai lu avec plaisir malgré sa longueur même si ça ne restera pas mon préféré de cette anthologie.


Ascension, Yan Marchand : Ce texte me confirme une impression que je commençais à cerner à force de lire la prose de Yan Marchand. Bien que cet auteur soit talentueux et reconnu, il ne touche pas vraiment ma sensibilité. Ses textes, écrits avec un style efficace et toujours très agréable, ne parviennent jamais à me surprendre et me laissent toujours sur ma faim. Celui-ci n'a pas fait exception à la règle. Je l'ai trouvé particulièrement bien écrit, mais il m'a manqué quelque chose pour en faire un grand texte. Simple question de goût, aucun doute là-dessus (j'ai pu voir que l'auteur avait son lot de fans inconditionnels) mais après des textes d'une telle gravité, j'aurais préféré une conclusion plus forte qui nous renvoie à la dénonciation faite de nombreuses fois à travers les pages de cette anthologie.


Postface : Oui, cette anthologie en a une, ce qui n'était pas le cas des autres, il me semble. Je l'ai beaucoup appréciée pour ma part.


Pour conclure, je ne vous étonnerai pas en vous disant que j'ai adoré cette anthologie. Mais comme il n'est point d'éloge valable sans critique, je me dois de dire que j'ai parfois été déstabilisée par l'ordre des nouvelles. À force de lire des anthologies marquées d'un caractère assez différent, je commence à remarquer que je préfère en général les anthologies où les textes se répondent les uns aux autres et se complètent. Magali Duez a fait un choix différent, un choix que je respecte mais qui m'a laissé un arrière-goût un peu artificiel. Elle a souhaité ne pas lasser le lecteur et alterner aussi bien les genres (la SF et le Fantastique) que les tons. Cette volonté de trancher a été parfois trop efficace pour moi. Par exemple en passant du texte de Marie Leblion à celui de Jean-Michel Calvez. Deux textes dans un registre familier, certes, mais le langage très cru du second m'est apparu particulièrement dur après les phrases enfantines du premier. Je pense que c'est une volonté de l'anthologiste qui fait ainsi ressortir les particularités de chaque texte avec plus de force. En cette matière plus qu'en toute autre, il doit être difficile de contenter tout le monde. Cette "critique" en est donc une sans en être. Je pense que l'exercice est réussi avec brio, même si ce n'est pas le type d'agencement de sommaire que je préfère à titre personnel.

Une chose que j'ai trouvée particulièrement troublante est la résurgence régulière du thème de l'enfant comme si l'élément de l'Air avait été à ce point associé à la vie que ce thème s'était souvent imposé de lui-même. Je pense qu'on peut y voir poindre également une certaine angoisse pour l'avenir. À travers celui-ci, c'est souvent la question de savoir quel monde nous laisserions à nos enfants qui s'est posée.

Étant très sensible à ce thème, je pense qu'il 'y a rien d'étonnant à ce que cette anthologie m'ait autant accrochée.


Le sommaire était donc alléchant et le résultat fut à la mesure de mes espérances. Avec un tel travail, j'ai vraiment hâte de découvrir la prochaine anthologie à paraître chez cet éditeur.

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  • isa
  • Isa, jeune auteur qui parle beaucoup avec les doigts (avatar ©Luis Royo)
  • Isa, jeune auteur qui parle beaucoup avec les doigts (avatar ©Luis Royo)

Paru !

http://www.griffedencre.fr/IMG/cache-200x307/PC_200-200x307.jpgMa première novella est enfin parue !

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